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Vingt ans après... Paris Salle Gaveau 03/15/2025 - Johann Sebastian Bach : Concerto brandebourgeois n° 5 en ré majeur, BWV 1050
Jean-Philippe Rameau : Hippolyte et Aricie : « Rossignols amoureux » [*]
Antonio Vivaldi : Concerto pour violon en mi majeur « La primavera », opus 8 n° 1, RV 269 (arrangement pour musette, deux violons et basse continue par Nicolas Chédeville) – Concerto pour flûte à bec, cordes et basse continue « La notte », opus 10 n° 2, RV 439
Chanson traditionnelle de Moravie : Dyz sem sla z kostela [**]
Georg Philipp Telemann : Concerto pour flûte, cordes et basse continue en ré majeur, TWV 51:D2
Manuscrits Uhrovska : Suite de danses : Sans titre, « Hungaricus », « Hajdukujymy » & «Hungaricus » – Suite de danses : Sans titre, « Hungaricus », « Hungaricus», Sans titre & « Olas » [**]
Chanson traditionnelle de Slovaquie : Veselo Se Dzivce [**] Elodie Fonnard [*], Hélène Richaud [**] (sopranos)
Les Musiciens de Saint-Julien, François Lazarevitch (flûtes, musette et direction)
 F. Lazarevitch (© Jean‑Baptiste Millot)
Lorsque François Lazarevitch a fondé l’ensemble Les Musiciens de Saint‑Julien en 2005, s’imaginait‑il que l’aventure durerait toujours vingt ans après ? De leur premier disque, consacré à des danses issues du cœur des campagnes françaises au Moyen Age sur les thèmes des bergers et du loup, au plus récent disque, rassemblant des airs de cour du XVIIe siècle (Robert de Visée, Jean‑Baptiste Lully, Honoré d’Ambruis...) en passant par leur superbe recueil « Le Berger poète » ou leur très récente gravure du Concerto pour flûte et harpe de Mozart, cette équipe de musiciens enthousiastes, qui a renouvelé ses effectifs au fil des ans, est aujourd’hui un des ensembles les plus inventifs de la scène musicale. On n’ose dire de la scène musicale baroque car, si le répertoire de l’ensemble couvre effectivement cette période comme en témoigne une partie du présent concert, celui‑ci va bien au‑delà, cherchant des pièces à l’époque du Moyen Age ou de la Renaissance, puisant également dans le folklore européen au sens large (pays de l’Est, France, Italie, Angleterre...), notamment dans la musique celtique. Difficile dans ces conditions de le cataloguer ! Tout aussi difficile d’ailleurs de mettre François Lazarevitch dans une case, lui qui saute allégrement du traverso aux diverses tessitures de flûte à bec, avant de jouer de la musette ou de la cornemuse, sans oublier ses talents de chanteur, dont il use certes plus rarement...
Philippe Maillard Productions nous permettait, en ce samedi salle Gaveau, d’entendre donc Les Musiciens de Saint‑Julien dans deux concerts (l’un en fin d’après‑midi, l’autre en début de soirée) pour fêter dignement cet anniversaire. Une partie de ce premier concert (de près de deux heures, bis compris, donné sans entracte) était consacrée au monde baroque avec certains de ses plus célèbres représentants : Bach, Rameau, Vivaldi et Telemann. Le Cinquième Concerto brandebourgeois (publié en 1721, bien que sans doute composé en 1713) oppose un concertino original composé d’une flûte traversière (François Lazarevitch), d’un violon (Josef Zák) et d’un clavecin (Maude Gratton) à un ripieno des plus classiques. L’interprétation fut remarquable par son économie, son dépouillement presque, contrastant avec la richesse des timbres et l’implication des interprètes ; mention spéciale à Maude Gratton qui fut tout bonnement éblouissante dans sa très longue cadence du premier mouvement, François Lazarevitch ayant eu la classe de se mettre sur le côté de la scène afin que tous les regards puissent pleinement se porter sur la jeune soliste dont l’assurance du jeu n’avait d’égal que la timidité et la réserve de caractère au moment des saluts.
L’air célèbre des « Rossignols amoureux » (tiré de la fin du cinquième acte d’Hippolyte et Aricie de Rameau) permit à Elodie Fonnard de faire montre de son aisance habituelle dans ce répertoire, dialoguant harmonieusement avec encore une fois le violon solo et le traverso. Les deux œuvres suivantes, toutes deux de Vivaldi, avaient déjà été données par François Lazarevitch et Les Musiciens de Saint‑Julien lors d’un concert que nous avions entendu il y a quelques années salle Cortot. Et là encore, si le fameux Concerto « La notte » n’appelle que des éloges à l’attention du chef‑soliste (une dextérité, un art du détaché, une minutie dans les nuances à toute épreuve), on aura surtout retenu la version pour musette du Printemps (issu évidemment des Quatre Saisons), version transcrite par Nicolas Chédeville (1705‑1782) qui frappe par son côté alla rustica, les sonorités intrigantes de la musette convenant parfaitement à la partition, François Lazarevicth enlevant l’œuvre avec une adresse qui, de nouveau, ne peut qu’être saluée. Terminons ce panorama baroque par une version un rien revisitée du Concerto pour flûte, cordes et basse continue en ré majeur de Telemann qui, dans sa version originelle, ne connaît pas de partie de percussion alors que, ce soir, l’Allegro et le Vivace en requirent, le dernier mouvement nécessitant par exemple grosse caisse et cymbale afin d’y intégrer toute l’influence à la fois folklorique et populaire (venant en particulier de Pologne) que Telemann a pu intégrer à maintes de ses compositions.
 (© Sébastien Gauthier)
Et ce fut donc l’autre versant de ce concert que de permettre aux Musiciens de Saint‑Julien de nous offrir un florilège d’œuvres traditionnelles venant de Slovaquie et de Moravie, tirées en particulier d’un recueil de 1730 appelé Manuscrit Uhrovska (du nom de la ville slovaque d’Uhrovec, à une centaine de kilomètres au nord‑est de Bratislava). Hélène Richaud, également violoncelliste de l’ensemble, chanta magnifiquement trois chansons tandis que les Musiciens de Saint‑Julien s’en donnaient à cœur joie, Chloé Lucas adoptant des accents presque jazzy à la contrebasse tandis qu’Eric Bellocq sut parfaitement nous charmer au luth et au cistre, le cymbalum d’Iurie Morar ayant remplacé le clavecin de Maude Gratton pour assurer un continuo aux accents souvent arabisants, une mention spéciale devant enfin être adressée à Pierre Rigopoulosn qui fit des merveilles aux percussions. François Lazarevitch, maître d’œuvre de l’ensemble, anima ces pièces avec un enthousiasme qui ne fit que croître au fur et à mesure de l’avancée du concert.
Venu nombreux, le public eut droit à pas moins de trois bis : la brunette J’avois crû qu’en vous aimant de Christophe Ballard (1641‑1715), pièce délicieuse interprétée de nouveau par Elodie Fonnard, morceau qui figure d’ailleurs dans le disque des Musiciens de Saint‑Julien intitulé « A l’ombre d’un ormeau » (il était alors chanté par Annie Dufresne), le Largo tiré du Concerto pour flautino RV 443 de Vivaldi et, enfin, une danse serbe endiablée, concluant un concert marqué par un éclectisme réjouissant !
Le site des Musiciens de Saint‑Julien
Sébastien Gauthier
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