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Montagnes russes

Paris
Philharmonie
01/20/2026 -  
Dimitri Chostakovitch : Symphonies n° 6 en si mineur, opus 54, et n° 8 en ut mineur, opus 65
Oslo-filharmonien, Klaus Mäkelä (direction)


K. Mäkelä (© Marco Borggreve/Philharmonique d’Oslo)


Chaque spectateur garde inévitablement en mémoire un souvenir de concert où il s’est senti en décalage avec le reste du public, dithyrambique autour de lui au moment des saluts, alors qu’il n’en est rien de son côté. C’est un peu le résumé de la soirée qui a célébré, mardi soir à la Philharmonie, l’un des chefs les plus en vue du moment, le Finlandais Klaus Mäkelä. Incontournable en Europe, le jeune prodige (qui vient tout juste de fêter ses 30 ans) est à la tête de l’Orchestre de Paris jusqu’en 2027, date à laquelle il prendra les rênes de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, soit à peu près au même âge que son illustre aîné Bernard Haitink (directeur musical de 1961 à 1988), et de l’Orchestre symphonique de Chicago. Parallèlement à ces activités, Mäkelä occupe depuis 2020 le même poste à Oslo, qu’il va aussi quitter en mai prochain, après avoir achevé une vaste tournée avec sa formation, en Allemagne, Autriche, France, puis en République tchèque.


Signe de popularité, la Philharmonie fait salle comble, tout en s’enorgueillissant de la présence de la Reine Sonja de Norvège, qui accompagne la formation symphonique nationale lors de cette tournée. L’Orchestre d’Oslo se lève solennellement pour accueillir l’entrée de la Reine, permettant au concert de débuter. Le programme superbe choisi pour l’occasion fait la part à deux des plus belles inspirations de Chostakovitch, tout d’abord la brève Sixième Symphonie (1939). Sa construction en trois mouvements, d’une durée inégale (le premier étant plus long que les deux derniers), surprit à la création. Sommet de l’ouvrage, le Largo initial nous plonge dans les abîmes de pessimisme du compositeur, ici plus encore assombris par la vision désenchantée et volontairement statique de Mäkelä. Comme souvent, le chef finlandais ralentit son tempo dans les parties apaisées, tout en privilégiant une lecture analytique, d’une grande lisibilité et probité. On reste toutefois sur sa faim concernant l’expressivité et la mélodie, qui passent dès lors au second plan. Aucune surcharge émotionnelle ne vient ternir ce geste qui met en avant la musique pure, faisant un sort à chaque note. L’Allegro qui suit trouve un regard plus moderne sous cette battue, qui exacerbe les effets, avec des cordes sifflantes. Chant et contrechant sont mis sur le même plan, avec une volonté d’allégement sensible dans les passages verticaux. Mäkelä aime les contrastes, entre vivacité, ruptures et attaques sèches, avant de retomber dans des phrasés volontairement mornes et non narratifs, dans les parties apaisées. La fin de la symphonie, surarticulée et péremptoire dans son martellement percussif, voit le tempo s’accélérer, en une démonstration de virtuosité.


Après l’entracte, la Huitième Symphonie (1943) commence sous les attaques franches des altos et violoncelles, avant que la tension ne retombe une fois encore dans les passages plus narratifs, privés de nerfs. Comme à son habitude, le Finlandais joue avec les tempi, ralentissant ici pour mieux accélérer ensuite, notamment dans un crescendo intense des cordes. Les habitudes d’écoute sont continuellement bousculées, en une lecture certes plus moderne, mais résolument décousue. On pense plusieurs fois aux montagnes russes, tant cette alternance de climats déroute, malgré quelques beaux moments (superbes piani après un tutti rageur). Le début très sec de l’Allegretto s’évertue à noyer la mélodie sous les effets, avec un piccolo acide, au son peu charnu. Les couleurs exacerbées culminent dans un fortissimo cravaché, qui en met littéralement « plein les oreilles ». Le début de l’Allegro qui suit continue sur la même veine éprouvante : ça claque, ça fouette, en une scansion dantesque. Il faut toutefois reconnaître que l’esprit de ce mouvement convient mieux au style éruptif de Mäkelä, malgré quelques traits volontiers racoleurs, tel que le déchaînement des timbales. Le Largo revient ensuite aux atmosphères immobiles et ouateuses, chéries en début de soirée, avec un solo de cor qui émerge d’un tapis de brume presque irréel. L’ennui pointe dans ce mouvement, tant la vision en noir et blanc du chef fatigue sur la durée, avec son opposition caricaturale entre parties lentes sans nerfs et passages rapides survitaminés. L’Allegretto conclusif donne à entendre une fin de mouvement réussie, avec ses piani comme suspendus. On ressort du concert sonné par ces montagnes russes incessantes, qui écartent systématiquement toute mélodie et narration.



Florent Coudeyrat

 

 

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