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L’Italienne à Alger électrise le BFM

Geneva
Bâtiment des Forces Motrices
01/23/2026 -  et 25, 28, 30* janvier, 1e, 3, 5 février 2026
Gioachino Rossini : L’Italiana in Algeri
Gaëlle Arquez (Isabella), Nahuel Di Pierro (Mustafà), Maxim Mironov (Lindoro), Riccardo Novaro (Taddeo), Charlotte Bozzi (Elvira), Mi Young Kim (Zulma), Mark Kurmanbayev (Haly)
Chœur du Grand Théâtre de Genève, Mark Biggins (préparation), Orchestre de la Suisse Romande, Michele Spotti (direction musicale)
Julien Chavaz (mise en scène), Amber Vandenhoeck (décors), Hannah Oellinger (costumes), Eloi Gianini (lumières), Clara Pons (dramaturgie)


(© Carole Parodi)


Le Grand Théâtre de Genève a fermé ses portes à la fin de l’année dernière pour des travaux de rénovation. Pendant dix‑huit mois, les spectacles seront donnés au Bâtiment des Forces Motrices (BFM), une ancienne usine hydraulique construite entre 1883 et 1892 au milieu du Rhône pour régulariser le débit du fleuve et alimenter la population en eau et en électricité. Après l’arrêt de ses activités industrielles en 1984, le bâtiment a été classé monument historique et transformé en salle de spectacle en 1997, année où il a accueilli pour la première fois des productions du Grand Théâtre, en raison déjà de travaux de rénovation. La salle peut accueillir quelque 800 spectateurs, soit une jauge correspondant à près de la moitié de celle du Grand Théâtre. Comme pour mieux faire passer la pilule du déménagement aux spectateurs, c’est une production déjantée de L’Italienne à Alger de Rossini qui a ouvert cette saison et demie hors les murs. Composé en seulement vingt‑sept jours par un Rossini de 21 ans, l’opéra marque un tournant majeur dans la carrière du musicien. Créé à Venise en 1813, il s’agit de son onzième ouvrage et de son premier grand succès dans le genre de l’opéra‑bouffe. Stendhal y voyait la « perfection du genre » et une « folie organisée », où la ruse d’Isabella triomphe du pouvoir masculin de Mustafà.


Le metteur en scène Julien Chavaz a fait le pari audacieux de gommer tout orientalisme ainsi que les clichés exotiques habituels associés à L’Italienne. Il a déplacé l’intrigue dans un hôtel imaginaire, aseptisé, aux tons pastel et à l’esthétique kitsch, qui n’est pas sans rappeler l’univers de Wes Anderson et de son Grand Budapest Hotel (2014). Le public est plongé dans un monde absurde, où les quiproquos s’enchaînent avec une précision horlogère. Ce parti pris transforme l’œuvre en une satire moderne, mettant en lumière une Isabella indépendante et maîtresse de son destin. Le choc des cultures est remplacé par un comique de situation social, où Mustafà est ici un directeur d’hôtel arrogant et tyrannique. La cérémonie des « Pappataci » est traitée comme une régression enfantine jubilatoire, tandis que le final de l’acte I est réglé comme du papier à musique, avec une précision chorégraphique qui souligne la mécanique absurde de Rossini. Cette production genevoise restera comme un moment de théâtre époustouflant, prouvant que le génie de Rossini n’a rien perdu de sa force subversive deux siècles plus tard.


A la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, Michele Spotti est le véritable moteur du spectacle, offrant une lecture précise et nerveuse de la partition de Rossini, une lecture privilégiant la clarté rythmique et les nuances raffinées aux éclats purement tonitruants, une lecture attentive aussi aux chanteurs. Si l’Ouverture a pu sembler un peu prudente, le chef a ensuite déployé des crescendi millimétrés, particulièrement impressionnants. Les musiciens ont brillé par leur précision rythmique, avec des vents et des percussions incisifs qui ont compensé l’absence de couleurs orientales dans la mise en scène par un éclat orchestral typiquement rossinien.


Dans le rôle d’Isabella, la mezzo-soprano française Gaëlle Arquez a dominé la distribution vocale par son timbre charnu et sa maîtrise des vocalises, notamment dans le redoutable « Cruda sorte ». Alliant une voix de velours à une magnifique présence scénique, elle a été la véritable maîtresse du jeu. Nahuel Di Pierro a compensé des graves peu incisifs et des vocalises un brin scolaires par un superbe engagement dans son personnage, campant un Mustafà désopilant, moderne et despotique, mais sans jamais tomber dans la caricature. Spécialiste du rôle de Lindoro, Maxim Mironov a incarné un amoureux d’une rare élégance, quand bien même les aigus ont semblé ce soir un peu ternes et forcés. Dans le rôle de Taddeo, Riccardo Novaro a impressionné par sa maîtrise de l’art du parlando rossinien. On mentionnera également, dans le rôle d’Haly, un Mark Kurmanbayev confondant d’aisance scénique et de graves profondissimes. Une mention spéciale est aussi à décerner au Chœur du Grand Théâtre de Genève.



Claudio Poloni

 

 

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