|
Back
Débauche de percussions München Isarphilharmonie 05/21/2026 - et 22 mai 2026 Johannes Maria Staud : Whereas the Reality Trembles
Carl Nielsen : Maskarade : Ouverture
Jean Sibelius : Symphonie n° 3 en ut majeur, opus 52
Christoph Sietzen (percussion)
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Santtu‑Matias Rouvali (direction)
 S.-M. Rouvali (© Bayerische Rundfunk/Astrid Ackermann)
Le concerto pour percussion de Johannes Maria Staud, Whereas the Reality Trembles, créé en octobre 2023 à Cleveland par Christoph Sietzen et Franz Welser‑Möst, ouvre la soirée. Le titre, tiré d’un poème de William Carlos Williams, annonce une esthétique de la vibration et du frémissement. Pour illustrer ce projet, Johannes Maria Staud dote son soliste d’un arsenal percussif démesuré et proprement extravagant : marimbas, vibraphones, xylophones, tam‑tams, gongs de toutes dimensions, cloches tubulaires, cymbales suspendues – et, pour ne rien oublier, des pots de fleurs en terre cuite, carreaux de faïence, jerrycans vides et un énorme tonneau de pétrole de la marque Castrol... Est‑ce de l’art ou une volonté d’épater le public ?
La virtuosité de Christoph Sietzen est hors de doute, mais une question s’impose : où finit la partition, où commence l’improvisation ? La cadence occupe à peu près la moitié des vingt minutes de l’œuvre, au détriment d’un orchestre sous‑exploité, réduit trop souvent à un rôle d’accompagnateur ponctuel. La musique manque de ligne directrice et, si elle fascine par instants, peine à convaincre dans la durée. Fallait‑il mobiliser un ensemble de la qualité de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise au complet pour une partition aussi mince ? Le bis, une chanson populaire autrichienne aussitôt oubliée, ne dissipe pas l’impression mitigée.
La seconde partie apporte un tout autre plaisir. Dès l’Ouverture de Maskarade de Nielsen, la direction de Rouvali révèle ses qualités propres : indépendance remarquable des bras, capacité à impulser le rythme avec une précision souveraine, sens de l’élan naturel. La musique de Nielsen – espiègle, pleine de vie, aux couleurs orchestrales nordiques – évoque par instants l’Ouverture de La Fiancée vendue de Smetana, mais avec une palette plus sombre et plus subtile, et l’orchestre y est pleinement lui‑même.
La Troisième Symphonie de Sibelius est la moins jouée des sept. Rouvali lui apporte des couleurs sombres bien adaptées à l’œuvre, et plusieurs moments atteignent une véritable intensité : la récapitulation qui clôt le premier mouvement, conduite avec un réel élan, ou ce passage du deuxième mouvement où les bois, Henrik Wiese et Ivanna Ternay (flûte) et Ramón Ortega Quiero (hautbois), dialoguent avec les pizzicati des cordes sur un fond de contrebasses à l’archet.
La lecture reste néanmoins inégale. Le thème aux bois du début du deuxième mouvement est pris un peu trop lentement : la ligne se perd, le discours se morcelle. Certains passages mériteraient davantage de caractérisation – la question que pose toujours Sibelius, celle d’une musique pure ou d’œuvres personnelles, reste parfois sans réponse.
Mais il faut aussi tenir compte des circonstances : c’est le premier concert que donne le chef finlandais avec cet orchestre et peut‑être découvre‑t‑il dans ces œuvres l’acoustique de l’Isarphilharmonie avec une salle pleine. Le talent est évident mais la soirée est un peu frustrante.
Antoine Lévy-Leboyer
|