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Marimba dans le vent Nièvre Millay (Château de Magny) 08/09/2025 - Keiko Abe : Variations sur des chansons enfantines japonaises – Rêve des cerisiers en fleur
Johann Sebastian Bach : Suite pour luth en mi mineur, BWV 996 : 3. Courante et 4. Sarabande – Partita pour clavier n° 6, BWV 830 : 5. Sarabande – Suite pour violoncelle seul n° 6, BWV 1012 : 5. Gavottes I et II
Philippe Hurel : Loops IV
Sylvius Leopold Weiss : Sonate pour luth en la majeur, WeissSW12 : 6. Ciacona
Emil Kuyumcuyan : Youth
Erroll Garner : Misty Gabriel Michaud (marimba)
 G. Michaud
On ne pourra pas reprocher à Anna Göckel, directrice artistique du festival Le vent sur l’arbre, de ne pas faire des efforts en termes de programmation, car durant l’été, comme d’ailleurs le reste de l’année, les récitals de marimba n’abondent pas. Et Gabriel Michaud (né en 2003), dont la sœur aînée n’est autre que la saxophoniste Valentine Michaud, s’est employé à démontrer que c’était fort dommage, présentant au fur et à mesure au public les pièces qu’il a choisi d’interpréter.
Difficile à dénicher en raison d’une signalisation absente ou, à tout le moins discrète, le château de Magny (XIXe), à Millay, est la demeure de la présidente du festival, Valérie de Saint‑Maur. En tout début de soirée, quelques rangées de chaises ont été disposées (presque) à l’ombre au pied du perron, le marimba installé en haut des marches, devant les portes du bâtiment. Et à la fraîche après une chaude journée, c’est non seulement le vent sur l’arbre, mais aussi le vent dans les arbres du parc, ce dont nul se plaindra.
Le jeune percussionniste décrit le rôle important tenu par la Japonaise Keiko Abe (née en 1937) dans l’évolution de l’instrument, dont elle fut l’une des premières virtuoses et pour lequel elle a abondamment écrit. Ses Variations sur des chansons enfantines japonaises (1982) montrent ainsi d’emblée les capacités polyphoniques du marimba, mais aussi son ambitus assez large de dynamiques et de hauteurs : rythmique, bien sûr, il peut donc aussi être mélodique. Des extraits de la Suite pour luth en mi mineur, de la Sixième Partita pour clavier et de la Sixième Suite pour violoncelle de Bach viendront ensuite le confirmer éloquemment : il y a un véritable art du phrasé auquel s’ajoute celui de bien réaliser les ornements avec les seules quatre baguettes dont dispose l’exécutant.
Continuant d’alterner œuvres originales et transcriptions, Gabriel Michaud en vient aux fascinants Loops IV (2005) de Philippe Hurel (né en 1955), qu’il qualifie de « pas pratiques » à jouer : c’est que, à la différence d’Abe, Hurel n’est pas un marimbiste. Mais une fois la difficulté surmontée, la récompense est là, avec une sorte de toccata virtuose dans laquelle les boucles du titre se répètent tout en changeant imperceptiblement, comme un kaléidoscope.
Dans la Chaconne de la Suite pour luth en la de Weiss, le défi est différent, car il faut bien faire ressortir le thème récurrent à la main gauche. Jeunesse (2019) est une redoutable pièce de concours du marimbiste turc Emil Kuyumcuyan (né en 1993), assurément moins avant‑gardiste qu’Hurel – on évolue dans ut mineur familier – mais dont l’ambiance swing et latino ne peut que séduire. Musicien éclectique, Gabriel Michaud penche aussi vers le jazz, avec Misty (1954) d’Erroll Garner, où, par le jeu des résonances et des sonorités, le marimba n’a pas grand‑chose à envier au vibraphone, plus habituel dans ce répertoire.
Abe, qui avait ouvert le concert, le referme avec l’habile et poétique Rêve des cerisiers en fleur (1984), variations sur un thème bien connu des plus de 60 ans, Cerisier, cerisier, que le koto égrenait lentement dans la publicité pour Obao. C’est également un marimbiste, l’Américain Matthew Lorick (né en 1989), qui, en bis, aura le dernier mot, avec Odessa (2012), une page agréable, souplement rythmée, de laquelle, malgré son titre, émane parfois un parfum d’Espagne.
Le site de Keiko Abe
Le site de Philippe Hurel
Le site d’Emil Kuyumcuyan
Simon Corley
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