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La fête du cinéma

Paris
Maison de la radio et de la musique
06/25/2026 -  
Erich Wolfgang Korngold : The Adventures of Robin Hood (arr. John Mauceri)
Serge Prokofiev : Alexandre Nevski, opus 78

Oleya Petrova (mezzo)
Chœur de Radio France, Nicolas Fink (chef de chœur), Orchestre national de France, Frank Strobel (direction)


F. Strobel (© Kai Bienert)


La musique de film est de moins en moins considérée avec une certaine condescendance notamment depuis les œuvres symphoniques de Nino Rota, Ennio Morricone ou John Williams. D’Erich Wolfgang Korngold, on connaît son Concerto pour violon et ce qui est sans doute son chef‑d’œuvre, l’opéra La Ville morte, plus que ses musiques de film. Venu pour la première fois en 1934 en Californie, il y a pourtant exercé une importante activité dans ce domaine. La preuve ce soir avec la musique pour Les Aventures de Robin des Bois, composée en 1938 et pour laquelle il recevra un oscar à Hollywood. Elle est donnée ce soir dans la version arrangée par John Mauceri et créée à Vienne en 2007 pour les cinquante ans de la disparition du compositeur viennois. Pour l’occasion le grand spécialiste du ciné‑concert Frank Strobel a accepté de remplacer le chef initialement prévu Omer Meir Wellber.


Les cinq mouvements de ces Aventures de Robin des Bois sont très contrastés et parfaitement mis en place sous sa baguette très précise. L’effectif est pléthorique, avec notamment deux saxophones, une clarinette basse, un glockenspiel, un vibraphone, un xylophone, deux harpes et une importante percussion requérant pas moins de six musiciens. L’Orchestre national de France sonne comme toujours élégamment et magnifiquement et prend un plaisir manifeste à jouer cette musique. L’orchestration est foisonnante, les thèmes innombrables, l’écriture d’une grande richesse. Les clins d’œil à la musique de Gustav Mahler ou de Richard Strauss sont discrets et assumés. Une belle découverte. On espère entendre un jour la Symphonie opus 40 de Korngold, un chef‑d’œuvre qui a complètement disparu du répertoire – on se demande pourquoi.


Place ensuite sans entracte au célèbre Alexandre Newski, que Prokofiev écrit à la fin des années 1930 en collaboration avec le grand cinéaste soviétique S. M. Eisentein. Si la musique comme l’orchestration sont géniales le texte, bien compréhensible grâce aux surtitres, nous a semblé ce soir problématique. Il vante la terre russe, la guerre, la mort sacrificielle, ce qui résonne très cruellement avec l’actualité. Si l’on fait abstraction de ce point, on a entendu une magnifique interprétation, menée avec précision et professionnalisme par Frank Strobel. Dès l’introduction (« La Russie sous le joug mongol »), la couleur sombre de l’orchestration est pleinement rendue avec brio. Le premier chœur (« Chanson sur Alexandre Nevski ») permet de retrouver un Chœur de Radio France en grand effectif (environ cent chanteurs), en forme, précis, puissant sans excès et au russe de qualité. Idem dans « Les Croisés dans Pskov », avec son texte cette fois en latin et ses basses profondes bien sonores à la toute fin. « Aux armes, peuple russe » a l’énergie qui convient et permet d’apprécier successivement les qualités des différents pupitres d’hommes et de femmes. La célèbre « Bataille sur la glace » reprend d’abord le texte en latin chanté par le chœur avant de laisser la place à un immense développement orchestral d’une très belle réalisation malgré quelques tensions chez les trompettes, il est vrai très sollicitées dans l’aigu de leur registre. On avoue n’avoir pas été touché par le chant pourtant superbe et très russe, mais un peu couvert à notre goût, d’Oleysa Petrova. De plus, son interprétation un peu uniforme ne nous a pas semblé exprimer complètement la nostalgie et la tristesse profonde de ce passage. Le final, « Entrée d’Alexandre dans Pskov », possède tout l’éclat et le brillant nécessaires et termine avec enthousiasme un concert de grande qualité.


Un mot, pour finir, sur le Chœur de Radio France, qui est apparu à son meilleur. Discipline vocale et musicale, homogénéité, précision, polyphonie et bien sûr intonation étaient au rendez‑vous. Le chef invité Nicolas Fink, un chef de chœur suisse à la double culture professionnelle et amateur, invité régulier de Radio France, aidé par le travail de fond fait depuis quatre ans par le directeur musical Lionel Sow, a su tirer à sa façon le meilleur parti de cet ensemble un peu comme le ferait un chef d’orchestre invité. Bravo !



Gilles Lesur

 

 

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