About us / Contact

The Classical Music Network

Zurich

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Jules César dans les courants de la farce

Zurich
Opernhaus
03/11/2026 -  et 13, 15, 17*, 21, 25, 28 mars 2026
Georg Friedrich Haendel : Giulio Cesare in Egitto, HWV 17
Carlo Vistoli (Giulio Cesare), Cecilia Bartoli (Cleopatra), Max Emanuel Cencic (Tolomeo), Anne Sofie von Otter (Cornelia), Kangmin Justin Kim (Sesto), Renato Dolcini (Achilla), Karima El Demerdasch (Nireno), Evan Gray (Curio)
SoprAlti und Zusatzchor der Oper Zürich, Alice Lapasin Zorzit (préparation), Orchestra La Scintilla, Gianluca Capuano (direction musicale)
Davide Livermore (mise en scène), Aida Bousselma (reprise de la mise en scène), Giò Forma (décors), Mariana Fracasso (costumes), Antonio Castro (lumières), D‑Wok (vidéo), Lea Vaterlaus (dramaturgie)


(© Monika Rittershaus)


Jules César en Egypte de Haendel, coproduction avec l’Opéra de Monte‑Carlo créée en 2024, devait être l’un des points forts, si ce n’est LE point fort de la saison 2025‑2026 de l’Opernhaus de Zurich. Peut‑être que les attentes étaient trop élevées, mais toujours est‑il que le spectacle déçoit quelque peu, en raison d’une mise en scène qui fait très vite virer l’ouvrage à la farce et d’une distribution vocale qui ne tient pas toutes ses promesses.


Composé en 1723 et créé une année plus tard au King’s Theatre de Londres, Giulio Cesare est le fleuron de la Royal Academy of Music. A cette époque, Haendel est au sommet de sa gloire londonienne et son ouvrage est considéré comme le chef‑d’œuvre absolu de l’opera seria par sa perfection formelle, la caractérisation psychologique profonde des personnages (notamment Cléopâtre) et l’incroyable richesse de son orchestration.


Le metteur en scène Davide Livermore a fait fi du contexte historique et politique et a décidé de situer l’intrigue sur un bateau descendant le Nil, sur lequel ont embarqué des touristes aux habits des années folles. On pense immédiatement à Mort sur le Nil, d’autant qu’un figurant a les traits d’Hercule Poirot, à la recherche du meurtrier de Pompée. Le décor est superbe, avec son lot de coursives et d’escaliers en métal. Mais il faut rapidement se raviser : ce sera plutôt La croisière s’amuse, tant la production frôle le burlesque, avec nombre de gags de mauvais goût. Cléopâtre et César sont vus comme deux êtres imbus d’eux‑mêmes, coquets et ambitieux, qui ne cherchent qu’à intriguer pour mieux séduire et asseoir leur pouvoir. La future reine d’Egypte officie d’ailleurs comme chanteuse sur le bateau, alors que l’empereur romain en est le commandant, sanglé dans un uniforme bleu. Ptolémée est un ivrogne impénitent, tenant souvent une bouteille à la main. Cornelia, toujours digne et altière, jamais prise en défaut, fait immanquablement penser à Maggie Smith, alors que Sextus, son fils, est dépeint comme un enfant gâté et capricieux. Il faut néanmoins reconnaître à Davide Livermore un talent certain pour faire de ce Giulio Cesare un spectacle haletant, avec une tension digne d’un thriller, un spectacle très cinématographique aussi, avec l’utilisation de technologies visuelles modernes (c’est un peu la marque de fabrique du metteur en scène), avec notamment la projection de splendides vidéos montrant pyramides, palais, statues et felouques sur le Nil, mais aussi des images beaucoup plus intenses et dramatiques de vagues énormes, de tempête, d’explosions et de bataille aérienne. On mentionnera aussi l’utilisation habile des lumières pour créer des atmosphères variées.


La distribution vocale déçoit, elle aussi, quelque peu, notamment chez les dames. Quelle tristesse tout d’abord d’entendre à quel point Anne Sofie von Otter, dans le rôle de Cornélie, n’a (presque) plus de voix, elle qui a été une immense interprète. Mais son art est toujours là, avec un phrasé superbe et une expressivité de tous les instants, la chanteuse apportant une noblesse et une profondeur émotionnelle saisissantes à la veuve de Pompée. Dans le rôle de Cléopâtre, Cecilia Bartoli n’est pas à son meilleur non plus, avec des difficultés dans les vocalises et dans l’extrême aigu. Mais ses lamenti sont une merveille, ornés de pianissimi impalpables, qui vont culminer avec un « Piangerò » d’anthologie, un moment d’une intensité déchirante mais aussi de grâce absolue. Les messieurs tirent mieux leur épingle du jeu, avec des prestations flamboyantes. En Jules César, le contre‑ténor italien Carlo Vistoli domine le rôle‑titre avec une virtuosité technique époustouflante et une forte présence scénique, sans compter une musicalité hors pair. On retiendra en particulier son « Va tacito e nascosto », où il rivalise sur scène avec un splendide cor solo. En très grande forme vocale, Max Emanuel Cencic campe un Ptolémée perfide et ambigu, avec une agilité et une énergie toujours remarquables. Dans le rôle de Sextus, le fils vengeur, Kangmin Justin Kim séduit par sa fougue vocale et son intensité dramatique. En Achille, le baryton italien Renato Dolcini impressionne par sa voix ronde et bien timbrée ainsi que par sa virtuosité. La prestation de la fosse n’appelle aucune réserve : Gianluca Capuano, à la tête de l’Orchestra La Scintilla, la formation baroque de l’Opernhaus de Zurich, insuffle une belle énergie à la partition, avec des tempi contrastés qui soulignent les tensions dramatiques sans jamais sacrifier la beauté des lignes mélodiques. Les musiciens font preuve d’une précision stylistique exemplaire, avec des pupitres de vents et des cordes d’une grande finesse, rendant justice à la complexité instrumentale de Haendel.



Claudio Poloni

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com