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L’illusion du panache

Paris
Philharmonie
01/15/2026 -  et 16* janvier 2026
Joan Tower : Fanfare for the Uncommon Woman n° 5
Dimitri Chostakovitch : Concerto pour violoncelle n° 2 en sol mineur, opus 126
Antonín Dvorák : Symphonie n° 9 « Z nového světa », opus 95, B. 178

Gautier Capuçon (violoncelle)
Orchestre de Paris, Andrés Orozco-Estrada (direction)


A. Orozco-Estrada (© Denis Allard)


Né à Medellín il y a quarante-huit ans, le chef colombien Andrés Orozco‑Estrada a non seulement fait ses classes en Europe, mais il s’y est solidement implanté, à la tête de nombreux orchestres, soit en tant qu’invité de passage, et en ce cas toujours remarqué pour son vif tempérament, soit en tant que directeur musical en titre (Radio de Francfort, Wiener Symphoniker, RAI de Turin, Gürzenich de Cologne, bientôt Radio suédoise...). Un chef que l’on a donc l’occasion de croiser assez fréquemment, en le découvrant à chaque fois un peu plus mûr : un caractère demeuré manifestement avenant, une bonne entente générale qui paraît patente avec ses musiciens d’un soir – cette fois l’Orchestre de Paris – mais aussi, parfois, dans le grand répertoire symphonique, une nervosité un peu trop expansive qui peut nuire à la cohérence du propos. Heureusement, pas sur le plan visuel, le geste restant techniquement toujours efficace et sans surcharge, mais bien dans la conception d’ensemble, avec un discours qui demeure trop morcelé.


Ici, les quatre mouvements de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorák sont tous pris dans des tempi relativement vifs, mais qui se justifieraient mieux s’ils étaient plus stables, au lieu d’alterner sans préavis moments de précipitation et d’abandon. A notre sens, déjà, le premier mouvement, Allegro molto, tend un piège béant au numéro 5, joli solo de flûte repris ensuite aux cordes. Quand on commence aussi ostensiblement à ralentir à cet endroit pour « faire joli », c’est de très mauvais augure pour la suite. Et a fortiori lorsqu’on choisit de faire la reprise, ce qui implique de se livrer exactement à la même coquetterie trois minutes plus tard. Outre la faute de goût, ce qui peut évidemment rester une affaire d’appréciation personnelle, pourquoi un piège ? A cause des mesures suivantes, qui nécessitent à chaque fois de « réembrayer » brutalement pour rétablir le tempo initial, à des moments particulièrement malvenus. En tout cas l’exemple même d’écueil que les véritables spécialistes de Dvorák ont toujours su éviter (même un Leonard Bernstein naguère, ce qui est tout dire, ne tombait pas dans le panneau).


Le parcours apparaît donc assez mal engagé, et les mouvements suivants se révèlent non moins discutables : un Largo pris trop vite, sans guère d’atmosphère, où le solo de cor anglais reste très droit et suscite peu d’émotion, un Scherzo scandé et heurté, et enfin un Allegro con fuoco surtout lourd et extérieur. De surcroît, sur l’ensemble de cette exécution, on peut déplorer un éventail de nuances trop restreint, ou du moins mal gradué, avec une tendance à monter trop vite en régime, en contrôlant mal le volume des cuivres et même des cordes, ce qui conduit à une saturation sonore bien trop fréquente. Le brillant tapageur d’une telle lecture peut superficiellement séduire, et suscite d’ailleurs l’enthousiasme d’une salle comble qui applaudit entre chaque mouvement, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’ici l’on passe assez largement à côté du véritable sujet.


Davantage de rigueur et de bonnes qualités d’accompagnateur sont en revanche perceptibles dans le Second Concerto pour violoncelle de Chostakovitch, à la tête d’un Orchestre de Paris précis, d’une virtuosité toujours en situation. Une assise orchestrale convaincante, qui met d’autant plus en lumière les limites de la proposition soliste. Gautier Capuçon est pourtant familier de ce concerto de longue date, pour l’avoir même enregistré avec Valery Gergiev et l’Orchestre du Mariinsky à Saint-Pétersbourg en 2014, dans une version au demeurant guère convaincante. Entendu ici de très près, le jeu du violoncelliste français souffre surtout d’un vibrato trop systématique, mal différencié sur le plan expressif, paraissant avant tout destiné à renforcer en permanence la projection sonore, stratégie certes compréhensible dans l’immensité de la Philharmonie, mais musicalement frustrante. On note également une tendance à trop écraser l’archet, en particulier dans les doubles cordes, ce qui rend le son excessivement saturé, voire parfois fragilisé du point de vue de la justesse. Des options techniques qui n’entravent pas totalement la traversée de cette œuvre redoutable, mais donnent trop souvent l’impression d’un interprète qui se crispe, voire s’arcboute sur son instrument, cherchant, sans toujours y parvenir, à prendre de la hauteur face à un texte musical qui le pousse, de manière trop audible, à ses propres limites.


En guise de bis, Towards the Forest, pièce pour violoncelle seul du compositeur américain Bryan Dessner, fait peu d’effet. Cette page d’environ quatre minutes repose sur un matériau trop sommaire pour parvenir à construire une véritable trajectoire expressive. On a connu Dessner, musicien aux profils multiples, qui prospère aujourd’hui dans un entre‑deux fait de régressions minimalistes et de rock consensuel, capable ailleurs de propositions plus inspirées.


Début de concert cuivré avec la Cinquième des Fanfares for the Uncommon Woman de la compositrice américaine Joan Tower, qui servent de fil rouge à l’actuelle saison de l’Orchestre de Paris. Composées à partir de 1986, des pièces pensées comme un pendant plus contemporain et féministe à la célèbre Fanfare for the Common Man d’Aaron Copland. Pour l’instant la plus restreinte en effectif d’une série encore en devenir, celle‑ci est composée pour quatre trompettes, et met bien en valeur l’aisance incisive des quatre titulaires parisiens appelés à échanger et superposer brillamment leur phrases, dans un confort plus ou moins tonal selon les moments, en tout cas de bon aloi.



Laurent Barthel

 

 

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