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Mozart en pièce montée à Barcelone Barcelona Gran Teatre del Liceu 06/04/2026 - et 5, 7, 8, 9, 10, 12, 13, 14, 15, 17, 18*, 19, 21 juin 2026 Wolfgang Amadeus Mozart : Le nozze di Figaro, K. 492 Luca Pisaroni*/Alejandro Balinas (Figaro), Sara Blanch*/Anna Prohaska (Susanna), Andrè Schuen*/Samuel Hasselhorn (Il Conte di Almaviva), Adriana González*/Anett Fritsch (La Contessa di Almaviva), Julia Lezhneva*/Mercedes Gancedo (Cherubino), Mireia Pintó (Marcellina), Roberto Scandiuzzi*/Alejandro López (Bartolo), Roger Padullés (Don Basilio), Moisés Marin (Don Curzio), Lucía García (Barbarina), Luis López Navarro (Antonio)
Cor del Gran Teatre del Liceu, David-Huy Nguyen Phung (préparation), Orquestra Simfònica del Gran Teatre del Liceu, Giovanni Antonini (direction musicale)
Marta Pazos (mise en scène), Sílvia Aurea De Stefano, Anna Crespo (collaboration à la mise en scène), Max Glaenzel (décors, sur une idée de Marta Pazos), Paula González (collaboration aux décors), Augustin Petronio (costumes), Martín González (collaboration aux costumes), Nuno Meira (lumières), Andreas Heise (chorégraphie)
 (© David Ruano)
La nouvelle production des Noces de Figaro au Liceu de Barcelone s’est imposée comme la plus clivante de la saison. La mise en scène à l’esthétique pop et sucrée a divisé le public, mais fort heureusement elle a été sauvée par un plateau vocal exceptionnel et une direction orchestrale efficace et ciselée. La partie scénique du spectacle a été confiée à l’artiste et metteur en scène galicienne Marta Pazos, reconnue en Espagne pour son univers visuel percutant. Une immense pièce montée rose pâle, qu’on pourrait interpréter comme le gâteau de mariage de Suzanne et Figaro, occupe pratiquement tout le plateau, sur un fond blanc qui se colore de teintes pastel au fur et à mesure que la soirée avance. Les personnages sont vêtus de costumes extravagants qui font immédiatement penser à des publicités pour des marques de chocolat, de bonbons, de lait ou encore de beurre, bref tout ce qui est nécessaire à la confection d’un gâteau. Pour ne prendre qu’un seul exemple, la comtesse apparaît dans une robe ressemblant au célèbre Rocher de Ferrero, ce qui ne manque pas de faire rire le public aux éclats. Et pendant le duo « Canzonetta sull’aria », pour tous ceux qui n’auraient pas compris, la Comtesse et Suzanne préparent un gâteau en cassant des œufs et en ajoutant sucre et farine. C’est terriblement kitsch, c’est drôle les dix premières minutes, mais ensuite on s’ennuie ferme et on finit par se dire que tout ça est très naïf, voire infantile. La mise en scène se révèle en fin de compte d’une vacuité totale, comme quoi une idée seule ne suffit pas à remplir tout un spectacle. En voulant transformer le chef‑d’œuvre de Mozart en une comédie « tarte à la crème », Marta Pazos a complètement dilué la critique sociale féroce de Beaumarchais et la profondeur psychologique des personnages de Da Ponte. Des personnages qui manquent clairement d’épaisseur, avec des interactions dramatiques nettement moins travaillées que l’esthétique visuelle. Sans parler des costumes très rigides qui ont causé un inconfort manifeste pour les chanteurs dans leurs déplacements. Et, de surcroît, rien de rien sur les dynamiques de séduction, de genre et les abus de pouvoir à l’ère post‑#MeToo, que la metteur en scène se vante pourtant d’aborder à en croire ses notes d’intention.
Par bonheur, la vacuité de la mise en scène est totalement rachetée par une distribution vocale de très haut vol, n’appelant quasiment aucune réserve. Dans le rôle de la Comtesse, Adriana González a livré une prestation remarquable à tous points de vue, avec un contrôle absolu de la voix sur toute la tessiture, une magnifique gestion des nuances (ah, ses pianissimi filés !), un legato aristocratique et une projection impressionnante. Son duo avec Suzanne (« Canzonetta sull’aria ») a constitué le sommet musical de la soirée. En Chérubin, Julia Lezhneva a incarné un page débordant d’énergie et d’aisance scénique. La chanteuse a subjugué le public en improvisant de nombreuses fioritures ainsi que des ornementations vocales inventives. Figaro à la longue expérience théâtrale, Luca Pisaroni a ébloui par son aisance scénique, son jeu tout en subtilité, son expressivité et son timbre ductile et soyeux. Andrè Schuen est apparu un peu moins à l’aise en comte Almaviva rusé et autoritaire, avec un timbre un peu raide, comme s’il était gêné par la mise en scène. Pour ses débuts dans le rôle de Susanne, Sara Blanch a pu s’enorgueillir d’un joli succès devant son public, avec un timbre lumineux, une agilité impeccable et une fraîcheur théâtrale qui faisait plaisir à voir. Bartolo de luxe, Roberto Scandiuzzi s’est montré irrésistible dans l’air « La vendetta » du premier acte. Les rôles secondaires se sont tous révélés très solides. On retient en particulier la Barbarina délicieuse et prometteuse de la jeune Lucía García, ainsi que les interventions comiques de Mireia Pintó (Marcellina) et de Roger Padullés (Don Basilio). On mentionnera aussi le Don Curzio de Moisés Marín, qui a offert un désopilant numéro de bégaiement. A la tête de l’Orchestre symphonique du Grand Théâtre du Liceu, Giovanni Antonini a offert une lecture musicale de très grande tenue. Il a imposé une direction précise, professionnelle et efficace, avec parfois un manque de légèreté qui a pu faire regretter la « folle journée » de Beaumarchais.
Claudio Poloni
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