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Adams versus Schumann

Paris
Philharmonie
03/18/2025 -  et 16 mars 2025 (Hamburg)
Győrgy Ligeti : Concert Românesc
John Adams : After the Fall
Robert Schumann : Symphonie n° 3 « Rheinische », opus 97

Vikingur Olafsson (piano)
Tonhalle-Orchester Zürich, Paavo Järvi (direction)


P. Järvi (© Kaupo Kikkas)


Le Concert Românesc, sorte de mini-concerto pour orchestre, c’est Ligeti avant Ligeti, celui des années hongroises, quand le stalinisme régentait la culture. L’œuvre, ainsi, fut censurée et ne connut sa création qu’en 1971, alors qu’elle nous semble aujourd’hui assez sage. Enesco et Bartók ne se situent pas loin de cette partition renouant, à travers l’alternance de mouvements lents et rapides, avec le lassu et le friss du verbunkos, cette danse de recrutement que l’on retrouve dans maint opus du compositeur du Château de Barbe‑Bleue – et, avant lui, dans les Rhapsodies hongroises de Liszt. Paavo Järvi y dirige avec verve un orchestre de haut niveau, aux pupitres homogènes, aux attaques nettes, qui prend visiblement plaisir à jouer.


After the Fall de John Adams a été créé le 16 janvier à San Francisco par Vikingur Olafsson et David Robertson. Le pianiste l’a révélé à la Suisse quelques jours plus tard, à Zurich, sous la direction de Paavo Järvi. Le concert de la Philharmonie met à l’affiche la première française. Le pianiste norvégien a inspiré cette troisième œuvre pour piano et orchestre, comme Emanuel Ax avait inspiré Century Rolls en 1996 et Yuja Wang Must the Devil Have All the Good Tunes? en 2018. Mais After the Fall constitue aussi une réplique à No Such Spring du fils, Samuel Carl Adams. Après le printemps, l’automne, la chute. La chute telle que l’a définie Pierre Boulez, « perpétuel retour, amalgame et citation », formule à laquelle se réfère Adams. Musique de l’épuisement, au fond, nous disant que l’on ne peut plus créer du nouveau. Rien d’étonnant si l’on peut reconnaître ici les ombres du passé, plus récent ou plus lointain, si l’on a l’impression d’avoir tout entendu mille fois. Rien d’étonnant si le Prélude en ut mineur du premier livre du Clavier bien tempéré s’invite dans l’œuvre, sujet d’une paraphrase ressassée. Au demeurant fruit d’un artisanat éprouvé, voire brillant, la musique semble avouer ici sa propre impuissance à créer une nouvelle modernité. On aime ou on déteste. Quoi qu’il en soit, gageons que le pianiste norvégien, adoubé par le compositeur, aussi monochrome et sec soit‑il, constitue une référence. Données en bis, les deux variations Goldberg, prolongement presque naturel d’After the Fall, n’ont pas davantage convaincu.


La Troisième Symphonie de Schumann, c’est autre chose. L’ancien directeur de l’Orchestre de Paris y trouve le ton juste, loin des interprétations l’annexant à la luxuriance du romantisme tardif, la rendant à sa lumière, à sa fluidité, à son euphorie conquérante, dès un Lebhaft très pulsé, animé d’un irrésistible élan rythmique, paré de teintes vives. Le Scherzo a la saveur agreste et du Ländler, sa bonhomie chaleureuse. Le chef estonien a décidément beaucoup évolué, qui a appris à respirer avec la musique et ses orchestres, sans pourtant lâcher la bride, toujours aussi attaché à la clarté de la polyphonie. Le Feierlich, ainsi, ne confond pas la densité avec l’empâtement, la pénombre et la noirceur, d’un lyrisme intense mais sans narcissisme. Et le Lebhaft final renoue avec l’alacrité jubilatoire du mouvement initial, porté par un orchestre superbe. En bis, une Première Danse hongroise de Brahms, d’une grande souplesse rythmique, haute en couleur.



Didier van Moere

 

 

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