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Manon haute en couleur Lyon Opéra 03/20/2026 - 24, 26, 28* mars, 1er, 3, 5, 7 avril 2026 Giacomo Puccini : Manon Lescaut Chiara Isotton (Manon Lescaut), Riccardo Massi (Il Cavaliere Renato Des Grieux), Jérôme Boutillier (Lescaut), Omar Montanari (Geronte di Ravoir), Robert Lewis (Edmondo), Jenny Anne Flory (Un musico), Hugo Santos (Un oste, Sergente degli arceri), Camille Leblond (Il maestro di ballo), François Pardailhé (Un lampionaio), Aurélien Curinier (Il Comandante di Marina), Marie‑Eve Gouin, Sabine Hwang, Sylvie Malardenti, Pascale Obrecht (Madrigalistes)
Chœurs de l’Opéra de Lyon, Benedict Kearns (chef des chœurs), Orchestre de l’Opéra de Lyon, Sesto Quatrini (direction musicale)
Emma Dante (mise en scène), Carmine Maringola (scénographie), Vanessa Sannino (costumes), Cristian Zucaro (lumières), Manuela Lo Sicco (chorégraphie)
 C. Isotton, R. Massi (© Jean‑Louis Fernandez)
En ouverture de son festival 2026 intitulé « Parier sur la beauté », c’est Manon Lescaut de Puccini qui a préludé à Billy Budd de Britten et à une adaptation de La Traviata de Verdi délocalisée au TNP de Villeurbanne.
On retrouve pour interpréter les deux rôles principaux de ce qui fut le premier drame lyrique à grand succès de Giacomo Puccini, créé à Turin en 1893, les deux principaux interprètes italiens ayant triomphé sur la même scène en 2024 dans La Fille du Far West, Chiara Isotton et Riccardo Massi. S’ils ont indéniablement les énormes moyens et l’italianité de leurs rôles, la Manon de Chiara Isotton manque un peu de fragilité et de raffinement, au moins dans la première partie de l’œuvre. Elle se rattrape très bien en intensité dramatique dans les scènes du boudoir et surtout au désert final. Riccardo Massi domine les redoutables aigus de Des Grieux mais manque parfois un peu de finesse dans les phrasés. Jérôme Boutillier est parfait en Lescaut, tant pour la beauté vocale que pour ses talents de comédien, qui contrastent un peu trop avec une certaine placidité des deux rôles principaux. Omar Montanari et Robert Lewis, respectivement Géronte et Edmond, sont de parfaits partenaires.
La mise en scène de la cinéaste italienne Emma Dante divisera forcément les spectateurs. Elle ne cherche pas à faire à dire à l’œuvre autre chose que le récit de la déchéance de cette femme, en restant dans une esthétique sinon d’époque, au moins crédible, ce qui décevra certainement les amateurs de mises en scène à message social ou politique. Sa direction d’acteur est un peu inégale, meilleure dans les scènes de foule que dans le détail individuel, et, on l’a dit, incapable de donner une véritable présence physique dramatique aux deux rôles principaux. Le décor monumental de Carmine Maringola a le mérite de permettre une grande lisibilité de l’action et de servir à presque tous les tableaux. L’esthétique des costumes de Vanessa Sannino est très colorée, un peu trop parfois, mais avec quelques trouvailles comme l’immense robe à paniers que revêt Manon et qui devient sa prison à la scène du Havre et l’imposant lit à baldaquin vermillon dans lequel elle retrouve Des Grieux dans le palais de Géronte.
L’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra de Lyon n’ont pas démérité malgré une direction un peu brutale de Sesto Quatrini, qui fait regretter que le directeur musical émérite Daniele Rustoni n’ait pas été impliqué dans ce projet.
Olivier Brunel
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