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Une Lucia orpheline de son héros Milano Teatro alla Scala 06/26/2026 - et 30 juin, 3*, 6, 9, 14, 17 juillet 2026 Gaetano Donizetti : Lucia di Lammermoor Rosa Feola (Miss Lucia), Piero Pretti (Sir Edgardo di Ravenswood), Boris Pinkhasovich (Lord Enrico Ashton), Michele Pertusi (Raimondo Bidebent), Leonardo Cortellazzi (Lord Arturo Bucklaw), Hyeonsol Park (Alisa), Paolo Antognetti (Normanno)
Coro del Teatro alla Scala, Alberto Malazzi (préparation), Orchestra del Teatro alla Scala, Speranza Scappucci (direction musicale)
Yannis Kokkos (mise en scène, décors, costumes), Marco Monzini (reprise de la mise en scène), Vinicio Cheli (lumières), Eric Duranteau (vidéo), Anne Blancard (dramaturgie)
 (© Brescia e Amisano/Teatro alla Scala)
Un seul être vous manque... La reprise de Lucia di Lammermoor à la Scala se révèle moins attrayante qu’initialement prévu en raison de la défection de Pene Pati dans le rôle d’Edgardo. Son remplaçant, Piero Pretti, livre une performance vocalement correcte mais qui manque de charisme et d’éclat. Son incarnation reste trop effacée pour porter toute la dimension héroïque et passionnée du personnage. La Lucia de Rosa Feola s’éloigne des interprétations purement belcantistes traditionnelles. Si la virtuosité technique pure et les ornementations de la chanteuse manquent parfois de la fluidité innée des spécialistes du genre, sa technique demeure absolument irréprochable. La soprano fait preuve d’une forte présence scénique et donne une grande épaisseur psychologique et dramatique au personnage. Dans le rôle d’Enrico, Boris Pinkhasovich se distingue par son chant noble et élégant. Son incarnation bénéficie d’un très beau legato et d’une prestance qui traduit parfaitement la froideur manipulatrice du frère de Lucia. On mentionnera aussi le Raimondo de Michele Pertusi, qui constitue l’un des piliers de cette reprise. Son interprétation se caractérise par une profonde autorité naturelle et une parfaite maîtrise du style romantique italien, quand bien même le timbre a perdu de son éclat au fil des années. Le célèbre sextuor de l’acte II, absolument remarquable, est le moment fort de la soirée. L’équilibre entre les solistes est parfait, rappelant avec éclat à quel point Donizetti maîtrisait l’écriture pour les voix et l’art de tresser les tensions dramatiques simultanées.
Dans la fosse, Speranza Scappucci offre une lecture précise et efficace, assurant une excellente cohésion avec le plateau et les chœurs et privilégiant l’homogénéité et la clarté. Si l’exécution reste irréprochable et équilibrée, l’interprétation globale souffre cependant d’une certaine lourdeur ; la battue manque de tension dramatique, d’élasticité belcantiste et de ces étincelles théâtrales indispensables pour faire vibrer la noirceur romantique de l’œuvre.
La mise en scène stylisée de Yannis Kokkos, créée en 2023 et transposée dans une esthétique des années 1920, joue sur le minimalisme et les symboles gothiques. On ressent parfaitement l’atmosphère de traque impitoyable, qui enferme progressivement Lucia, et les nombreuses statues d’animaux présentes sur le plateau n’y sont pas pour rien. Malheureusement, la direction d’acteurs reste très (trop ?) conventionnelle. Bref, une Lucia en demi‑teinte à la Scala.
Claudio Poloni
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