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Ovations pour une Butterfly d’exception

Geneva
Bâtiment des Forces Motrices
04/23/2026 -  et 25, 26, 28, 29, 30 avril, 2, 3 mai 2026
Giacomo Puccini : Madama Butterfly
Corinne Winters*/Heather Engebretson (Cio‑Cio‑San), Stephen Costello*/Arnold Rutkowski (Benjamin Franklin Pinkerton), Andrey Zhilikhovsky (Sharpless), Kai Rüütel‑Pajula (Suzuki), Denzil Delaere (Goro), Mark Kurmanbayev (Lo zio bonzo), Charlotte Bozzi (Kate Pinkerton), Vladimir Kazakov (Yamadori), Igor Gnidii (Il commissario imperiale), Dimitri Tikhonov (L’ufficiale del registro), Rodrigo Garcia (Yakusidé), Magali Duceau‑Berly (La madre di Butterfly), Victoria Martynenko (La zia di Butterfly)
Chœur du Grand Théâtre de Genève, Mark Biggins (préparation), Orchestre de la Suisse Romande, Antonino Fogliani (direction musicale)
Barbora Horáková (mise en scène), Wolfgang Menardi (décors), Eva‑Maria Van Acker (costumes), Felice Ross (lumières), Diana Markosian (vidéos), Andrea Tortosa Vidal (chorégraphie)


(© Carole Parodi)


La nouvelle production de Madame Butterfly au Bâtiment des Forces Motrices a été accueillie par une ovation comme rarement entendue à Genève ; le public ne s’y est pas trompé, saluant un spectacle qui devrait rester comme le plus abouti de la saison lyrique genevoise 2025‑2026. Créé en 1904 à la Scala, l’opéra a d’abord été un fiasco retentissant, saboté par des rivaux. Puccini le remania immédiatement en trois actes pour en faire le succès mondial que l’on connaît aujourd’hui. C’est le sixième opéra du compositeur, qui le considérait comme son ouvrage le plus sincère et expressif.


Pour cette nouvelle production genevoise, la metteur en scène Barbora Horáková a choisi de déplacer le point de vue traditionnel pour raconter l’intrigue à travers les yeux du fils de Cio‑Cio‑San et de Pinkerton. Constamment présent sur scène comme une silhouette mélancolique, vêtu d’un trench‑coat, il revient sur les lieux de sa naissance pour comprendre les cicatrices de son passé, dans un dispositif jouant sur la pénombre et la fluidité afin de soutenir cette quête mémorielle. Les nombreuses vidéos enrichissent la narration, apportant des clés de lecture supplémentaires sur l’histoire de la famille. Barbora Horáková a voulu éviter à tout prix les clichés du japonisme (pas de cerisiers en fleurs ici), signant une production sombre et épurée, voire austère, qui contraste avec un ouvrage aussi passionnel que celui de Puccini. Quoi qu’il en soit, l’idée de l’intrigue revue par le fils est intéressante, même si elle n’est pas entièrement nouvelle, puisque Davide Livermore se l’était déjà appropriée à Baden‑Baden l’année dernière.


La distribution vocale est dominée par la splendide Cio‑Cio‑San de Corinne Winters, qui livre une interprétation mémorable du rôle‑titre, particulièrement émouvante et poignante. Si elle est mise quelque peu en difficulté dans son premier air (« Spira sul mare »), avec une voix encore froide, un chant abordé très prudemment et des extrêmes aigus passablement étriqués, la soprano révèle par la suite toute l’étendue de son immense talent, culminant avec un « Un bel dì, vedremo » d’anthologie, formidable de puissance vocale et d’intensité dramatique. Face à une incarnation aussi bouleversante et incandescente, les autres chanteurs ont bien du mal à donner du relief à leur personnage. C’est le cas notamment du ténor Stephen Costello, qui, malgré une voix puissante et un timbre élégant et généreux, incarne un Pinkerton quelque peu monolithique, sans beaucoup d’investissement scénique. Suzuki solide et vigoureuse, à la voix chaude et corsée, Kai Rüütel‑Pajula ancre le drame dans une réalité émotionnelle poignante. Andrey Zhilikhovsky incarne un Sharpless de belle prestance, au chant racé et bien timbré. On mentionnera également le Bonze de Mark Kurmanbayev, dont les graves impressionnent par leur profondeur. A la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, le chef italien Antonino Fogliani livre une lecture nerveuse et intense de la partition de Puccini, sans pour autant négliger les détails et les couleurs. Seul bémol : dans les passages dramatiques, les chanteurs sont parfois couverts. Malgré quelques légères réserves, ce spectacle est incontestablement à marquer d’une pierre blanche.



Claudio Poloni

 

 

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