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Quand tout le monde respire ensemble

München
Isarphilharmonie
03/19/2026 -  et 20, 21 mars 2026
Henry Purcell : Remember not, Lord, our offences
Robert Schumann : Nachtlied, opus 108
Gustav Mahler : Symphonie n° 2 en ut mineur « Auferstehungssymphonie »

Louise Alder (soprano), Beth Taylor (mezzo-soprano)
Chor des Bayerischen Rundfunks, Peter Dijkstra (chef de chœur), Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks, Simon Rattle (direction)


S. Rattle (© Astrid Ackermann)


Rendons à César ce qui lui appartient : la force spirituelle, voire tellurique, d’un tel concert tient d’abord à la présence du formidable Chœur de la Radio bavaroise. A Munich, cet ensemble est si exceptionnel d’homogénéité, si riche en individualités qui parviennent à se fondre en un seul et véritable orgue humain, qu’on lui rendrait dès lors un mauvais service en le cantonnant à la seule conclusion d’une symphonie monumentale.


En concert, Simon Rattle, a toujours aimé faire précéder la Deuxième Symphonie de Mahler d’autre chose. Un préambule, et en principe mieux qu’un hors‑d’œuvre : lors de programmes passés, notamment A Survivor from Warsaw d’Arnold Schoenberg, ou encore trois chœurs de Hugo Wolf (Frühlingschor, Elfenlied, Der Feuerreiter), Tableau de Helmut Lachenmann, voire Donum Simoni MMXVIII de Harrison Birtwistle... Cette fois, Rattle a opté pour deux pages chorales, et à nouveau judicieusement choisies. D’abord l’anthem a cappella Remember not, Lord, our offences de Purcell, d’une remarquable subtilité harmonique, que le Chœur de la Radio bavaroise, bien qu’en très grand effectif, chante à mi‑voix, avec une absolue cohésion de sentiment et des timbres d’une saisissante pureté. Puis le Nachtlied de Schumann, avec orchestre, mais un orchestre chambriste, qui s’installe pupitre par pupitre dans de sublimes entrelacs avec les voix. Une page romantique et crépusculaire, propice au recueillement, dont la thématique de nuit et d’au‑delà prépare idéalement l’auditeur à ce qui suit.


L’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise (BRSO) constitue l’autre atout majeur d’un tel programme, et pour cause : il connaît vraiment La Deuxième Symphonie de Mahler de l’intérieur, pour l’avoir notamment jouée lors de mémorables concerts sous la direction de Mariss Jansons, en particulier en mai 2011 à Munich et en août 2013 aux BBC Proms de Londres, puis une dernière fois en 2020 sous la baguette de Zubin Mehta, en hommage solennel au chef letton disparu quelques semaines auparavant, souvenir profondément ancré dans la mémoire collective de l’orchestre. Car le BRSO est un instrument organique, au sens plein du terme, avec des premiers pupitres de toute beauté et des musiciens qui s’écoutent mutuellement comme s’ils faisaient de la musique de chambre, attention réciproque encore décuplée par l’acoustique extraordinairement fine de l’Isarphilharmonie. On suppose qu’ici les musiciens peuvent particulièrement bien s’entendre, car du moins, côté public, on entend absolument tout, du plus infime détail jusqu’à chaque composante des fortissimos percussifs les plus tonitruants, où l’on peut encore identifier exactement ce qui vient de droite, de gauche ou du milieu, et sur quel instrument on frappe. Et tous les alliages insolites entre pupitres dont cette musique de timbres regorge – quelques exemples parmi des dizaines d’autres : clarinette basse et cor anglais, cors et bois graves, flûtes et cordes divisées, contrebasses doublant la ligne des basses du chœur... – y atteignent une netteté proprement stupéfiante.


Et puis reste l’expérience du chef, évidemment fondamentale. Simon Rattle dirige cette symphonie depuis ses années d’étudiant et l’a portée sur tous les grands podiums du monde avec tous les orchestres dont il a eu la charge. Il la dirige aujourd’hui par cœur, et parvenu à un stade de maturité où il n’a plus rien à prouver dans cette partition, qu’il peut laisser simplement s’écouler à son rythme organique, sans surligner, en accordant aux musiciens de vraies libertés de phrasé. Et le résultat est tout simplement merveilleux. Une Todtenfeier âpre, très creusée sur les timbres, et ce dès la première attaque des neuf contrebasses, construite avec un art constant de l’anticipation qui laisse comprendre les développements dès leur naissance, engendrant une lisibilité remarquable, aisance d’autant moins facile à atteindre que cette symphonie est guettée à chaque instant par une certaine dispersion. Ecueil plus redoutable encore dans le finale, vagues successives de fanfares et de processions, et qui paraît pourtant parfaitement équilibré, construit et segmenté, avec des percussions et des cuivres hors scène soigneusement scénarisés. Auparavant un délicieux Andante, aux sonorités de danse ancienne, comme perçues à distance, presque fanées, juste après une courte pause où Rattle se contente de vider un verre d’eau avant de poursuivre. Scherzo exemplaire aussi par sa gestion des lignes et des césures, même si tout n’y est peut‑être pas parfaitement en place. Et puis un magique Urlicht, où se pose sereinement la voix de Beth Taylor, singulière, d’une chaleur maternelle sans emphase mais surtout d’un galbe qui tend la ligne sans jamais paraître l’interrompre. Et enfin cette sublime montée progressive vers la lumière où Louise Alder, Beth Taylor et le chœur finissent par nous emporter vers une forme incroyable de lévitation collective.


Sans doute une exécution dont on pourra se souvenir une vie durant. De quoi profondément marquer un auditoire que l’on ressent parfaitement concentré, collectivement à l’écoute, avec une ferveur quasi religieuse. En tous points une soirée unique !



Laurent Barthel

 

 

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