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Pour l’orchestre et les chanteurs Bruxelles La Monnaie 03/10/2026 - et 12, 14, 18, 20, 22*, 24, 26, 28 mars 2026 Wolfgang Amadeus Mozart : Idomeneo, re di Creta, K. 366 Joshua Stewart (Idomeneo), Gaëlle Arquez (Idamante), Shira Patchornik (Ilia), Kathryn Lewek (Elettra), Michael J. Scott (Gran Sacerdote di Nettuno), Frederic Jost (La Voce)
Chœurs de la Monnaie, Emmanuel Trenque (chef des chœurs), Orchestre symphonique de la Monnaie, Enrico Onofri (direction)
Calixto Bieito (mise en scène), Anna-Sofia Kirsch (décors), Paula Klein (costumes), Reinhard Traub (lumières), Adrià Reixach (vidéo)
 J. Stewart (© Simon Van Rompay)
La saison bruxelloise se poursuit avec Idomeneo (1781), en collaboration avec le Théâtre national de Prague, où cette production a été créée en septembre dernier. Quel contraste avec le foisonnant et dispendieux Benvenuto Cellini ! Point de bariolage et rien de baroque dans cette mise en scène de Calixto Bieito. L’action se déroule dans un décor plus simple, voire simplissime : des parois de plexiglas, essentiellement, modulables et déplaçables afin de suggérer l’enfermement et la séparation. Et de mer, il n’en est pas question au sens strict. Evoquée par une toile en plastique dans laquelle s’empêtrent des personnages, elle est symbolisée par les déchets qu’elle rejette, des bidons vides, par exemple. Notons aussi une statue de Neptune, un trident, un filet de pêche suspendu par les cintres, et surtout, immanquable, la présence de nombreux sacs en tissu à la fin. Electre semble d’ailleurs vouloir se suicider en enfilant son sac en cuir sur la tête. La vidéo, présente ponctuellement, tantôt pour représenter des choses réalistes, des enfants dans un pays pauvre, par exemple, tantôt pour illustrer de façon abstraite les tourments de personnages, s’intègre assez mal dans cette scénographie assez frustrante.
Il aurait fallu dépenser moins pour l’opéra de Berlioz et consacrer plus de moyens à ce spectacle, le faire tendre vers plus de finesse. La scénographie reste toutefois cohérente, unifiée par ce dispositif qui varie assez peu, hormis par le biais des lumières. Cette mise en scène ne laisse pas indifférent, et elle accorde de l’importance à la psychologie des personnages, et donc à la direction d’acteur, d’une grande force, mais elle peine à captiver. Un Bieito en mode mineur, en quelque sorte, et une déception pour sa première collaboration avec la Monnaie. Nous attendions de la part de ce metteur en scène un spectacle plus original et plus captivant.
La mise en scène ne constitue donc pas l’atout majeur de cette production, mais elle demeure excellemment servie par les chanteurs et par l’orchestre. Joshua Stewart incarne Idoménée pour la première fois, une prise de rôle réussie, surtout que sa biographie dans le programme n’indique aucune expérience dans les rôles mozartiens. Notre correspondant à Lausanne a toutefois apprécié son Belmonte en 2015. Ce ténor de toute évidente doué délivre une prestation, dans ce rôle exigeant, de haute tenue vocale – phrasé, intonation, justesse de l’expression. Il se montre ainsi convaincant dans l’expression des conflits intérieurs. Gaëlle Arquez impressionne tout autant en Idamante. Elle irradie le plateau dans ce rôle de travesti, grâce à sa superbe présence, mais aussi, et surtout, à sa voix, à la pulpe somptueuse. La mezzo‑soprano subjugue à chacune de ses interventions et s’impose sans écraser ses partenaires. Un chant de grande classe, ample, profond et infaillible.
Kathryn Lewek possède le format vocal et le tempérament scénique pour incarner Electre : un fort caractère doublé par une voix tranchante et par un chant incandescent, véritable torche vive. La voix de Shira Patchornik parait plus mince, voire fragile, plus d’une fois noyée dans les flocs tempétueux de l’orchestre. La soprano livre une jolie prestation en Ilia, toute de finesse, de fragilité, de nuance. Son incarnation se situe toutefois un cran en dessous de celle de ses partenaires, sans déparer cette distribution assez stimulante. Michael J. Scott livre enfin pour sa part une assez bonne prestation, chantant aussi les quelques répliques d’Arbace, un petit rôle supprimé dans cette production. Les chœurs se montrent persuasifs, acteurs du drame, en phase et somptueux.
Sous la direction alerte et précise d’Enrico Onofri, qui apparaît pour la première fois à l’affiche de la Monnaie, l’orchestre produit de belles sonorités, qui rappellent celles des formations sur instruments d’époque, alors qu’il joue en partie sur des instruments plus modernes, les musiciens utilisant des cuivres et des timbales anciens. Dans cette exécution vibrante, voire intense et effervescente, le chef se montre moins soucieux de raffinement que d’expression, la prestation de l’orchestre affichant une sacrée classe. Nous sommes séduits par cette approche, pour reprendre les termes du chef dans le programme, « historiquement informée », et il nous plairait de retrouver Enrico Onofri à la Monnaie dans un opéra de Gluck, Armide, par exemple, ou de Haendel. Un clavecin, enfin, accompagne avec soin les récitatifs, déclamés avec naturel et expressivité.
Sébastien Foucart
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