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Du bruit et de la fureur

Paris
Philharmonie
03/30/2026 -  
Giuseppe Verdi : Rigoletto
Leonardo Lee (Rigoletto), Mei Gui Zhang (Gilda), Andrei Danilov (Duc de Mantoue), Alexander Tsymbalyuk (Sparafucile), Victoria Karkacheva (Maddalena), Oleg Volkov (Comte Monterone), Dominic Sedgwick (Marullo), Yu Shao (Matteo Borsa), Louis de Lavignière (Comte Ceprano), Valentina Stadler (Comtesse Ceprano), Céleste Pinel (Giovanna, Page de la duchesse)
Orfeón Donostiarra, José Antonio Saínz Alfaro (chef de chœur), Le Cercle de l’Harmonie, Jérémie Rhorer (direction)


J. Rhorer (© Caroline Doutre)


Après La Traviata en décembre 2024 et avant Le Trouvère prévu en mars 2027, Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie continuent de proposer au public de la Philharmonie de Paris les opéras de la trilogie verdienne. Et ce soir cette lecture de Rigoletto, malgré de grandes qualités vocales, souffre tout de même un peu de la vision monolithique et sans doute trop spectaculaire du chef français.


Mais quel plateau vocal ! Le Rigoletto du Coréen Leonardo Lee est puissant, émouvant et investi, presque trop en début de soirée, on l’a d’ailleurs perçu un peu fatigué à la fin du deuxième acte, mais tout allait mieux au retour de l’entracte. La voix est magnifique, la ligne soignée, la projection impressionnante, les aigus somptueux et le timbre clair convient au rôle. C’est incontestablement un Rigoletto de très haut niveau. Il en est de même pour le Duc de Mantoue d’Andrei Danilov, un rôle beaucoup chanté de par le monde, au timbre solaire, aux aigus vertigineux et au chant puissant et raffiné à la fois. On avoue avoir été moins impressionné par la Gilda de la Chinoise Mei Gui Zhang même si la voix est très pure, impeccablement juste, mais l’incarnation est sans doute un cran en dessous de celles de Rigoletto et du Duc de Mantoue. Mais on peut aimer une Gilda fragile ce qui convient parfaitement au personnage. Le reste de la distribution est aussi de haut niveau mais sans doute moins impressionnant. La Maddalena de Victoria Karkacheva souffre un peu dans sa partie assez grave (n’est pas Elena Obraztsova qui veut). Le Comte Monterone d’Oleg Volkov fait son effet et sa malédiction froid dans le dos. Le Sparafucile de l’Ukrainien Alexander Tsymbalyuk, grand Boris partout sur la planète, a les graves et la noirceur du rôle et c’est bien l’essentiel. Les autres rôles moins exposés sont tenus avec vaillance et efficacité. Une mention spéciale pour le Page de la duchesse, rôle tenu par Céleste Pinel, une jeune Française passée par le Festival Castel Artès de Mirepoix dont s’occupe le baryon français Edwin Crossley‑Mercer.


Le chœur Orfeón Donostiarra, désormais partenaire régulier du Cercle de l’Harmonie, est fidèle à sa réputation d’excellence dans ses interventions disséminées et donc toujours exposées. Les vingt‑neuf hommes présents ce soir font preuve d’un engagement, d’une discipline collective incroyables et d’une puissance étonnante avec un tel effectif. La polyphonie est toujours audible et les timbres sont charnus sans jamais de dérapage individuel. Voir cet effectif les yeux constamment sur le chef qui dirige ces parties chorales dans des tempi très rapides est fascinant alors même que ce n’est pas son habituel répertoire. Cela témoigne d’un très haut niveau de préparation collective mais aussi individuelle. Dans le quatrième acte, les interventions bouche fermée souvent perdues sont ici parfaitement audibles. Seul regret, du fait de leur placement en arrière de l’orchestre mais à même hauteur, on perd parfois un peu certains passages.


Car oui, le problème de cette belle et passionnante soirée est bien celui de l’équilibre général. Placé au parterre au septième rang, force est de constater que l’orchestre sonne souvent trop fort. Mais en cela il répond à la direction énergique, parfois brutale même, de Jérémie Rhorer. Les nuances sont quasi inexistantes (tout est joué forte ou fortissimo) et surtout l’équilibre favorise les cordes au détriment des vents trop peu audibles alors que ces instruments présentés comme de fabrique contemporaine de l’œuvre de Verdi sonnent moins et différemment des instruments modernes. Par exemple, la magnifique et émouvante partie de cor anglais dans la seconde partie de l’air de Rigoletto « Cortigiani vil razza ») est complètement perdue. Les cuivres commencent mal mais trouvent progressivement leurs repères au cours de la représentation même s’ils ne sont pas favorisés par l’équilibre général. Quant au cymbalier il exagère sans doute un peu... Les cordes jouent bien entendu sans vibrato et sonnent donc un peu sec, voire rêche dans les passages plus exposés. Le solo de violoncelle entendu à plusieurs reprises ne convainc pas malgré un engagement visible.


Une soirée pleine de bruit et de fureur, ce qui se défend pour un opéra aussi tragique, et pleine de qualités, notamment vocales et chorales, mais sans doute trop monolithique. On ira néanmoins écouter en 2027 Le Trouvère, histoire de vérifier que c’est bien et définitivement cette lecture âpre et violente que souhaite transmettre Jérémie Rhorer. Force est de constater qu’il y réussit mais on avoue préférer à titre personnel un Verdi plus varié et plus fin.



Gilles Lesur

 

 

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