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Dans la tête de Gustav Mahler

Vienna
Musikverein
03/10/2025 -  et 24 (Sevilla), 25, 26 (Madrid), 28 (Frankfurt) février, 1er (Dortmund), 3 (Hannover), 4, 5 (Hamburg), 7, 8 (Baden‑Baden), 11* (Wien) 12 (Budapest) mars 2025


10 mars
Antonín Dvorák : Zlatý kolovrat, opus 109, B. 197
Gustav Mahler : Symphonie n° 4


11 mars
Gustav Mahler : Blumine
Felix Mendelssohn Bartholdy : Concerto pour deux pianos en mi majeur, MWV O 5
Antonín Dvorák : Symphonie n° 8, opus 88, B. 163

Nikola Hillebrand (soprano), Lucas Jussen, Arthur Jussen (piano)
Gewandhausorchester Leipzig, Andris Nelsons (direction)


A. Nelsons (© Gerd Mothes)


Oublions l’unique (et relative) déception du programme, un double concerto pour piano, œuvre de jeunesse exhumée le siècle dernier, offerte par Felix Mendelssohn a l’occasion de l’anniversaire de sa sœur. On ne pouvait pourtant rêver meilleure affiche : d’un côté, l’orchestre directement porteur de l’héritage mendelssohnien ; de l’autre, deux frères pianistes virtuoses. Dans une pièce dont les parties sont aussi intimement enchevêtrées, la complémentarité des frères Jussen est, comme attendu, irréprochable, leur aisance digitale d’une fluidité au‑delà de tout reproche. Cependant, leur lecture est affectée, la rapidité des tempos ne compensant pas le manque d’effervescence spontanée, et si l’accompagnement dévoile certains passages d’une indéniable élégance mozartienne, élan et transparence font défaut. On s’ennuie donc un peu durant cette demi‑heure de musique foisonnante, qui eût été bien mieux mise en valeur dans une interprétation moins emphatique.


Les secondes parties de soirée touchent en revanche au sublime. Andris Nelsons se transforme en orfèvre du son, sculptant avec une imagination sans limite chaque intervention instrumentale. La Quatrième Symphonie de Mahler explose l’espace sonore avec une audace saisissante, faisant glapir les vents, grincer les cordes de manière grotesque (quels solos de violon décomplexés !), précipitant l’orchestre dans une danse virevoltante avant de subitement suspendre le cours du temps. Le chef letton ose tout, sans jamais nuire à la progression émotionnelle, nous menant vers un final de rêve dans lequel la soprano Nikola Hillebrand atteint un parfait équilibre entre sérénité paradisiaque et réalisme terrien. Tour à tour séductrice, enfantine, enchanteresse ou intime, elle sait user de son charme, de son timbre et de sa tessiture pour insuffler à chaque phrase une palette d’émotions qui transcendent le texte. Cette expérience mahlérienne radicale nous projette dans un univers fantasmagorique à la Tim Burton, esquissant une improbable jonction entre la transcendance d’un Celibidache et l’extravagance de Bernstein. Le mouvement Blumine, sans pousser aussi loin cette quête sonore extrême, reste un modèle de raffinement où chaque détail est délivré avec minutie et sans préciosité.


Autre triomphe mémorable : la Huitième Symphonie de Dvorák, abordée avec une générosité et une conviction qui l’élèvent au niveau de la Symphonie « Du nouveau monde ». Contrairement au poème symphonique Le Rouet d’or au programme du premier soir, qui, malgré une indéniable beauté orchestrale, demeure trop prémédité, la symphonie trouve ici le ton juste, ouvrant de grands espaces où l’âme tchèque transparaît derrière la sonorité germanique de l’orchestre. Tout comme dans Mahler, le chef dramatise son propos, créant des effets inattendus d’une sophistication rare dans cette œuvre, osant rubatos et ad libitum inspirés.


Ces deux soirées, pénultième étape d’une tournée européenne de treize concerts, ont offert une étincelante démonstration de l’excellence de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, fruit d’une discipline sans faille imprégnant chaque phrasé, et de sa capacité à se rallier aux options interprétatives les plus variées d’Andris Nelsons, leur Kapellmeister depuis 2018. Comment une formation parvient‑elle à jouer sur un fond sonore aussi sombre et mat, tout en conservant cette admirable précision et transparence, telle un diamant posé sur du velours noir ? Les pupitres de cuivres sont sublimes, la petite harmonie imaginative, les cordes soyeuses et localisées avec une précision chirurgicale, créant des effets de vaguelettes sonores se propageant d’un pupitre à l’autre et permettant aux trilles de ressortir avec une finesse inouïe. La direction d’Andris Nelsons, visuellement mystérieuse et peu adroite, s’affranchit des conventions gestuelles habituelles, nourrie par une imagination constante et un travail implacable. Un véritable tour de force.



Dimitri Finker

 

 

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