About us / Contact

The Classical Music Network

Paris

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Le Bach intemporel de Philippe Herreweghe

Paris
Philharmonie
01/19/2026 -  et 16, 18 (Brugge), 20 (Luxembourg), 22 (Andorra la Vella) janvier 2026
Johann Sebastian Bach : Cantates « Argre dich, o Seele, nicht », BWV 186, et « Wär Gott nicht mit uns diese Zeit, BWV 14 – Missa brevis, BWV 233
Marie Luise Werneburg (soprano), Alex Potter (contre‑ténor), Guy Cutting (ténor), Florian Störtz (basse)
Collegium Vocale Gent, Philippe Herreweghe (direction)


(© Sébastien Gauthier)


Nous avions quitté Philippe Herreweghe, voilà quelques semaines, comme chef hautement inspiré à la tête de l’Orchestre des Champs‑Elysées dans le répertoire préromantique et romantique (Beethoven et Cherubini). Le voici revenu ce soir avec son autre ensemble de cœur, l’orchestre et le chœur du Collegium Vocale de Gand, pour son compositeur de prédilection, Johann Sebastian Bach. Inutile de revenir sur les multiples réussites de Philippe Herreweghe chez Bach depuis qu’il a participé comme « petite main », dans les années 1970‑1980, à la fameuse intégrale Harnoncourt-Leonhardt éditée chez Teldec ; toujours est‑il qu’on en aura eu une nouvelle preuve ce soir avec un concert d’une exceptionnelle qualité.


Sur le papier, seulement douze chanteurs dans le chœur (incluant les quatre solistes) et dix‑neuf musiciens mais quel résultat ! Arrivant tranquillement sur scène, Philippe Herreweghe entre immédiatement dans le vif du sujet en lançant ses musiciens dans l’introduction orchestrale du magnifique chœur « Argre dich, o Seele, nicht » de la Cantate BWV 186, les chanteurs étant parfaitement accompagnés par les anches doubles (deux hautbois, un hautbois da caccia et un basson). Ce qui frappe d’emblée, et ce dont l’ensemble de l’œuvre ne se départira jamais, c’est ce sens du naturel que Philippe Herreweghe impose à tous ses partenaires ainsi qu’à l’auditeur. Pas la peine de se poser la question du juste tempo ou du bon équilibre entre voix et instruments tant tout cela coule de source. Les solistes sont excellents, qu’il s’agisse de la jeune basse Florian Störtz qui impose une voix chaude et volontaire dans l’air « Bist du, der mir helfen soll » ou du superbe duo entre Marie Luise Werneburg et Alex Potter, « Lass, Seele, kein Leiden », chanté sur un rythme de gigue bien marqué mais sans lourdeur aucune. La basse continue (où l’on rencontre notamment l’immuable Ageet Zweistra au violoncelle et Maude Gratton à l’orgue, soit chacune le symbole de deux générations de ce que l’on pourrait appeler l’« équipe Herreweghe ») soutient les récitatifs avec ardeur, les violons emmenés par la non moins fidèle Christine Busch répondant aux moindres inflexions du chef, y compris lorsque sa gestique s’avère totalement incompréhensible au regard de ce que l’on peut entendre.


Dans la Cantate « Wär Gott nicht mit uns diese Zeit », l’instrumentarium se modifie quelque peu avec la disparition du hautbois da caccia au profit d’un trompettiste qui joue également, dans le chœur introductif, d’un instrument des plus étranges, un corno da tirarsi (appelé parfois tromba da tirarsi), à savoir un petit cor muni d’une coulisse comme pour un trombone, instrument auquel Bach recourt dans seulement quatre de ses cantates (numérotées BWV 14, 46, 67 et 162) et que l’on peut voir dans le célèbre portrait du facteur d’instruments Gottfried Reiche peint par Elias Gottlob Haussmann. Alain de Rudder en joue très adroitement dans le chœur éponyme de la cantate avant de le troquer pour une trompette droite pour nous offrir un duo des plus virtuoses avec la soprano (« Unsere Stärke heisst zu schwach »), superbe moment. Notons en passant que certains chefs recourent parfois à un cor en lieu et place de la trompette, les débats semblant être sans fin sur ce point. La rage du ténor dans son récitatif puis l’air de basse précèdent de nouveau un superbe chœur qui frappe de nouveau par son équilibre général et sa ferveur.


La seconde partie du concert était tout entière dédiée à la Missa brevis BWV 233, une des quatre messes brèves numérotées BWV 233 à 236. Philippe Herreweghe connaît parfaitement cette pièce pour avoir enregistré les quatre messes dans une magnifique version datant de 1990, avec un quatuor de solistes de haute volée (Agnès Mellon, Gérard Lesne, Christoph Prégardien et Peter Kooy) ; ce soir de nouveau, sa connaissance intime de la musique de Bach fit merveille. Le chœur du Collegium Vocale entre en scène avec une douceur qui n’a d’égale que sa détermination dans la manière de chanter et d’avancer, la musique ne restant jamais statique et se parant pour l’occasion de ses plus belles couleurs. Le Gloria s’avère des plus brillants, grâce notamment à la virtuosité des deux cors : on est admiratif face au jeu des excellents Bart Cypers et Jeroen Billiet. Si l’on aurait pu souhaiter hautbois plus enjôleur dans la douce mélopée ouvrant la voie au Qui tollis chanté par Marie Luise Werneburg (même si Jasu Moisio fut très bon ce soir, qu’il nous soit permis de rappeler que n’est pas Marcel Ponseele qui veut...), difficile de ne pas être séduit par une telle musique. Après un Quoniam très bien chanté par Alex Potter et tout aussi divinement accompagné par le violon solo de Christine Busch, Philippe Herreweghe nous offrit une conclusion des plus triomphales avec ce chœur, Cum Sancto Spirito, qui requiert l’ensemble des chanteurs et des musiciens dans une joie communicative.


Prenant soin, avec sa modestie habituelle, de saluer chaque soliste, Philippe Herreweghe remporte une fois encore ses lauriers d’interprète de tout premier plan de la musique de Bach : autant dire qu’on attend avec impatience sa prochaine venue, si possible dans le même répertoire.


Le site de Marie Luise Werneburg
Le site d’Alex Potter
Le site de Guy Cutting
Le site de Florian Störtz
Le site du Collegium Vocale de Gand



Sébastien Gauthier

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com