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Nixon revient en Chine Paris Opéra Bastille 02/24/2026 - et 27* février, 5, 8, 11, 14, 17, 20 mars 2026 John Adams : Nixon in China Thomas Hampson (Richard Nixon), Renée Fleming (Pat Nixon), Xiaomeng Zhang (Zhou Enlai), Joshua Bloom (Henry Kissinger), John Matthew Myers (Mao Zedong), Caroline Wettergreen (Chiang Ch’ing), Aebh Kelly, Ning Liang, Emanuela Pascu (Secrétaires de Mao)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, Alessandro Di Stefano (chef des Chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Kent Nagano (direction musicale)
Valentina Carrasco (mise en scène), Carles Berga (décors), Silvia Aymonino (costumes), Peter van Praet (décors, lumières), Mark Grey (création sonore)
 (© Vincent Pontet/Opéra national de Paris)
On retrouve avec plaisir ce Nixon in China inauguré il y a trois ans – à condition, évidemment, d’apprécier la musique répétitive de John Adams, qui revisite ici des siècles de musique, du baroque au jazz, de Wagner à Stravinsky. La production de Valentina Carrasco séduit toujours autant, qui conjugue, comme l’œuvre, les séductions du grand opéra – la scène du banquet à l’acte I – et la réflexion politique – avec les sentences creuses du Grand Timonier. Voir à la fin le dragon chinois paisiblement couché sous l’aile de l’aigle américain – en réalité l’avion présidentiel – donne aujourd’hui plus que jamais à penser. Qu’a donné la « diplomatie du ping‑pong », mise au cœur du spectacle, référence à la rencontre à Tokyo entre les deux équipes un an avant la visite de Nixon ? Le match devient une métaphore des rapports entre les deux hommes et les deux pays, des tables de ping‑pong renversées ou suspendues constituant le décor de la troisième partie, quand chacun des deux couples évoque tendrement son passé.
La production, en tout cas, ne pèche pas par angélisme : les prisons sont là, où l’on brûle les livres et où l’on torture les dissidents, pendant que les propagandes tournent à plein régime. Des films d’archive rappellent les horreurs de la révolution prétendument culturelle et de la guerre du Vietnam. L’extrait du film de Murray Lerner où l’on voit un professeur du Conservatoire de Shanghai raconter son calvaire à Isaac Stern, aussi pertinent et poignant soit‑il, casse en revanche le rythme de la soirée. Mais la représentation à l’Opéra de Pékin du Détachement féminin rouge, double souvenir de la scène des comédiens de Hamlet et du ballet obligé du grand opéra, garde toute son ambiguïté, à la fois ironique et cruelle : le tyran Lao Szu ressemble à Henry Kissinger et l’on s’interroge sur la véritable identité de la jeune fille opprimée. Il y a ainsi un envers aux couleurs rutilantes du spectacle, dont la beauté plastique, trois ans après, éblouit toujours, alors que la direction d’acteurs, non sans ironie parfois, construit de vrais personnages.
Kent Nagano succède à Gustavo Dudamel, privilégiant une interprétation plutôt intimiste, d’une poésie subtile, aux couleurs raffinées, mais qui manque de tension et émousse la dimension percussive de la partition, que Valentina Carrasco veut justement restituer à travers le ping‑pong. Aussi rêveur soit‑il, le troisième acte a tendance à traîner en longueur. La distribution, elle, n’a pas changé, à l’exception de la Madame Mao de Caroline Wettergreen, assez pâlotte dans ses coloratures, pauvre de médium, dont le grand air de l’acte II, souvenir parodique de la Reine de la nuit où s’exhibe une délirante ivresse du pouvoir, manque singulièrement d’éclat et nous fait regretter Kathleen Kim. Si Thomas Hampson, flatté par la sonorisation, porte encore beau en Nixon mégalomane, Renée Fleming, toujours inimitable en first lady à la fraîcheur un peu nunuche, certes délicieuse dans son grand air du II, n’offre plus guère qu’un filet de voix à l’octave supérieure. John Matthew Myers incarne de nouveau un Mao à la voix de ténor bien conduite mais trop neutre, éclipsé par son premier ministre Chou En‑lai, le magnifique baryton Xiaomeng Zhang. Joshua Bloom n’a pas davantage de relief en Kissinger, les secrétaires perroquets de Mao – Aebh Kelly chantant la première à la place de Yajie Zhang – restent irrésistibles. Soumis à rude épreuve, le chœur renouvelle sa performance grâce à Alessandro Di Stefano.
Didier van Moere
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