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« Pour échapper à l’abîme du quotidien et du banal »

Paris
Palais Garnier
02/03/2026 -  et 4, 5*, 7, 8,10,11, 13, 14, 16, 17, 19, 20, 22, 23, 25 février 2026
Le Parc
Angelin Preljocaj (chorégraphie), Noémie Perlov (reprise de la chorégraphie), Wolfgang Amadeus Mozart (musique)
Amandine Albisson/Léonore Baulac/Letizia Galloni/Dorothée Gilbert/Hannah O’Neill*, Marc Moreau/ ou Mathias Heymann /Guillaume Diop*/Germain Louvet/Florent Melac, Ballet de l’Opéra national de Paris
Elena Bonnay (piano), Orchestre de chambre de Paris, Zoe Zeniodi (direction musicale)
Goran Vejvoda (design sonore), Thierry Leproust (décors), Hervé Pierre (costumes), Jacques Chatelet (lumières)


H. O’Neill (© Maria-Helena Buckley/Opéra national de Paris)


Le Ballet de l’Opéra national de Paris (BOP) reprend au Palais Garnier la désormais légendaire chrographie Le Parc d’Angelin Preljocaj, créée en février 1994 pour la compagnie. On ressort toujours sur un petit nuage de ce voyage de quasiment deux heures au pays de la Carte du Tendre, des Liaisons dangereuses, de Marivaux, de Watteau, de Mozart et... de Preljocaj !


Avouons-le, on a tant vu cette merveilleuse chorégraphie depuis sa création que l’on est à court d’adjectifs admiratifs, de comparatifs, de superlatifs, et on ne peut que s’émerveiller du fait rare qu’à trente‑deux ans d’existence, elle n’ait pas pris une ride, ait toujours gardé le même intense pouvoir d’émotion (la musique de Mozart y est pour beaucoup), qui tend autant par la forme que par son essence amoureuse à la perfection absolue.


Quand Angelin Preljocaj a créé cette pièce, il posait la question « Qu’en est‑il aujourd’hui de l’amour, pris dans la confusion de la crise, en proie au doute, confronté au sida ? » (voir infra * la citation complète). Trente et quelques années plus tard, la question reste entièrement posée dans un monde encore plus en crise. Quand elle fut créée en 1994 au Palais Garnier, les premiers à l’avoir dansée étaient des danseurs étoiles nommés par Rudolf Noureev, Elisabeth Morin et Manuel Legris, et d’autres aussi de cette génération, comme Laurent Hilaire et Isabelle Guérin. Les différentes reprises ont permis aux étoiles des générations suivantes de s’y révéler. La pièce a même été reprise par des compagnies étrangères, de Munich à Berlin, Rome, Saint‑Pétersbourg et Vilnius. Le fameux baiser du pas de deux final, « L’Abandon », a même été filmé pour la publicité télévisée « L’Envol » d’Air France. C’est avec cette étreinte finale sur le sublime Adagio du Vingt‑troisième Concerto pour piano de Mozart que les deux soupirants de l’histoire concluent dans une grâce absolue une journée et une nuit d’approches sur un vertigineux porté en toupie suivi d’une torride étreinte au sol.


Le couple que nous avons vu n’aurait, selon les distributions établies par le BOP, pas dû danser ensemble ces trois pas de deux aujourd’hui devenus légendaires. En raison, d’une blessure de Germain Louvet, c’est Guillaume Diop qui a fait équipe avec Hannah O’Neill ce soir‑là, et on a rarement vu un tel accord entre ces deux étoiles et la tension du désir monter aussi bien entre eux que durant ces deux heures paradisiaques.


Dirigé par la Grecque Zoe Zeniodi, l’Orchestre de chambre de Paris n’a pas démérité dans cette mosaïque de pièces de Mozart dont la pianiste Elena Bonnay s’appropriait le meilleur avec les trois mouvements lents des Quatorzième, Quinzième et Vingt‑troisième Concertos qui servent de trame aux trois pas de deux.


On serait tenté de conseiller à qui n’a jamais vu un ballet de s’y précipiter autant qu’aux amateurs chevronnés. La mauvaise nouvelle est que comme souvent au BOP, les représentations sont données à guichets fermés. La bonne nouvelle est que le Ballet Preljocaj, basé à Aix‑en‑Provence, s’appropriera la pièce dès l’été 2027, lui offrant grâce aux tournées un auditoire toujours plus large.


* « Qu’en est‑il aujourd’hui de l’amour, pris dans la confusion de la crise, en proie au doute, confronté au sida ? Comment se manifeste le cheminement des sentiments, l’itinéraire des passions ?... Si la capacité de résistance tend à exacerber le désir, il semble aussi que cette volonté d’enrayer les progrès de la passion, tout en lui donnant une courbure particulière finisse par exalter d’avantage l’amour. De La Princesse de Clèves aux Liaisons dangereuses, en passant par la « carte du Tendre » de Mademoiselle de Scudéry, toute cette littérature déjà nous a précédés dans la ritualisation sophistiquée des affres de l’amour, comme pour échapper à l’abîme du quotidien et du banal. »
Angelin Preljocaj (1994)



Olivier Brunel

 

 

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