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Un programme chevillé au « cor »

Paris
Salle Cortot
04/24/2026 -  
Alissa Firsova : Stages
Győrgy Ligeti : Hamburgisches Konzert
Jörg Widmann : Air
Heitor Villa-Lobos : Chôros n° 4, W 218
Richard Strauss : Der Bürger als Edelmann (Suite), opus 60

Ben Goldscheider (cor)
Atmosphères, Ilyich Rivas (direction)


B. Goldscheider (© Kaupo Kikkas)


Les « atmosphères » de ce soir sont l’occasion pour l’ensemble – qui souffle sa première bougie et année de résidence en la salle Cortot – de mettre en valeur le cor.


Mais c’est à la trompette de Raphaël Horrach, ancien élève de Håkan Hardenberger, que revient le premier rôle dans Etapes (2022) d’Alissa Firsova (née en 1986), inspiré du poème éponyme de Hermann Hesse. Une musique de deuil, stylistiquement ancrée dans la Vienne du début du siècle dernier. Désobligerait‑on la compositrice russo-britannique en avançant qu’aux références délibérées à Schoenberg (La Nuit transfigurée) et Mahler (Adagio de la Dixième Symphonie) se surimposent les musiques de film d’un Korngold ou d’un Steiner ? L’ensemble à cordes riche en textures mouvantes – tantôt évanescentes, tantôt élégiaques – offre un réceptacle de souffrance idoine aux questionnements (comment ne pas songer à The Unanswered question de Charles Ives ?) parfois véhéments du soliste.


Le Concerto de Hambourg (1998) est empreint de cette nostalgie des dernières années du maître hongrois, également perceptible dans la Sonate pour alto. Un « éclectisme sévère » (l’expression est de Boulez au sujet de Messiaen), touchant aussi bien aux musiques subsahariennes qu’au jazz et à l’ars subtilior, va de pair avec le redoutable défi inhérent à l’effectif : cinq cors naturels, chacun ayant une fondamentale différente ! Pour moelleuse qu’elle soit, la sonorité d’ensemble reste sujette à diverses fluctuations (synchronisation des attaques, intonation) ; seul un enregistrement en studio, disons‑le, peut prétendre avoisiner les desiderata de Ligeti. Mais Ben Goldscheider, à l’instar de Jens McManama dans l’un de ses derniers concerts en qualité de soliste de l’Ensemble intercontemporain, ne démérite pas dans ce concerto énigmatique dont les mouvements (au nombre de sept) rapides et rythmiquement instables semblent plus aisés à exécuter que ceux, suspensifs, qui exposent davantage le cor solo et les quatre cornistes de l’orchestre.


Dans Air (2005), Jörg Widmann (né en 1973) demande à ce que le pavillon de l’instrument (à pistons celui‑ci) soit orienté vers la table d’harmonie d’un piano à queue. S’il n’est pas le premier compositeur à formuler cette requête, il tire un parti particulièrement évocateur du halo harmonique qui se dégage du piano inerte ainsi caressé. Ben Goldscheider impressionne dans cette œuvre magnifique et effroyablement difficile qu’il interprète de mémoire. Rien moins qu’aride dans son alternance constante de jeu ouvert et bouché, le musicien britannique incante un envoûtant « cosmos microtonal » (notice des éditions Schott).


Après ces musiques passablement exigeantes, place à la farandole des desserts. La mi‑temps des années 1920 marque les épousailles réussies de Villa‑Lobos avec le modernisme européen. Trois cors et un trombone séduisent tout au long du Chôros n° 4 (1926 – l’un des plus brefs de la série) à la forme tripartite : une berceuse se voit encadrée de vifs staccatos et d’une roborative fanfare aux accents jazzy parfaitement croquée par Goldscheider et ses camarades.


Le replet bourgeois gentilhomme selon Strauss et Hofmannsthal peut alors faire son entrée. Ilyich Rivas coordonne cette suite de danses avec beaucoup de tact, brassant le musique à pleine main lors des tutti, lâchant la bride lors des nombreux solos, lesquels permettent aux musiciens de l’ensemble Atmosphères de faire valoir leurs atouts : piano déguisé en continuo, hautbois délicieusement désuet, flûte gracieuse (Menuet de M. Jourdain), violon solo vibrant et violoncelle enjôleur. Une « omelette surprise » en plusieurs séquences couronne le tout, au cours desquelles Strauss ne résiste pas à son penchant pour la/l’auto‑citation, de « La donna è mobile » de Rigoletto aux moutons bêlants de Don Quichotte.


Puisse la résidence de l’ensemble – qui nous a enchanté par l’originalité de ses programmes et la variété de ses « ambiances » – être reconduite la saison prochaine salle Cortot.



Jérémie Bigorie

 

 

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