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Les dieux impuissants, méchants et mesquins

München
Nationaltheater
06/25/2026 -  et 28* juin, 1er, 4, 8 juillet 2026
Richard Wagner : Die Walküre
Joachim Bäckström (Siegmund), Ain Anger (Hunding), Nicholas Brownlee (Wotan), Irene Roberts (Sieglinde), Miina‑Liisa Värelä (Brünnhilde), Ekaterina Gubanova (Fricka), Dorothea Herbert (Helmwige), Julie Adams (Gerhilde), Elene Gvritishvili (Ortlinde), Claudia Mahnke (Waltraute), Niina Keitel (Siegrune), Christina Bock (Rossweisse), Natalie Lewis (Grimgerde), Noa Beinart (Schwertleite)
Bayerisches Staatsorchester, Vladimir Jurowski (direction musicale)
Tobias Kratzer (mise en scène), Matthias Piro (assistant à la mise en scène), Rainer Sellmaier (décor, costumes), Michael Bauer (lumières), Manuel Braun, Jonas Dahl, Janic Bebi (vidéo), Bettina Bartz, Olaf Roth (dramaturgie)


A. Anger, I. Roberts, J. Baeckstroem, N. Brownlee
(© Monika Rittershaus)



Salle à nouveau pleine malgré la canicule pour cette Walkyrie, deuxième volet du Ring mis en chantier par Vladimir Jurowski et Tobias Kratzer après L’Or du Rhin la saison passée. La continuité entre les deux soirées est frappante et délibérée : la maquette de l’église qui concluait le Prologue réapparaît dans le salon de Hunding, Loge surgit à la fin avec la même propension à fumer. L’utilisation de la vidéo pour illustrer les récits du passé, déjà au cœur de L’Or du Rhin, revient ici à nouveau avec efficacité, notamment dans les grandes narrations du premier acte, où le texte et l’image se commentent mutuellement avec précision. Et la Chevauchée des Walkyries, filmée dans les rues de Munich, a déclenché l’enthousiasme de la salle avant même que la musique ne s’achève.


La cohérence dramaturgique va plus loin que ces rappels formels. Les dieux de Kratzer étaient immatures et impulsifs dans le Prologue ; ils le sont encore ici, mais avec cette différence essentielle que Wotan commence à mesurer le prix de ses fautes et l’impossibilité d’en défaire les conséquences. Cette impuissance est traduite par ses nombreux essais de se couper les veines sans succès. Kratzer est à l’opposé d’un Tcherniakov qui cherche délibérément à « faire autre chose » du livret ; chaque idée scénique découle ici d’une lecture attentive, presque philologique, de la musique et du texte.


Les deux premiers actes fonctionnent avec cohérence et lisibilité : la subtilité des relations entre Siegmund, Sieglinde et Hunding – ce dernier arrivant en voiture avec un bélier mort, stèle vivante du culte de Fricka – est d’une Personenregie très précise, Fricka et Wotan prêtant serment sur le cœur du bélier dépecé... Le troisième acte est moins inventif, le Walhalla s’y révélant être le Nationaltheater lui‑même, idée séduisante mais qui laisse les personnages relativement démunis dans un espace moins chargé d’intentions que les deux premiers tableaux.


Dans la fosse, Jurowski dirige avec l’autorité et le soin de la caractérisation musicale que ses concerts avec cet orchestre ont rendu familiers. L’attention à l’émotion interne de la partition est constante, et les pupitres de bois s’y illustrent à nouveau. Des signes de fatigue se font sentir en fin de deuxième acte – quelques imprécisions dans la mise en place, de rares accidents aux cuivres – mais le niveau reste constant, et l’on ne saurait faire la fine bouche face à cinq heures de représentation par des musiciens fatigués après une semaine de canicule.


Nicholas Brownlee, qui avait déjà fait forte impression dans L’Or du Rhin, confirme ici qu’il est le grand baryton wagnérien de sa génération. Bien qu’ayant annoncé en début de troisième acte ne pas être à cent pour cent de ses moyens, sa puissance d’expression, son autorité naturelle et la plénitude de la voix restent impressionnantes. L’interprétation ira sans doute en s’approfondissant au fil des prises de rôle que Serge Dorny a eu le mérite d’encourager, mais c’est d’ores et déjà une très grande réussite. Miina‑Liisa Värelä est une Brünnhilde solide et convaincante, la voix bien assise dans tous les registres, l’engagement dramatique constant. Le couple de jumeaux est également convaincant : Irene Roberts donne à Sieglinde des couleurs de mezzo et une expression sincère, tandis que Joachim Bäckström dispose des notes et de la projection requises, mais avec un timbre un peu pâle et un phrasé encore insuffisamment travaillé. Ain Anger offre un Hunding de belle prestance vocale, malgré quelques problèmes d’intonation ponctuels. Ekaterina Gubanova, enfin, s’impose en Fricka par son intelligence du texte et sa présence scénique.


Ovation debout, succès immense et mérité. La saison prochaine, Siegfried et Le Crépuscule des dieux : il ne faudra pas manquer la suite.


Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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