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Du ciel au paradis

Paris
Philharmonie
05/31/2026 -  21 (London), 26 (Bristol) mai, 1er juin (Luxembourg) 2026
Roberto Gerhard : Symphonie n° 3 « Collages »
Richard Strauss : Quatre derniers lieder
Gustav Mahler : Symphonie n° 4

Lucy Crowe (soprano)
London Symphony Orchestra, Simon Rattle (direction)


S. Rattle (© Oliver Helbig)


Roberto Gerhard n’encombrant pas nos programmes de concert, on se réjouit que Sir Simon Rattle commence son concert par la Troisième Symphonie. Il prend ainsi la suite de prestigieux défenseurs de la musique du musicien hispano-britannique : Antal Dorati créa La Peste, d’après Camus, qu’il révéla à Paris en 1970 à la tête du National avant de l’enregistrer à Washington, puis le Concerto pour orchestre, Sir Colin Davis grava la Quatrième Symphonie et le Concerto pour violon. Perçoit‑on, à travers les sept mouvements, le déroulement d’une journée ? Gerhard a en effet puisé son inspiration dans un vol transatlantique et dans le Psaume 113. On s’incline surtout devant une partition parfaitement construite, aux timbres rutilants, notamment ceux des nombreuses percussions, les sons de la bande préenregistrée, à supposer qu’ils soient nécessaires, s’intégrant bien aux instruments – d’où le sous-titre « Collages ». Unique élève espagnol de Schoenberg, Gerhard, sans renier la série, a un langage original, flatté par son talent d’orchestrateur. Pas moins brillant maître de l’orchestre, Sir Simon en déroule en la dramaturgie et en rehausse les couleurs.


Les Quatre derniers lieder de Strauss déploient, en un geste très généreux, toute la luxuriance straussienne, ils semblent ici se souvenir des grands chefs‑d’œuvre du passé, poèmes symphoniques ou opéras. Est‑ce trop pour le testament du compositeur bavarois ? Oui, sans doute, pour la voix plutôt légère d’une Lucy Crowe pas assez irradiante, même si Sir Simon ne la contraint jamais à forcer ses moyens. On met en tout cas chapeau bas devant l’incarnation du mot, l’homogénéité de la tessiture malgré un bas médium et un grave plus discrets, la beauté d’une ligne très tenue, appuyée sur un souffle impeccablement dominé. Lucy Crowe fait vite oublier la calamiteuse Angel Blue aux Champs‑Elysées.


La Quatrième Symphonie de Mahler épate, dès le « Bedächtig » initial par la splendeur de l’orchestre et l’euphorie allègre de la lecture. Sir Simon met en valeur les plus infimes détails de la partition, quitte à friser le maniérisme, quitte aussi à fragmenter un peu le flux par le respect maniaque des infléchissements agogiques. Mais que c’est beau ! A partir du scherzo, qu’on souhaiterait certes un rien plus grinçant, ces réserves tombent, le fil ne se dénoue plus, la direction ne sacrifie plus la forme à la couleur. Le « Ruhevoll », magnifique et poignant, atteint des sommets, l’intensité de l’émotion restant toujours maîtrisée. Et la voix de Lucy Crowe convient tout à fait au « Sehr behaglich » final, où elle retrouve sans minauder la fraîcheur de l’enfance, portée par des Londoniens aux séductions diaphanes. A la fin, le « Sehr zart und geheimnisvoll » suspend le temps et nous ouvre les portes du paradis. Gerhard partait du ciel, Mahler nous y ramène.



Didier van Moere

 

 

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