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Affinités électives Lyon Auditorium Maurice-Ravel 06/11/2026 - et 13 juin 2026 Richard Strauss : Till Eulenspiegels lustige Streiche, opus 28 – Also sprach Zarathoustra, opus 30
Ludwig van Beethoven : Concerto pour piano n° 3 en ut mineur, opus 37 Javier Perianes (piano)
Orchestre national de Lyon, Nikolaj Szeps‑Znaider (direction)
 J. Perianes (© Marco Borggreve)
Depuis son arrivée à Lyon en 2020, Nikolaj Szeps‑Znaider, dont le contrat vient d’être prolongé jusqu’en 2029, a à cœur de faire partager à son orchestre et aux auditeurs son amour du répertoire post‑romantique en général, et de Richard Strauss en particulier. Après une mémorable Symphonie alpestre à l’automne 2024 et en attendant une version de concert d’Elektra la saison prochaine, ce sont surtout les poèmes symphoniques qui retiennent son attention, faisant en particulier l’objet d’un projet discographique pour l’éditeur Channel Classics, que le programme du soir doit venir enrichir : on note la présence de micros tout autour du plateau, à la fois pour permettre la diffusion de la totalité du concert le 22 juin sur France Musique, et pour capter les deux œuvres de Strauss, qui feront suite à un Don Quichotte convaincant publié dans un premier volume.
Tenant lieu d’ouverture de ce concert, Till Eulenspiegel témoigne immédiatement des affinités électives de Szeps‑Znaider et de l’ONL avec le compositeur. L’entame des premiers violons est soyeuse et exemplaire de cohésion, tandis que Guillaume Têtu ourle avec soin le célèbre motif de Till au cor solo, bientôt repris avec entrain par ses partenaires souffleurs. La masse orchestrale frappe par la qualité de son relief et de son fini, assuré avec précision et enthousiasme par le chef danois. L’ensemble est cohérent sans être compact, mettant en valeur la saveur et la couleur de chaque timbre. Surtout, Nikolaj Szeps‑Znaider sait communiquer son énergie à ses musiciens et développer un sens de la narrativité qui retient l’attention tout au long des aventures tragi‑comiques du héros de Strauss, jusqu’aux roulements de tambour et aux fanfares de l’échafaud de la scène finale, et à l’ultime pied de nez de Till l’Espiègle.
Après les premiers saluts, puis le réaménagement du plateau autour du piano, et alors qu’on guette l’apparition de la haute silhouette de Leif Ove Andsnes, c’est un pianiste à l’allure moins élancée et plus latine qui entre sur scène. La nouvelle de l’indisposition et du remplacement de dernière minute du pianiste norvégien nous avait échappé ! Le temps de se remettre de la surprise et de reconnaître Javier Perianes, on se rend compte qu’on ne perd pas tellement au change. Perianes dévoile en effet d’exceptionnelles qualités pianistiques : fondée sur une assise solide au clavier, une souplesse parfaite des poignets, une articulation haute et précise des doigts, sa technique s’avère très sûre. La sonorité est franche et ample, marquée par une grande variété de touches et d’accents, avec un legato irrésistiblement chantant à la main droite et une main gauche qui sait se faire orchestrale quand la partition le demande. Cette science instrumentale est mise au service d’une vision très arrêtée et cohérente du Troisième Concerto de Beethoven, que l’accompagnateur chevronné qu’est Szeps‑Znaider suit avec son tact habituel. Sous les doigts de Perianes, ce concerto écrit dans la tonalité tourmentée d’ut mineur prend un aspect paradoxalement assez solaire et mozartien dans les deux premiers mouvements. Le pianiste espagnol développe tout au long de l’Allegro con brio, d’une grande beauté d’énonciation, cette vision plus classique que romantique et révolutionnaire, mais qui ne manque pas pour autant de force ou d’allant. Le Largo est de même articulé dans un climat poétique, sans exagérations rhétoriques ni alanguissements. Une rupture de ton intervient au début du Rondo conclusif, au long duquel Perianes conserve un ton polémique bienvenu, loin de l’humour qu’y mettent d’autres interprètes. Son mordant sans cabotinage se communique à l’orchestre, notamment lors de ses dialogues avec la clarinette inspirée de Kévin Galy, jusqu’à un presto final électrisant, qui confirme l’autorité et le panache d’un interprète beethovénien de haut vol. En bis, une magnifique Mazurka opus 17 n° 4 de Chopin qui permet de profiter une dernière fois de l’art de l’agogique et de la sonorité rêveuse d’un pianiste qu’on est heureux d’avoir mieux découvert.
Retour à Strauss après l’entracte, pour un Zarathoustra dans lequel Nikolaj Szeps‑Znaider et son orchestre font de nouveau merveille. Placé à la tête d’une centaine de musiciens, avec notamment des cordes très opulentes (huit contrebasses !), le chef parvient, par‑delà l’introduction rendue célèbre par le cinéma, à concilier le spectaculaire de la partition avec une transparence et un mouvement qui lui permettent de se garder de toute lourdeur. Chacun peut briller à son tour au sein de la masse symphonique, avec une belle mise en valeur de l’éloquence des cuivres, bien sûr, mais aussi des saveurs caractéristiques des bois, de la puissance des percussions, de l’homogénéité des cordes et du raffinement solennel du monumental Cavaillé‑Coll de 1878. On fera mention particulière des interventions solistes des chefs de pupitre, de Jean‑Pascal Oswald à l’alto dans la deuxième section, et surtout d’une Jennifer Gilbert au violon solo incandescent dans la partie finale du poème. Ainsi Szeps‑Znaider et ses musiciens nous entraînent‑ils avec finesse et discernement au cœur de la magie sonore et de l’expressivité d’une partition parmi les plus attrayantes du compositeur, dont il sera intéressant d’entendre le résultat au disque. En attendant, ce programme efficace et superbement réalisé achève de la meilleure façon la saison 2025‑2026 de l’Orchestre national de Lyon.
François Anselmini
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