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Quatre solistes, une seule voix Vienna Musikverein 03/28/2026 - et 29 mars 2026 (Heidelberg) Richard Strauss : Quatuor avec piano, opus 13
Johannes Brahms : Quatuor avec piano n° 3, opus 60 Benjamin Grosvenor (piano), Hyeyoon Park (violon), Timothy Ridout (alto), Kian Soltani (violoncelle)
 H. Park, B. Grosvenor, T. Ridout, K. Soltani (© Daniel Dittus)
Deux œuvres en do mineur, de format comparable, avoisinant les quarante minutes : l’inspiration de Johannes Brahms, plus que son influence directe, sur un Richard Strauss âgé de 20 ans est nette, même si l’ambitieux Opus 13 est déjà parsemé d’éclairs fantasques qui annoncent ses futurs poèmes symphoniques. Il faut sûrement des musiciens de la trempe de Benjamin Grosvenor et de ses partenaires pour empoigner l’œuvre avec une telle insouciance juvénile, tout en restant lisibles dans une écriture foisonnante qui expose impitoyablement le moindre écart rythmique ou d’intonation.
La précision technique et la cohésion des interprètes sont de fait exemplaires. Le violon de Hyeyoon Park, d’une intensité doublée d’une précision chirurgicale, déploie une ductilité qui fond médiums et graves dans le timbre de l’alto. Timothy Ridout, alto charmeur, cimente la cohésion de l’ensemble, comme en témoignent ses échanges constants avec Kian Soltani, dont le violoncelle se distingue par une expressivité féline. Benjamin Grosvenor se révèle un partenaire d’une intelligence rare et d’une écoute constante : l’intégration du piano s’impose comme une évidence. Dans le Scherzo, son jeu allie discrétion et précision diabolique, véritable colonne vertébrale autour de laquelle s’enlacent des cordes en perpétuelle mutation. Il faut attendre le bis – le finale du Premier Quatuor avec piano de Brahms, Rondo alla zingarese – pour qu’il libère une virtuosité plus ostentatoire, pleinement justifiée par ce csárdás mené à un tempo fulgurant.
Dans Brahms, l’approche se fait plus robuste, presque symphonique, sans perdre en incisivité ni en clarté. La partition se décante, lisible sans mièvrerie, malgré une richesse expressive qui peut parfois dérouter. Il faut entendre la manière dont l’exposé du thème du finale, évoquant d’abord une sonate pour violon et piano, s’enrichit progressivement de l’apport des cordes pour compléter, avec un naturel miraculeux, la trame rythmique du piano.
Ce groupe de musiciens, tous trentenaires et en plein envol de carrière, atteint après huit années de collaborations régulières une perfection technique et une symbiose artistique qui le placent au niveau d’ensembles de chambre établis. Les équivalents de « supergroupes » d’un tel niveau sont rares, hormis la comparaison flatteuse avec le Trio Zimmermann. Il ne manque au fond plus qu’un nom – et un enregistrement – pour en fixer durablement la trace.
Dimitri Finker
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