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Une ambiance de festival Vienna Musikverein 02/16/2026 - Ludwig van Beethoven : Sonate pour violoncelle et piano n° 2, opus 5 n° 2 – Sonate pour violon et piano n° 9 « A Kreutzer », opus 47 [*]
Robert Schumann : Quintette avec piano, opus 44 Janine Jansen [*], Yamen Saadi (violon), Adrien La Marca (alto), Mischa Maisky (violoncelle), Martha Argerich (piano)
 J. Jansen, M. Argerich, M. Maisky (© Julia Wesely)
Plaidons l’indulgence pour la Deuxième Sonate pour violoncelle et piano de Beethoven qui ouvrait la soirée. La lecture est bouleversante : les silences vibrent, portés par la sueur, les coups d’accents et le vibrato intense de Mischa Maisky. Néanmoins, l’ensemble demeure trop décousu, souvent brouillon – malgré les efforts de la fée Argerich, virevoltant au‑dessus de son clavier – pour maintenir le fil et y entendre autre chose qu’un hommage au courage et à la résilience du violoncelliste, revenu à la scène il y a moins d’un an après un grave problème de santé.
Concentrons-nous plutôt sur la lecture d’anthologie de la Sonate « A Kreutzer ». Plutôt que d’en ciseler un bel objet élégamment abstrait, les deux artistes l’empoignent à bras‑le‑corps, délaissant tout filet de protection : âmes sensibles s’abstenir. Aux traits incendiaires projetés par Martha Argerich répond l’expressivité sensuelle et débridée de Janine Jansen. Que se rassurent ceux que l’expressionnisme extravagant d’un duo Kopatchinskaja/Say hérisse, ou que le démantèlement fascinant proposé par Anne‑Sophie Mutter et Lambert Orkis laisse perplexes : l’intensité expressive est certes portée à son paroxysme, mais ne risque jamais la rupture. Le deuxième mouvement, en particulier, étonne : il parvient, l’air de rien, à fissurer le cadre formel des variations, l’inventivité interne de chaque section effaçant le procédé technique. Difficile en somme, de résister à ce flux d’énergie qui fait se dresser la salle pour une première standing ovation.
Le Quintette avec piano de Schumann respire d’emblée le plaisir de la musique de chambre, décuplé ici par une ambiance de franche camaraderie. Le premier mouvement est parfois bousculé par les relances et les ralentis féroces des interprètes, paraissant presque improvisés ; le mouvement lent est irrigué par ses voix intérieures fantomatiques et des contrastes abrupts ; le Scherzo, étonnamment discipliné et articulé, propulse un Finale qui s’achève dans un élan tzigane irrésistible. La coda, reprise en bis, retient un public qui refuse de quitter les lieux. Quatre mouvements, quatre univers, avec au centre une Martha Argerich solide comme un roc, capable de transformer tout concert en festival miniature.
Dimitri Finker
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