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Une production qui va à l’essentiel Antwerp Opera Vlaanderen 01/08/2026 - et 14, 17, 19, 21, 23, 28, 30, 31 décembre 2025 (Gent), 10, 11, 13, 15, 18*, 20 janvier 2026 (Antwerpen) Wolfgang Amadeus Mozart : Don Giovanni, K. 527 Wolfgang Stefan Schwaiger/Michael Arivony* (Don Giovanni), Marie Lys*/Kateryna Kasper (Donna Anna), Ariana Vendittelli*/Alessia Panza (Donna Elvira), Reinoud Van Mechelen*/Emanuel Tomljenovic (Don Ottavio), Edwin Kaye (Il Commendatore), Michael Mofidian*/Samson Setu (Leporello), Justin Hopkins (Masetto), Katharina Ruckgaber*/Sawako Kayaki (Zerlina)
Koor Opera Ballet Vlaanderen, Pedro Beriso (chef de chœur), Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen, Francesco Corti (direction musicale)
Tom Goossens (mise en scène), Sammy Van den Heuvel (scénographie), Sophie Klenk‑Wulff (costumes), Dennis Diels (lumières), Femke Gyselinck (chorégraphie)
 (© Annemie Augustijns)
Voilà une production allant à l’essentiel. Une qualité, évidemment, mais ce Don Giovanni (1787) laisse une impression paradoxale. Malgré l’intelligence des intentions et la justesse des situations, elle peine quelque peu à captiver, tout en suscitant une certaine admiration. Tom Goossens, auteur d’une mise en scène maîtrisée et personnelle des Noces de Figaro en 2023, opte, cette fois, pour une approche moins audacieuse, voire plus consensuelle, dans une scénographie encore plus dépouillée : une échelle, une plateforme, quelques accessoires, des costumes aux couleurs simples, légèrement ternes, voilà à peu près tout.
Frustrant ? Oui et non car cette mise en scène, bien plus moderne qu’elle n’en a l’air, s’appuie sur une direction d’acteur fine et précise, discrète mais opérante, sans moment de flottement, avec tout au plus quelques passages un peu trop statiques. Ce spectacle bien pensé, mais auquel il manque une dimension supplémentaire pour totalement nous enchanter, parait ainsi parfaitement cohérent, Tom Goossens tenant bien son concept, avec une dimension cyclique assez intéressante, les interprètes, durant l’Ouverture, venant saluer en sous‑vêtements de couleur chair, comme à la fin.
Le metteur en scène ne manque pas d’humour non plus, comme ces poules qui défilent avec bonhommie avant de finir embrochées et rôties pour le festin, et évite d’encombrer sa mise en scène d’effets gratuits ou superflus. Quant au jeu d’acteur, il ne laisse rien au hasard, dans les échanges et la gestuelle, les mouvements chorégraphiés des figurants, et il parvient à exprimer beaucoup avec un minimum de moyens. Si l’essentiel s’y trouve, cet opéra appelle tout de même plus de fulgurance et de sensualité, et si ce spectacle ne comporte rien de surprenant ni d’original, il parvient à conserver notre attention, sans susciter un fol enthousiasme. Paradoxal, vraiment.
L’Opéra des Flandres a réuni une double distribution, à l’exception d’Edwin Kaye qui assure brillamment toutes les représentations, à Gand d’abord, à Anvers ensuite, dans le rôle du Commandeur, qui convient parfaitement à sa voix, et de Justin Hopkins, idéal en Masetto, notamment sur le plan vocal – la souplesse, le timbre. Michael Arivony nous laisse un peu sur notre faim en Don Giovanni. Le baryton ne déçoit pas, il possède même les moyens et la présence pour incarner le séducteur, mais il manque encore de verve et de carrure. Il se montre ainsi tout juste convaincant, si bien que le gentilhomme intéresse finalement moins que son valet. Michael Mofidian excelle, en effet, en Leporello, par le jeu d’acteur, plus persuasif que celui de son comparse, le chanteur réussissant à exprimer, en fort bon comédien, toute la psychologie du personnage, avec un chant affirmé et précis. Mais sur le plan purement vocal, Reinoud Van Mechelen dépasse tous ses partenaires masculins. Le chanteur signe un Don Ottavio impeccable, modèle de finesse, de netteté, de tenue.
Les prestations féminines offrent aussi beaucoup de satisfaction, à commencer par la Zerlina fraîche et éclatante de Katharina Ruckgaber, qui met joliment en valeur d’un timbre particulièrement attrayant. Marie Lys et Ariana Vendittelli, respectivement Anna et Elvira, partages d’évidentes qualités de timbre et d’expression, avec une tessiture qui leur est bien sûr propre, la première ayant notre préférence pour le raffinement du chant et la clarté de la voix.
Cette production bénéficie, en outre, de la direction assez remarquable de Francesco Corti qui obtient de l’orchestre un jeu acéré et une sonorité dégraissée, ce qui rapproche cette exécution assez effervescente de celles des formations sur instruments d’époque. Tout au plus le chef pourrait‑il opter, par moments, pour des tempi encore plus enlevés, quitte à risque de mettre les musiciens en danger, afin de provoquer davantage d’ivresse. Mais cette observation ne diminue en rien notre jugement favorable sur l’excellent bilan musical de cette production.
Sébastien Foucart
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