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Le cantabile de Marek Janowski Paris Philharmonie 03/16/2026 - Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie n° 39 en mi bémol majeur, K. 543
Anton Bruckner : Symphonie n° 4 en mi bémol majeur « Romantique », WAB 104 (version 1878‑1880) Orchestre de l’Opéra national de Paris, Marek Janowski (direction)
 M. Janowski (© Sébastien Gauthier)
Peu habitué à sortir de la fosse, a fortiori pour rejoindre la scène de la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris, l’Orchestre de l’Opéra national de Paris (vénérable institution dont la création remonte à 1670) nous livra ce soir un programme relativement classique avec deux piliers du répertoire, l’alliance lors d’un même concert entre Mozart et Bruckner étant par ailleurs assez habituelle. A sa tête, l’Allemand, mais bien connu des Français et plus encore des Parisiens pour avoir été le directeur musical du Philharmonique de Radio France pendant seize ans, Marek Janowski.
Qui pourrait croire que le chef vient de fêter, il y a quelques semaines, son quatre‑vingt‑septième anniversaire ? Arrivant sur scène sans difficulté, dirigeant debout sans jamais s’appuyer à la barre de son estrade, Marek Janowski impose avec évidence son expérience dans une Trente‑Neuvième symphonie (1788) de Mozart d’une très grande beauté. Si l’on pouvait s’attendre à une interprétation des plus traditionnelles, c’était sans compter sur l’intelligence d’un chef qui connaît les évolutions interprétatives, notamment « historiquement informées »», et qui sait en tirer le meilleur. Dès l’Allegro du premier mouvement, on se laisse ainsi emporté par un discours véloce et constamment chantant ; les cordes sont superlatives, sous la houlette du premier violon solo Frédéric Laroque, jouant avec une fluidité et un panache tout à fait remarquable dans les attaques. Soucieux de toujours faire avancer l’orchestre, Janowski veille constamment au meilleur équilibre possible entre cordes et vents (qu’il n’hésite pas à réfréner de temps à autre...), portant par ailleurs une attention de chaque instant au sens de l’articulation, qui fait de ce mouvement une réussite totale. Réussite qui se confirme dans un Andante con moto traversé de subtiles nuances (le caractère tragique de la mélodie après le solo de flûte, et avant que n’intervienne ensuite une générosité, légèrement teintée de tristesse, sous les archets toujours remarquables de l’orchestre) et dans un Menuet des plus facétieux. Quant à l’Allegro conclusif, Marek Janowski s’amuse, à l’évidence ! Cela peut sembler paradoxal lorsqu’on le voit se tourner vers les altos et les contrebasses, le visage fermé et sévère, illuminé en de très rares occasions d’un léger sourire faisant sans doute office de plus beau compliment pour les musiciens. Mais c’est bien une certaine espièglerie qui ressort de ce mouvement conclusif, pris à un tempo très vif, où l’orchestre a une fois encore l’occasion de manifester toute sa dextérité.
S’il est un répertoire dans lequel Marek Janowski s’impose, c’est bien le grand répertoire allemand, de Beethoven à Wagner, de Brahms à Bruckner. Bruckner, justement, dont Janowski a dirigé et enregistré toutes les symphonies dans une belle intégrale parue chez Pentatone. Pourtant, il y a quelques années, lorsque nous avions entendu Janowski diriger la Quatrième Symphonie de Bruckner à la tête pourtant du Philharmonique de Berlin, nous avions alors été très fortement déçu. Rien de cela ce soir puisqu’on aura au contraire assisté à une interprétation quasi idéale de la plus populaire (avec la Septième) symphonie de Bruckner. Dès l’attaque initiale de l’irréprochable Vladimir Dubois, cor solo, on est immédiatement plongé dans cette atmosphère à la fois grandiose et mystérieuse du premier mouvement, dans lequel Marek Janowski veille avec une totale réussite aux contrechants (le duo flûte‑cor quelques minutes avant la coda) et aux voix intermédiaires (quel pupitre d’altos, conduit par Marion Duchesne et Grégoire Vecchioni !). Après une coda grandiose, magnifique, prenante comme jamais, l’orchestre aborda le deuxième mouvement de façon parfaitement apaisée, où les solistes de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris s’illustrent tour à tour. Regrettons néanmoins que Janowski soit parfois un rien pressé, ne laissant pas suffisamment le silence jouer son rôle au sein de cet Andante quasi allegretto. Dans le Scherzo, le mouvement le plus connu avec ses sonneries de cors de chasse, Janowski déçoit un peu : les trompettes n’éclatent pas assez, les nuances sont un peu trop nivelées, le contraste entre le Scherzo et le Trio n’étant de fait pas assez accentué. Mais chef et orchestre retrouvent le sublime dans un mouvement conclusif irréprochable, porté par un souffle qui n’a d’égal que la majesté d’une des plus belles codas jamais composées par Bruckner : en fin de compte, une réussite évidente, guidée par un chef au sommet de son art.
Le site de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris
Sébastien Gauthier
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