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Vérisme à la française Lyon Opéra 01/29/2026 - et 31 janvier, 2, 4, 6, 8 février 2026 Gustave Charpentier : Louise Elsa Dreisig (Louise), Sophie Koch (La mère, La première d’atelier), Marianne Croux (Irma), Eva Langeland Gjerde (Camille), Adam Smith (Julien, Un noctambule), Nicolas Courjal (Le père, Un chiffonnier), Filipp Varik (Le Pape des fous, Un marchand d’habits), Patrizia Ciofi (La balayeuse), Carol Garcia (Gertrude), Frédéric Caton (Le bricoleur), Julie Pasturaud (Marguerite, La laitière), Marion Vergez‑Pascal (Elise, La petite chiffonnière), Jenny Anne Flory (Suzanne, La glaneuse de charbon), Céleste Pinel (L’apprentie, Gavroche), Giulia Scopelliti (Blanche, La plieuse de journaux), Marie‑Thérèse Keller (Madeleine), Alexandre de Jong, Hugo Santos (Gardiens de la paix)
Chœurs de l’Opéra de Lyon, Benedict Kearns (chef des chœurs), Maîtrise de l’Opéra de Lyon, Clément Brun (chef de chœur), Orchestre de l’Opéra de Lyon,, Giulio Cilona (direction musicale)
Christof Loy (mise en scène), Etienne Pluss (scénographie), Robby Duiveman (costumes), Valerio Tiberi (lumières), Louis Geisler (dramaturgie)
 (© Monika Rittershaus)
Louise (1900) de Gustave Charpentier (1860‑1956) fait aujourd’hui figure de rareté, alors que l’ouvrage fut l’un des plus grands succès de la première partie du XXe siècle, installant durablement la réputation du compositeur français en tant que chef de file du réalisme social, équivalent du vérisme italien. Pour autant, la muse de l’ancien élève de Massenet resta sans véritable lendemain, comme paralysée par la difficulté à composer d’autres ouvrages à la hauteur de son chef‑d’œuvre. La suite de Louise, Julien ou La vie du poète (1913), fut ainsi un échec douloureux (encore aujourd’hui inédit au disque : une idée pour les équipes du Palazzetto Bru Zane, coproducteur de ce spectacle ?), expliquant les atermoiements ultérieurs du compositeur. Il reste aujourd’hui à se délecter des premiers travaux élaborés à l’occasion du séjour à la villa Médicis à Rome, réunis dans le très beau disque d’Hervé Niquet paru en 2011, en guise d’apéritif aux représentations lyonnaises.
Déjà présentée au Festival d’Aix-en-Provence l’an passé, la production de Christof Loy a pour idée de dépoussiérer le livret, en imaginant une héroïne sexuellement abusée par son père, sous le regard passif et lâche de sa mère. L’insistance sur ce traumatisme indélébile permet de muscler l’action statique des deux actes extérieurs, dévolus à l’enfermement dans la cellule familiale, là où les actes centraux mettent en avant le vent de liberté parisien, socialement rafraîchissant. On passe ainsi du message daté de la nécessité d’une autorisation parentale pour se marier à celui beaucoup plus actuel des méfaits de l’inceste. De quoi donner une saveur trouble et dérangeante à ces scènes intimistes, à l’instar des rapprochements physiques ambigus, avant l’ultime et saisissant « prends‑moi ! » : alors que ce cri désespéré est censé s’adresser à son promis Julien, la mise en scène préfère montrer Louise à califourchon sur son père, incapable d’échapper à son emprise. Christof Loy place l’ensemble de l’action dans un décor unique, revisité en une salle d’attente d’asile psychiatrique, avant de voir les couturières et les titis parisiens envahir l’espace en un joyeux désordre, aux allures de cauchemar. On perd en esprit délicieusement populaire (Loy prenant le parti pris de faire chanter en coulisse certains rôles, comme des hallucinations entendues par Louise) ce que l’on gagne en profondeur psychologique : l’insistance sur les moqueries des protagonistes prend le contrepied du livret, volontiers naïf dans sa glorification d’un Paris comme havre d’un épanouissement sans entrave sociale.
Pour incarner le rôle marquant de Louise, Elsa Dreisig séduit par ses phrasés d’une souplesse infinie, toujours au service du sens. La franco‑danoise se montre toutefois à la limite de ses moyens dans les envolées plus lyriques au III, surtout dans l’aigu. C’est également en ce domaine qu’Adam Smith fait entendre une émission parfois trop étroite, surtout en voix de tête. Sa technique est plus impressionnante en pleine puissance, faisant entendre un timbre superbe. En dehors de quelques changements de registre audibles, Sophie Koch donne beaucoup de vérité à son rôle rigide, tandis que Nicolas Courjal bouleverse par la subtilité de son incarnation, entre noirceur, perversité et fragilité, et ce malgré un vibrato prononcé. L’Opéra de Lyon réussit la performance de distribuer avec un luxe inouï toute la galerie de seconds rôles, décisive dans cet ouvrage : on ne tarit ainsi plus d’éloges sur les superlatives Marianne Croux et Patrizia Ciofi, mais c’est peut‑être plus encore Filipp Varik qui enchante par sa capacité à faire vivre son personnage d’une fantaisie lumineuse et vocalement idoine – à l’instar des Chœurs de l’Opéra de Lyon, une fois encore idéalement préparés par Benedict Kearns.
On reste sur sa faim, en revanche, concernant la prestation de Giulio Cilona (né en 1995), qui joue la carte du détail chambriste et de la respiration privée de pathos, en lissant les angles et l’extraversion populaire. On aurait aimé une direction autrement plus colorée et vivante pour faire contraster davantage les élans du plateau vocal : peut‑être le jeune Italien est‑il tombé dans le piège de l’acoustique des lieux, qui n’avait pas de secrets pour son aîné et compatriote Daniele Rustioni, désormais premier chef invité du Metropolitan de New York.
Florent Coudeyrat
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