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Quand les Diotima « disent » la musique

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
02/05/2026 -  
Ludwig van Beethoven : Quatuor à cordes n° 1, opus 18 n° 1
Georges Aperghis : Quatuor à cordes n° 2 (création)
Franz Schubert : Quintette à cordes en ut majeur, D. 956

Victor Julien-Laferrière (violoncelle), Quatuor Diotima : Yunpeng Zhao, Léo Marillier (violon), Franck Chevalier (alto), Alexis Descharmes (violoncelle)


F. Chevalier, L. Marillier, Y. Zhao, A. Descharmes (© Michel Nguyen)


L’Opus 18 n° 1 (mais deuxième dans l’ordre de composition) passe pour le plus brillant, le plus vaste, voire le plus ambitieux du cycle (aux côtés du n° 6). Le Quatuor Diotima en propose une lecture sans effets de manche, qui respire large : l’entame caractéristique de Beethoven, avec cet unisson bientôt repris en imitations, préfigure l’amplitude des Razoumovski (et du Quintette D. 956 à venir) plus qu’il ne lorgne vers la concentration d’un Haydn. Dans l’Adagio affetuoso ed appassionato, l’archet vibrant du premier violon Yun‑Peng Zhao n’hésite pas à jeter la sonde en profondeur, creusant les silences et amplifiant les contrastes dynamiques. Cauchemar pour la main gauche, le motif sinueux du Finale prendra une dimension euphorisante dans les dernières mesures. On notera le violoncelle d’une belle légèreté d’Alexis Descharmes : l’alacrité et la plasticité du mouvement lui doivent beaucoup.


Proposé en création mondiale, le Deuxième Quatuor de Georges Aperghis décline aux seules cordes ce babil instrumental entendu au piano et à l’orchestre lors du concert d’ouverture. Il y ajoute un texte de son cru prononcé par les quartettistes – d’abord en alternance puis en combination – moins exploité pour sa sémantique que pour ses vertus timbriques... et les modes de jeux qu’il induit (« voix », « sonore », « rythme », « archet », « silence », « souffle », etc.). Les Diotima triomphent des os rythmiques de la partition, investissent sa part théâtrale et mimétique (sons flûtés, glissements) qui voit la parole se muer en musique (et vice versa) avec une densité de plus en plus accentuée à mesure que la pièce arrive à son terme.


C’est peu dire que dans l’ineffable Quintette de Schubert la greffe avec Victor Julien-Laferrière a pris d’une belle manière ! Dès le crescendo liminaire, promesse d’une grande traversée, frappe l’étendue de l’échelle dynamique, du pianissimo le plus impalpable au forte le plus irradiant. Nulle pureté maniaque du son, cependant : les musiciens n’hésitent pas à troubler le discours de raucités soudaines (talon de l’archet) qui contribuent à varier l’éclairage. L’entente est parfaite entre nos deux clés de fa dont la seconde double, soutien, ou accompagne la première. La conversation sans attache terrestre de l’Adagio, susurré à fleur d’archet en diverses combinaisons, éclate en fragmentations rythmiques lors du passage central très dramatique où se distingue l’éloquence de Victor Julien-Laferrière. Avant un Finale à la tzigane dont l’optimisme conquérant ne saurait faire oublier les accès d’inquiétude, la partie médiane du Scherzo, au bord du gouffre, aura donné à entendre ce « récitatif » très humain, véritable prises de parole des différents protagonistes. Ce passage décale le poids émotionnel de l’œuvre au troisième mouvement en même temps qu’il renforce la cohérence du programme, tissant un lien avec le quatuor diseur de Georges Aperghis. Un concert bouleversant.



Jérémie Bigorie

 

 

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