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Deux reines sous microscope

München
Nationaltheater
05/10/2026 -  et 14*, 17, 21 mai 2026
Brett Dean : Of One Blood (création)
Johanni van Oostrum (Elizabeth Tudor), Vera‑Lotte Boecker (Mary Stuart), Seonwoo Lee (Female Consort I), Mirjam Mesak (Female Consort II), Lotte Betts‑Dean (Female Consort III), Meg Brilleslyper (Female Consort IV), Freya Apffelstaedt (Female Consort V, Jane Kennedy), Liam Bonthrone (Male Consort I, Lord Darnley), Joel Williams (Male Consort II), Andrew Hamilton (Male Consort III, David Rizzio), Armand Rabot (Male Consort IV, Scottish Lord I), Pawel Horodyski (Male Consort V, Scottish Lord II, Executioner), Opernballett der Bayerischen Staatsoper
Bayerischer Staatsopernchor, Christoph Heil (chef de chœur), Bayerisches Staatsorchester, Mahan Esfahani (clavecin), Vladimir Jurowski (direction musicale)
Claus Guth (mise en scène), Etienne Pluss (scénographie), Ursula Kudrna (costumes), Michael Bauer (lumières), Bob Scott, Sven Eckhoff (design sonore), Sommer Ulrickson (chorégraphie), Yvonne Gebauer, Lukas Leipfinger (dramaturgie)


J. van Oostrum, V.-L. Boecker (© Monika Ritterhaus)

Commande conjointe de la Bayerische Staatsoper, du Santa Fe Opera, du State Opera South Australia et de Garsington Opera, Of One Blood est la deuxième production d’un opéra de Brett Dean au Nationaltheater de Munich, après Hamlet, créé en 2017 à Glyndebourne par Vladimir Jurowski. Le style en est immédiatement reconnaissable : écriture orchestrale d’une grande complexité, usage contrasté de l’électronique, traitement choral élaboré, larges lignes mélodiques qui émergent d’une texture souvent dense. L’Australien, ancien altiste du Philharmonique de Berlin affirme à nouveau sa maîtrise.


Le livret de Heather Betts, épouse du compositeur, repose sur la correspondance des deux reines, Marie Stuart et Elisabeth Ire , qui ne se rencontrèrent jamais. Ce parti pris, qui écarte d’emblée la confrontation directe chère à Donizetti ou à Schiller, utilise avec beaucoup de subtilité le contenu les lettres en dialogues fictifs, superposant le temps de l’écriture et celui de l’action. Le premier acte suit Marie Stuart depuis son mariage malheureux avec Lord Darnley, le meurtre stylisé de son confident Rizzio, jusqu’à sa fuite en Angleterre et son emprisonnement. Le second est dominé par le complot qu’elle fomente depuis sa captivité, la réaction d’Elisabeth, le procès et la condamnation à mort.


Vladimir Jurowski dirige à nouveau avec autorité. Sa direction est d’une grande maîtrise : les rapports de dynamiques entre fosse et scène, la gestion des strates électroniques, la lisibilité d’une orchestration pourtant très fouillée laisse deviner une préparation exceptionnelle. Le Bayerisches Staatsorchester, sollicité dans toutes ses sections, répond avec précision et engagement comme s’il jouait Strauss ou Wagner.


La mise en scène de Claus Guth est d’une intelligence constante. Le cadre choisi – un laboratoire où des scientifiques examinent les cercueils des deux reines avant que les personnages de la tragédie n’investissent progressivement l’espace – inscrit l’œuvre avec une certaine distance, celle de l’histoire analysée plutôt que vécue. Les jeux d’ombres et de lumières, la finesse des costumes, et surtout la direction d’acteurs – aussi bien pour les solistes que pour les chœurs et les ensembles – confirment la maîtrise d’un metteur en scène qui sait tirer parti des moyens considérables de la Bayerische Staatsoper, rappelant le travail accompli dans cette même salle pour L’Amour de Danaé.


Comme toujours à Munich, la distribution est particulièrement soignée, à commencer par les seconds rôles et les ensembles – cour de Marie Stuart et conseillers d’Elisabeth. Les deux protagonistes portent la soirée avec conviction. Johanni van Oostrum compose une Elisabeth d’une solidité vocale wagnérienne, même si quelques signes de fatigue se font sentir en fin de soirée. Vera‑Lotte Boecker est la révélation de la soirée : superbes aigus d’une grande assurance, présence dramatique immédiate, elle s’empare du personnage de Marie Stuart avec une intensité croissante qui culmine dans les scènes du procès.


Une petite réserve s’impose cependant. La musique de Brett Dean, habile et très travaillée, reste longtemps volontairement clinique – sophistiquée, maîtrisée, mais d’une certaine froideur. La fascination l’emporte sur l’émotion : on est captivé par le spectacle, mais il parle davantage à l’intellect qu’au cœur. C’est seulement avec le duo final des deux reines chanté hors scène que la musique s’ouvre enfin à une émotion plus directe – un moment d’une beauté saisissante, mais qui arrive un peu tard dans une œuvre de presque trois heures.


Ce petit bémol n’empêche pas Of One Blood d’être une réalisation impressionnante, à tous les égards digne de la maison qui l’a commandée et qui confirme que la création lyrique est bien vivante.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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