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Entre Puccini et Pasolini Bruxelles La Monnaie 06/17/2026 - et 18, 20, 21, 23, 24, 25, 27, 28*, 30 juin, 1er juillet 2026 Giacomo Puccini : Tosca Leah Hawkins*/Vanessa Goikoetxea (Floria Tosca), Stefano La Colla*/Atalla Ayan (Mario Cavaradossi), Lucio Gallo*/Aleksei Isaev (Il barone Scarpia), Li Huanhong (Cesare Angelotti), Paolo Orecchia (Il sagrestano), Trystan Llyr Griffiths (Spoletta), Kamil Ben Hsaïn Lachiri (Sciarrone), Pieter de Praetere (Pastorello), René Larya (Un carceriere)
Chœurs de la Monnaie, Emmanuel Trenque (chef des chœurs), Orchestre symphonique de la Monnaie, Jordan de Souza (direction musicale)
Rafael R. Villalobos (mise en scène, costumes), Emanuele Sinisi (décors), Felipe Ramos (lumières)
 L. Hawkins, L. Gallo(© Pieter Claes)
La saison s’achève avec la reprise de la Tosca (1900) de juin 2021. La Monnaie avait dû restreindre le nombre de spectateurs dans la salle, à cause de la pandémie, tout comme elle avait dû interrompre plus tard, en décembre, les représentations de Norma, toujours pour les mêmes contraintes sanitaires. Ces deux mises en scène ont donc été remontées cette saison, afin de permettre à ceux qui les avaient manquées de les découvrir.
Il y a cinq ans, Rafael R. Villalobos présentait sa première mise en scène à la Monnaie avec cette Tosca, et il en a monté deux autres ensuite, Winterreise et I Grotteschi, la seconde plus convaincante que la première, même si ce n’était pas un opéra. Le parallèle entre, d’une part, le destin de Tosca et de Mario et, de l’autre, l’assassinat de Pasolini et le sadomasochisme constitue l’idée maîtresse de cette lecture, le metteur en scène puisant son inspiration, en particulier, de Salò ou les 120 Journées de Sodome, mais celle‑ci nous semble, avec le recul, plutôt encombrante et elle impose une grille d’interprétation à un livret d’une grande efficacité dramatique et qui n’en demande pas tant. Sans elle, toutefois, cette production aurait été banale, et aurait perdu de son intérêt, malgré l’intensité et la précision de la direction d’acteur, une qualité commune à toutes les mises en scène de Villalobos. Le décor, en revanche, séduit davantage que la première fois par ses lignes épurées et l’opposition entre le blanc et le noir. Et les peintures de Santiago Ydánez, qui représentent un homme et trois femmes nus, ainsi que des gueules de chien furieux, figurent toujours dans cette scénographie. De la nudité, il y en a, mais elle ne concerne que trois hommes, des figurants, un choix qui attire sans doute l’attention d’une partie du public, alors que le film de Pasolini montre aussi des femmes nues.
La distribution, différente de celle de 2021, à une exception, a été dédoublée pour les trois rôles principaux afin de couvrir les onze représentations réparties du 17 juin au 1er juillet. Leah Hawkins marque le rôle de Tosca de son empreinte indélébile, d’abord par sa présence, preuve d’un talent d’actrice évident, d’un charisme bien à elle, mais aussi d’une voix typée, à la tessiture large, ample et puissante. Elle livre une prestation, sur le plan vocal, remarquable d’intensité. Son partenaire séduit pour des raisons quelque peu différentes : Stefano La Colla affiche un peu plus de style en Mario Cavadarossi, et le timbre accroche d’emblée, la voix se signalant par l’excellente tenue du phrasé. Un soliste excellent, et sans faille, au même titre que Lucio Gallo, parfait de sadisme et de perfidie en Scarpia. Tous trois signent une incarnation juste et marquante de leur personnage. Les autres rôles sont fort bien caractérisés par des interprètes investis, en particulier Li Huanhong, qui confère une vraie épaisseur vocale et physique à Angelotti. Et comme les choristes demeurent invisibles dans cette mise en scène, ils ne viennent pas saluer non plus à la fin.
Jordan de Souza, d’origine canadienne, et installé en Allemagne, collabore à cette occasion pour la première fois à la Monnaie, et avec succès : à la tête d’une formation fidèle à son excellent niveau de jeu habituel, le chef met en valeur l’écriture et l’orchestration de Puccini, tirant de la partition une exécution ferme et intense. Le chef et l’orchestre contribuent tout autant que la distribution à la réussite musicale de cette reprise.
Sébastien Foucart
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