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Voyage baroque

Normandie
Deauville (Salle Elie de Brignac-Arqana)
04/18/2026 -  
Johann Sebastian Bach : Concerto brandebourgeois n° 5, BWV 1050
Georg Philipp Telemann : Concerto pour flûte à bec, traverso et continuo, TWV 52:e1
Giovanni Battista Pergolesi : Stabat Mater, P.77 [*]

Ambroisine Bré (soprano), Anouk Defontenay (mezzo-soprano)
Le Concert de la Loge : Anna Besson (traverso), Sibylle Roth (flûte à bec, clavecin [*]), Tami Troman, Marieke Bouche (violon), Pierre‑Eric Nimylowycz (alto), Atsushi Sakaï (violoncelle), Thomas de Pierrefeu (contrebasse), Louise Acabo (clavecin, orgue), Julien Chauvin (violon, direction)




Le trentième Festival de Pâques de Deauville qui vient de s’ouvrir ne colle une nouvelle fois pas avec la période de Pâques proprement dite mais a été judicieusement calé sur les vacances scolaires de printemps de la zone C, qui inclut l’Ile‑de‑France, de façon à permettre aux Franciliens, habitués ou non de la Côte Fleurie, de fréquenter plus volontiers ces beaux moments musicaux normands. La programmation a aussi été judicieusement conçue pour attirer le plus large public. Outre le fait qu’elle fait intervenir, comme les années précédentes, artistes renommés et jeunes talents prometteurs, les premiers mettant le pied à l’étrier aux seconds, les œuvres sont encore des plus consensuelles. La découverte est ainsi essentiellement du côté des artistes et on est, à chaque fois, heureux de découvrir de nouveaux talents, la valeur n’attendant à l’évidence pas le nombre des années à Deauville.


Le premier concert de la série de huit proposés cette année ne déroge pas au schéma. Ce soir, il tourne autour de la musique baroque avec un ensemble, Le Concert de la Loge, bien connu à Deauville et désormais reconnu parmi les meilleurs spécialistes de musique baroque, et il révèle aussi de remarquables jeunes interprètes.


C’est le cas dès la première œuvre à l’affiche, le Cinquième Concerto brandebourgeois (1721) de Johann Sebastian Bach (1685‑1750), véritable concerto pour clavier. Il avait été déjà proposé en 2016, il y a dix ans, sous la même direction de Julien Chauvin mais avec un ensemble différent.


L’organisateur du festival depuis trente ans, Yves Petit de Voize, s’en était expliqué en début de concert dans un petit discours introductif. Il s’agissait de fêter le trentième anniversaire du festival avec une sorte de « rétrospective ». Il avait aussi rappelé, comme il a souvent l’occasion de le faire, son esprit et son histoire, et indiqué qu’au départ, peu donnaient cher de la pérennité du festival. Mais les soutiens sont restés fidèles. Parmi ceux‑ci, il cita naturellement Philippe Augier, élu au conseil municipal depuis trente ans et réélu maire en mars 2026 pour la cinquième fois, le groupe Barrière et la Fondation Singer-Polignac. Le violoniste et chef Julien Chauvin, déjà sur la scène, avait complété ces propos en faisant part de ses liens ou de son compagnonnage avec le festival. Le musicien avait notamment loué l’accueil exceptionnel du festival et de la ville pour les jeunes artistes dont finalement il avait fait partie il y a plusieurs décennies (il est né en 1979). Le festival fonctionne comme une résidence, avec sa villa Pégase, et tous s’y sentent bien, soutenus, sans sacrifier aux exigences de l’excellence, s’est‑il plu à souligner. Au cours de ses passages, Julien Chauvin a ainsi pu tâter de tous les formats possibles, ce qui est très instructif : du duo à l’orchestre en passant par le trio, le quatuor, le quintette, le sextuor, l’octuor, le nonette, le dixtuor et le concerto. Reconnaissant, il avait conclu ses souvenirs, avant de prendre son violon et son archet, en disant s’être finalement «en 2016formé en 2016» à Deauville.


Dans le Concerto de Bach, les musiciens nous proposent une lecture assez italienne de l’œuvre avec un trio central d’une belle douceur. Mais ce qu’on admire le plus, c’est le clavecin de Louise Acabo (née en 1998). On parle moins de l’instrument, une copie signée de Marc Ducornet et datant de 1999, d’un son magnifique, que du sens musical, de la liberté de ton et de la clarté des phrasés de l’interprète. Une artiste à suivre.



(au premier plan) A. Besson, S. Roth (© Stéphane Guy)


Pour le Concerto pour flûte à bec, traverso et continuo de Georg Philipp Telemann (1681‑1767), elle est d’ailleurs encore en piste mais moins en vue. L’ensemble perd, à ses côtés, un violoniste mais gagne une flûtiste, Sibylle Roth, encore en études au Conservatoire national supérieur de musique de Paris mais déjà une musicienne de premier ordre. Dans le premier Largo, c’est plus un dialogue qu’une joute qui s’installe entre la flûte traversière d’Anna Besson et sa flûte à bec. Dans le second, accompagnées par les pizzicatos des cordes, tout s’envole dans de superbes volutes baroques. Et, la virtuosité des deux flûtistes, à la coordination exemplaire, nous emmène sans difficulté dans un Presto final, sorte de fête villageoise à laquelle il ne manque qu’une vielle à roue et quelques danseurs revenant des champs. Le succès est évidemment au rendez‑vous. Julien Chauvin ne se fait alors pas prier pour bisser les dernières pages, avec cependant moins de réussite, les cordes ayant tendance à appuyer les traits à l’excès.



(au premier plan) A. Bré, A. Defontenay (© Stéphane Guy)


La seconde partie est consacrée au fameux Stabat Mater de Giovanni Battista Pergolesi (1710‑1736). Il est pris assez rapidement, avec des attaques plutôt sèches du côté de Julien Chauvin, et dans une conception au total plus théâtrale et volontaire que vraiment religieuse. Les deux cantatrices, Ambroisine Bré, soprano, et Anouk Defontenay, mezzo‑soprano, constituent en tout cas un autre beau duo après celui des flûtes, homogène et équilibré sur l’ensemble des tessitures, la soprano ayant parfois tendance toutefois à fouetter certains accents. C’est une véritable émotion qui nous étreint dans le Fac ut ardeat cor meum et on ne peut qu’être touché par la délicatesse du septième et dernier duo. De la belle ouvrage pour une ouverture de festival qui annonce d’emblée le meilleur pour la suite  !


Le site du Festival de Pâques de Deauville



Stéphane Guy

 

 

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