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La singularité assumée de Piotr Anderszewski

Paris
Philharmonie
02/02/2026 -  
Johannes Brahms : Klavierstücke, op 119 : 1. Intermezzo, 3. Intermezzo & 4. Rhapsodie – Klavierstücke, opus 118 : 1. Intermezzo & 2. Intermezzo – Fantaisies, opus 116 : 2. Intermezzo, 3. Capriccio, 4. Intermezzo, 5. Intermezzo & 6. Intermezzo – Intermezzi, opus 117 : 2. Andante non troppo e con molta espressione & 3. Andante con moto
Ludwig van Beethoven : Sonate pour piano n° 32, opus 111

Piotr Anderszewski (piano)


P. Anderszewski (© Simon Fowler)


On le sait : Piotr Andereszwski est un pianiste singulier, ennemi des effets de manche, aux programmes exigeants. Son récital à la Philharmonie vient de le prouver une nouvelle fois. Il reprend d’abord l’anthologie brahmsienne de son dernier CD, sorte de journal intime composé à partir des quatre cycles testamentaires du compositeur, les nostalgiques Opus 116 à 119. Tout commence par l’Adagio désolé de l’Intermezzo inaugural de l’Opus 119 et s’achève sur le sombre Andante, largo e mesto, entrecoupé d’accents héroïques, de celui qui clôt l’Opus 118. Un « montage » que Brahms lui‑même n’aurait peut‑être pas renié, avec ces clairs‑obscurs crépusculaires et ces échappées euphoriques vers la lumière, comme dans l’Allegro risoluto de l’Intermezzo en mi bémol majeur de l’Opus 119.


L’interprétation, en revanche, déroute. Si l’éventail des nuances se déploie généreusement, jusqu’au murmure, tout semble décoloré, délavé presque, plongé dans une sorte de grisaille hivernale là où l’on attendrait les teintes mordorées de l’automne. Le pianiste polonais, dont les doigts ne sont pas toujours infaillibles, ose une approche presque maniaquement introvertie, comme par peur de se livrer, poussant parfois le dépouillement jusqu’à l’ascétisme – l’Andante de l’énigmatique Intermezzo en mi mineur de l’Opus 116 n’est guère « con grazia ed intimissimo sentimento ». La rythmique si particulière de Brahms paraît aussi un peu lissée, les lignes, souvent sinueuses il est vrai, un peu estompées. Là encore, sans doute à dessein : Piotr Anderszewski sait toujours où il va et par quel chemin, il assume des partis pris parfaitement pensés. Libre à nous d’y adhérer... ou pas.


L’ultime Sonate de Beethoven, certes d’un autre caractère, le présente sous un jour différent, respirant beaucoup plus spontanément même s’il ne lâche jamais la bride. Tout est ici, dès le Maestoso – Allegro con brio ed appassionato initial, rigoureusement structuré, la musique avance, notamment dans des variations où, à partir d’une Arietta qui ne touche pas terre, se construit une dramaturgie. Le pianiste offre maintenant une interprétation plus consensuelle, unitaire, avec une troisième variation au swing parfaitement dosé, de très beaux tintinnabulements pianissimo dans l’aigu – beaucoup mieux timbré que chez Brahms – lorsque vient la quatrième. Les doigts ont retrouvé leur assurance, la sonorité se colore davantage.


Les trois bis révèlent un pianiste de plus en plus libéré : première des Bagatelles opus 126 de Beethoven, Sarabande de la Première Partita de Bach, deuxième des Mazurkas opus 59 de Chopin. S’il l’avait alors rejoué, son Brahms eût‑il été le même ?



Didier van Moere

 

 

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