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La flûte enchanteresse d’Emmanuel Pahud

Paris
Maison de la radio et de la musique
04/17/2026 -  
Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte : Ouverture – Andante pour flûte, K. 259e [315]
Matthias Pintscher : Transir
Arnold Schoenberg : Friede auf Erden, opus 13
Béla Bartók : A csodálatos mandarin, opus 19, Sz. 73

Emmanuel Pahud (flûte)
Chœur de Radio France, Zoltán Pad (chef de chœur), Philharmonique de Radio France, Matthias Pintscher (direction)


Après Thomas Adès la semaine dernière, le Philharmonique de Radio France poursuit sa série consacrée aux compositeurs-chefs d’orchestre avec Matthias Pintscher (né en 1971) ; un nom que le public parisien associe à l’Ensemble intercontemporain, dont il fut le directeur musical de 2013 à 2023. Plus varié en raison de la venue en guest star d’Emmanuel Pahud, le concert s’est toutefois révélé moins abouti que celui de son prédécesseur.


Une Ouverture de La Flûte enchantée aux accents très solennels en marque le coup d’envoi. Les baguettes de bois utilisées par le timbalier et les coups d’archet légers lors du fugato se payent d’un déficit de rondeur imputable pour partie à l’acoustique des lieux. Il n’en demeure pas moins que, malgré le jeu très arco des cordes, on eût aimé écrin plus feutré pour la flûte enchanteresse d’Emmanuel Pahud dans l’Andante K. 315. Si cette musique nous touche autant, c’est qu’à la maîtrise du souffle, aux trésors d’articulation au sein de la grande ligne, à la plasticité des traits qu’un léger vibrato épaissit en fin de phrase, le soliste des Berliner sait insuffler par moments une manière d’inquiétude, nous rappelant que la grâce, chez Mozart, promène toujours son ombre derrière elle.


« Ombres et lumières » résume bien Transir (2006) qui, bien qu’enregistré par le Philhar’ dès 2007 pour EMI, attendait toujours sa création française. Le titre est un hommage au compositeur Dominique Troncin (1961‑1994) – que la mort empêcha d’achever son Transir – et au mot issu de l’ancien français faisant référence à l’état de transition. Plutôt que les transitoires cultivés par les spectraux, Pintscher privilégie la succession d’instants fugitifs, traversés de souffles et de sonorités feutrées. Les alliages savoureux des percussions et autres jeux de timbres (une harpe à quarante‑sept cordes) évoquent de la soie qui se déchire, des battements d’ailes sous un rayon de lune. Sollicitée à travers une large gamme de modes de jeu, la flûte solo, continument contrainte dans son cantabile, semble à la recherche des zones troubles situées aux tréfonds de sa psyché. Autant de virtualités latentes mises au jour par Emmanuel Pahud avec une maestria confondante, lequel parcourt ce paysage cadencés d’éclats sonores et de brusques altérations de textures sans perdre le fil du discours... jusqu’à se muer en métronome lors de réguliers Flatterzunge à contretemps. Le compositeur souligne les arrière‑plans plus qu’il ne « dirige » sa propre musique. En bis, la dolente Incantation n° 4 d’André Jolivet (1905‑1974) valorise autant le legato infini de l’interprète que sa faculté d’y intégrer les figures en « petites notes »


La raison majeure de la rareté d’exécution de Friede auf Erden (1907) réside dans la difficulté d’intonation... a quoi supplée l’accompagnement instrumental ajouté par la suite. Celui‑ci, hélas, atténue les dissonances et enrobe les dialogues contrapuntiques entre les pupitres contre l’uniformité desquels l’écriture ne cesse de jouer. Schoenberg, par le truchement de Brahms, tend ici la main aux grands polyphonistes de la Renaissance ; ce qu’une interprétation a cappella eût davantage mis en valeur. Le Chœur de Radio France accentue les relents postromantiques de l’harmonie et s’accommode (sopranos et ténors) comme il peut des notes aiguës.


On se réjouit d’entendre Le Mandarin merveilleux (1919) en entier plutôt que la décevante suite. Affleurent parfois des réminiscences du Sacre du printemps, mais quel est le compositeur qui ne capitalise pas sur les conquêtes de ses prédécesseurs ? La lecture segmentée du chef se souvient davantage des Pièces pour orchestre du même Bartók, juxtaposant les séquences entrecoupées de césures parfois très marquées. On regrette un tissu connectif insuffisamment travaillé, un manque de narrativité au cours de ces trente minutes parmi les plus fiévreuses du ballet moderne. S’il se tient à distance de tout expressionnisme outrancier, Pintscher n’est pas analytique pour autant : les étagements des plans sonores comme la synchronisation des cordes (premiers et seconds violons surtout) demeurent perfectibles. Mais les musiciens font valoir leurs atouts et l’on n’oubliera pas la violence cumulative liminaire, qui nous plonge in medias res dans le chaos urbain, les ultimes soubresauts du Mandarin en passant par l’intervention magique du chœur (bien préparé par Zoltán Pad) et la poursuite paroxystique... conçue comme une variante moderne de la fugue (qu’introduit un duo de tubas parfaitement en situation). La clarinette vénéneuse et ensorcelante de Jérôme Voisin se couvre de gloire dans ses différentes danses de séduction.



Jérémie Bigorie

 

 

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