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Boyaux et basset

Vienna
Konzerthaus
05/10/2026 -  et 6 mai 2026 (London)
Joseph Haydn : Quatuors opus 20 n° 1, Hob. III:31, et opus 20 n° 2, Hob. III:32
Wolfgang Amadeus Mozart : Quintette avec clarinette « Stadler », K. 581

Nicolas Baldeyrou (clarinette de basset), Quatuor Chiaroscuro : Alina Ibragimova, Charlotte Saluste-Bridoux (violon), Emilie Hörnlund (alto), Claire Thirion (violoncelle)


C. Thirion , C. Saluste-Bridoux, A. Ibragimova, E. Hörnlund
(© Joss McKinley)



Malgré des choix techniques radicaux – cordes en boyau, archets d’époque, violoncelle sans pique –, le langage du Quatuor Chiaroscuro échappe aux catégories établies, sa liberté de ton et ses options interprétatives relevant davantage d’un pragmatisme musical assumé que d’un dogme a priori d’exactitude historique. Le riche parcours individuel des musiciens, largement ouvert au répertoire du XXe siècle, se reflète clairement dans l’approche de l’ensemble, qui privilégie le dialogue des voix à leur fusion ; et si la violoniste Alina Ibragimova fixe un cap, jamais elle ne cherche à dominer ses partenaires.


Le contraste entre les deux quatuors de l’Opus 20 de Haydn est particulièrement saillant, le Quatuor opus 20 n° 2 affirmant une indépendance des voix plus marquée, et mettant notamment en exergue le lyrisme du violoncelle de Claire Thirion (l’Adagio. Capriccio constituant le véritable centre de gravité de cette première partie). Les tempi adoptés sont vifs ; cependant, le geste reste ample et généreux, densifiant ponctuellement le vibrato pour mieux souligner les modulations et les tensions expressives. L’Affettuoso e sostenuto de l’Opus 20 n° 1 se situe ainsi moins dans une optique contemplative et « prébeethovénienne », que dans l’évocation d’un flux musical tranquille conduisant vers un finale pétillant et rugueux.


Le choix des instruments anciens, idéal pour souligner la subtilité des nuances d’éclairage et la somptuosité de pianissimi parfaitement calibrés à l’acoustique de la salle, demeure une option subjective dans les quatuors de Haydn ; il devient, en revanche, une véritable révélation dans le Quintette « Stadler » de Mozart. Le timbre boisé et souple, sans la moindre stridence, de la clarinette de basset jouée par Nicolas Baldeyrou – copie d’un modèle de Theodor Lotz semblable à celui utilisé par Anton Stadler –, s’intègre dans une parfaite continuité avec les cordes. L’œuvre retrouve une simplicité vivante, débarrassée de toute préciosité, dévoilant la profondeur de sa richesse harmonique sans verser dans une opulence symphonique. Les pizzicati du violoncelle semblent déjà annoncer Schubert ; les variations du finale possèdent la spontanéité d’un groupe de jazz, où chaque instrumentiste attend son tour pour improviser et nourrir une émulation collective. Il n’y a décidément pas de retour en arrière possible après avoir plongé dans un tel spectre sonore.



Dimitri Finker

 

 

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