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Une journée musicale ordinaire à Vienne

Vienna
Konzerthaus
04/15/2026 -  

15 avril 2026
Ervín Schulhoff : Cinq Pièces pour quatuor à cordes
Ludwig van Beethoven : Quatuor n° 14, opus 131

Quatuor Leonkoro : Jonathan Schwarz, Emiri Kakiuchi (violon), Mayu Konoe (alto), Lukas Schwarz (violoncelle)


15 avril 2026 – et 2 (Tokyo), 13 (Alicante), 17 (Barcelona), 19 (Madrid), 21 (Milano) avril 2026
Franz Schubert : Sonate pour violon et piano « Grand Duo », D. 574
Claude Debussy : Sonate n° 3 pour violon et piano
César Franck : Sonate pour violon et piano

María Duenas (violon), Alexander Malofeev (piano)


M. Duenas, A. Malofeev (© Wiener Konzerthaus/Andrea Humer)


Les bâtiments du Musikverein et du Konzerthaus abritent chacun près de huit cents manifestations annuelles – un volume remarquable au regard de la plupart des institutions en France – exploitant à plein les capacités des salles historiques (deux auditoriums pour le Musikverein, trois pour le Konzerthaus) ainsi que celles de leurs espaces revitalisés (quatre salles supplémentaires pour le premier, une pour le second). Certaines journées s’avèrent ainsi particulièrement denses, comme ce 15 avril au Konzerthaus, où sept événements musicaux se succèdent du matin jusque dans la nuit, donnant l’impression d’un festival musical quotidien.


Le Quatuor Leonkoro, jeune ensemble à l’identité déjà bien affirmée et distingué tant au disque qu’en concours, ouvre la première partie de soirée dans l’intimité du salon Schubert. On admire la générosité de leur pâte sonore dans les Cinq Pièces de Schulhoff, servant des lectures contrastées, à l’énergie compacte mais toujours lisible, et capables de texturer le foisonnement du Prestissimo con fuoco avec finesse. L’Opus 131 de Beethoven est, quant à lui, traversé d’éclairs lyriques intenses ; néanmoins, la tension y faiblit par moments, comme si l’interprétation restait encore un peu prisonnière des barres de mesure. Les voix intermédiaires sont solidement portées par un alto et un second violon particulièrement engagés (notons l’arrivée récente d’Emiri Kakiuchi au second violon, pas encore 20 ans, qui constitue le premier renouvellement de l’effectif). L’évolution de cette formation promet d’être fascinante – c’est en tout cas le pari du Konzerthaus, qui lui consacrera un cycle la saison prochaine.


Quelques mètres plus loin, le salon Mozart abrite le récital du duo constitué par le pianiste Alexandre Malofeev et la violoniste María Duenas (précédemment chroniquée, alors qu’elle n’avait que 21 ans). Dans le public, Boris Kushnir, pédagogue ayant guidé l’éclosion de nombreuses générations de violonistes, est venu écouter l’une de ses dernières protégées, entouré d’une nuée d’étudiants du Conservatoire de Vienne. L’intensité de la violoniste espagnole est inouïe, mais elle ne sert guère la Sonate D. 574 de Schubert : les dynamiques, la projection et l’agogique, taillées pour faire face à un orchestre symphonique, mènent ici, dans ce cadre chambriste, à forcer le trait et surexposer les intentions du compositeur. L’approche se révèle bien plus convaincante dans la suite du programme. L’incandescence de María Duenas imprime à Debussy une couleur hispanisante et passionnée, canalisée par le toucher félin d’Alexandre Malofeev, qui alterne avec intelligence coups de griffes et pattes de velours. Les changements de climat soudains, et les retournements fantasques de cette partition tardive trouvent ici un terrain d’expression idéal. La Sonate de Franck, enfin, n’a jamais sonné aussi concertante que sous les doigts de ces très jeunes artistes, se déployant avec une ampleur considérable. La magie du duo opère pleinement, et l’on se laisse peu à peu absorber par le timbre très personnel de la violoniste.


Il aurait encore été possible de prolonger la soirée par un bœuf de musique portugaise dans les espaces du sous‑sol – dans cette abondance musicale, savoir choisir, et rentrer chez soi, relève presque de la discipline.



Dimitri Finker

 

 

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