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Christian Tetzlaff, Paganini des temps modernes

Paris
Maison de la radio et de la musique
02/08/2026 -  
Georges Aperghis : Etudes III et V – Concerto pour accordéon
Ondrej Adámek : Thin Ice (création)
Sofia Avramidou : Innsmouth (création)

Christian Tetzlaff (violon), Jean-Etienne Sotty (accordéon), Alma Bettencourt (orgue), Orchestre national de France, Cristian Măcelaru (direction)


C. Tetzlaff (© Giorgia Bertazzi)


Le Philharmonique de Radio France passe le relais au National de France pour ce concert de clôture du Festival Présences. Mais des solistes de l’Ensemble intercontemporain (le violoniste Diego Tosi, le contrebassiste Nicolas Crosse) sont venus gonfler les rangs.


Il faut dire que les Etudes pour orchestre de Georges Aperghis réclament un effectif à peu près équivalent à celui des Notations de Boulez. L’Etude III joue sur des effets d’apparition et de disparition du matériau, tandis que l’Etude V pousse jusque dans ses ultimes retranchements la non‑directionnalité de la forme... quitte à se laisser prendre à son propre piège. Le Concerto pour accordéon (2015) est en réalité un double concerto, l’orgue dialoguant avec ce qui appert comme son modèle réduit autant que son double – le compositeur établit un parallèle avec Don Giovanni/Leporello et Don Quichotte/Sancho Panza. Là où Errki‑Sven Tüür exaltait les poussées magmatiques de l’instrument (Prophecy, 2007), Aperghis assume pleinement l’ADN populaire du « piano à bretelles ». De son côté, l’orgue fait office de relais entre le soliste et un orchestre aux textures majoritairement transparentes, avec de larges aplats des cordes et autres pédales. Jean‑Etienne Sotty et Alma Bettencourt se calquent sur la baguette de Cristian Măcelaru afin de conjurer au mieux le léger décalage entre la projection de l’orgue, disposé derrière l’orchestre, et celle, plus immédiate, de l’accordéon, placé à la gauche du chef. Insuffisamment exploitée, la référence au concerto grosso laisse l’auditeur sur sa faim.


Sofia Avramidou (née en 1988) manifeste une étonnante maîtrise du grand orchestre dans Innsmouth : sons bruiteux, crissements de percussions et soudains changements d’atmosphères sont inspirés par le roman Cauchemar d’Innsmouth de H. P. Lovecraft. La voix parlée ou chantée dans les instruments à vent prolonge d’une manière différente l’idée du babil chère à Aperghis. On est captivé par ces textures mouvantes, ces bribes de mélodies modales (trompette bouchée) dont l’originalité naît sans doute moins de la rareté des sonorités que de leur agencement subtil. Les musiciens de l’Orchestre national de France leur rendent pleinement justice.


Mais l’événement de la soirée reste la création de Thin Ice (qu’on pourrait traduire par « Fine couche de glace »), le Deuxième Concerto pour violon d’Ondrej Adámek (né en 1979) dont les premières mesures vous agrippent au collet pour ne plus vous lâcher. Narratives, éminemment théâtrales, elles montrent le soliste en violoneux frénétique et un orchestre métamorphosé en grande balalaïka. On a le sentiment d’entrer dans l’œuvre directement par le final, ou d’entendre la friska débridée d’une rhapsodie hongroise dépareillée de son lassan. Si l’on eût aimé davantage de folie et d’entrain dans la direction bien précautionneuse de Cristian Măcelaru, le charismatique Christian Tetzlaff, lui, est à son affaire, dont l’archet capture dans les moindres détails cette prose musicale endiablée. Son personnage a des allures de Paganini des temps modernes lorsqu’il passe avec une aisance confondante d’un mode de jeu à l’autre. Virtuose du poncif, le Tchèque crée l’illusion de trompes tibétaines aux cuivres, distille des monceaux d’une mélodie populaire qui saute du violon à l’orchestre et vice versa. Pas de cadence, curieusement – mais la partie entière du soliste n’en est‑elle pas une ?


Where are You? hier, Thin Ice aujourd’hui : Ondrej Adámek s’impose décidément comme un créateur majeur de notre temps, d’une originalité folle ; et si son génie a partie liée avec la prestidigitation, voire la sorcellerie, c’est au sens où Debussy a pu dire (non sans perfidie) de Ravel qu’il était « un fakir charmeur, qui fait pousser des fleurs autour d’une chaise ». Vivement le prochain tour du fakir !


La billetterie promet de tourner à plein régime lors de la prochaine édition du festival qui mettra à l’honneur celui que de récentes études désignent comme « le compositeur de musique classique vivant le plus joué au monde » : Arvo Pärt (né en 1935).



Jérémie Bigorie

 

 

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