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Un Rossini pour les gourmets Paris Palais Garnier 06/03/2026 - et 6*, 9, 11, 14, 17, 19, 26, 29 juin, 2, 5, 8, 11 juillet 2026 Gioacchino Rossini : La Cenerentola Lawrence Brownlee (Don Ramiro), Huw Montague Rendall (Dandini), Nicola Alaimo (Don Magnifico), Ilanah Lobel‑Torres (Clorinda), Maria Warenberg (Tisbe), Vasilisa Berzhanskaya*/Gaëlle Arquez (Angelina), Adolfo Corrado (Alidoro)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, Ching‑Lien Wu (cheffe des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Enrique Mazzola (direction musicale)
Guillaume Gallienne (mise en scène), Marie Lambert (collaboration artistique), Eric Ruf (décors), Olivier Bériot (costumes), Bertrand Couderc (lumières), Glysleïn Lefever (chorégraphie)
 V. Berzhanskaya (© Julien Benhamou/Opéra national de Paris)
Après deux salons Rossini, une reprise de La Cenerentola de 2017. Le temps n’a pas bonifié la production de Guillaume Gallienne. Il a beau user et abuser des ficelles d’un comique convenu, on ne rit pas plus aujourd’hui qu’hier : l’esprit du buffa lui échappe. La direction d’acteurs reste inégale : elle fait mouche ici, comme dans le duo du père et du valet au II, mais tombe à plat ailleurs, surtout quand il faut gérer le chœur. Les personnages sont souvent superficiels, à commencer par Angelina et Ramiro – celui‑ci affublé d’une attelle pour montrer, au cas où on ne l’aurait pas compris, qu’elle ne s’attache pas à la beauté physique. Dans un décor très moche de palais lépreux, les références au néoréalisme italien ou à la mafia sentent le déjà-vu. Quant aux plaisirs tarifés que s’offre Don Magnifico, on en perçoit mal la raison d’être. La finesse ambiguë du chef‑d’œuvre de Rossini s’est évaporée, telles les bulles d’un champagne éventé.
L’Opéra a heureusement réuni une distribution sans faille. Certes, on attendrait plus de grave du Dandini de Huw Montague Rendall, plutôt baryton clair, mais il a l’abattage, la volubilité syllabique, la sûreté de la vocalise que l’on attend du valet. Il ne pâlit pas face au Don Magnifico anthologique de l’irrésistible Nicola Alaimo, modèle de basse buffa rossinienne : sillabando étourdissant, colorature impeccable, ligne tenue néanmoins. La troisième clé de fa se signale également : le remarquable Adolfo Corrado, philosophe précepteur du prince, deus ex machina de l’histoire, a la noblesse des personnages seria, dans le timbre et dans le chant.
Le couple des jeunes gens s’avère heureusement assorti. Le répertoire rossinien constitue la terre d’élection de Lawrence Brownlee, d’une parfaite agilité, à l’aigu brillant, au cantabile fuselé et à la vocalise coruscante. Autant de qualités que l’on retrouve chez la magnifique Vasilisa Berzhanskaya, qui, alors qu’elle s’oriente vers des emplois de soprano aussi redoutables que Sémiramis ou Norma, conserve ses graves sans mettre en péril l’homogénéité d’une voix à la longueur étonnante. Voici une Angelina techniquement et stylistiquement parfaite, dont le rondo final cascade mais dont la Canzone se love dans un legato de velours. Elle parvient à préserver, au‑delà de l’insolence virtuose, la dimension à la fois adolescente et mélancolique du personnage. Ses deux chipies de sœur sont de très prometteuses membres de la troupe qu’on a toujours plaisir à retrouver, Ilanah Lobel-Torres et Maria Warenberg.
Là où Guillaume Gallienne échoue, Enrique Mazzola réussit. Dès l’Ouverture, on déguste ce Rossini vif argent, aux couleurs rutilantes ou ombrées, à sauts et à gambades, pas moins fin que brillant. Pour autant, la baguette ne lâche pas la bride, attentive au moindre détail, maîtrisant les ensembles avec une précision d’horloger – le final du I tourbillonne sans jamais dérailler, le sextuor du II est un régal. On n’entend pas toujours, pour Rossini, un orchestre aussi inventif, aux saveurs aussi variées. Le metteur en scène, c’est le chef.
Didier van Moere
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