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Une vibrante réussite Paris Théâtre du Châtelet 03/07/2025 - et 8, 9, 11*, 12, 13, 14, 15, 16 mars 2025 Peer Gynt Henrik Ibsen (texte), Olivier Py (adaptation), Edvard Grieg (musique)
Damien Bigourdan (Un invité, Le Roi des Trolls, Le Courbe, Begriffenfeld), Clémentine Bourgoin (Anitra, Une invitée, Une vachère, La femme en vert), Pierre‑Antoine Brunet (Aslak le forgeron, Un Troll, Le Courbe dansé, Un huissier, Un singe, Une fille du Prophète, Un fou), Raquel Camarinha (Solveig, Une fille du Prophète), Céline Chéenne (Aase, Un Troll, Un singe, Une fille du prophète, Un passager), Emilien Diard‑Detœuf (Mads, Un Troll, Un huissier, Un singe, Un fou poète, Le fondeur), Marc Labonnette (Mère de Mads, Père de Solveig, Un Troll, Un voleur, Huhu, Le capitaine), Justine Lebas (Helga, Une vachère, Un Troll, Un huissier, Un singe, Une fille du Prophète), Pierre Lebon (Un invité, Un Troll, La femme en vert vieille, Un singe, Une fille du Prophète, Plume, Le cuisinier, Le maigre), Lucie Peyramaure (Ingrid, Une vachère, Un Troll, Une fille du Prophète), Olivier Py (Père de Mads, Mère de Solveig, Un Troll, Un huissier), Bertrand de Roffignac (Peer), Sevag Tachdjian (Père d’Ingrid, Un Troll, L’enfant Troll, Fellah, Un matelot, Le prêtre), Hugo Thery (Un invité, Un Troll, Un huissier, Une fille du Prophète, Un fou)
Orchestre de chambre de Paris, Anu Tali (direction musicale)
Olivier Py (mise en scène), Pierre‑André Weitz (décors, costumes), Bertrand Killy (lumières), Ivo Bauchiero (chorégraphies)
 B. de Roffignac (© Thomas Amouroux)
Directeur du Châtelet depuis 2023, Olivier Py, 59 ans, frappe un grand coup en recentrant son institution sur l’une de ses missions premières, celle d’incarner le « théâtre musical de la ville de Paris ». Pour illustrer cette volonté, l’un de ses premiers projets phares consiste à présenter la pièce Peer Gynt telle qu’elle a été conçue lors de sa création scénique en 1876, avec l’adjonction des musiques commandées à Edvard Grieg. Une telle initiative a déjà été menée en France, comme à Limoges en 2017 ou à Lyon en 2022, mais à chaque fois en réduisant fortement la matière dramatique, afin d’élaborer un spectacle d’environ deux heures, resserré sur la musique. Pour parvenir à la durée plus conséquente d’environ 3 heures 50 (avec un entracte), Olivier Py a choisi de conserver la quasi‑totalité des scènes théâtrales, desquelles il a retiré les spécificités propres au contexte norvégien. Dans le même temps, il a traduit les textes des chansons en français, tout en modernisant les dialogues parlés – à chaque fois sans excès.
Face à ce soin pointilleux pour faire vivre le texte au plus près des intentions d’Ibsen et de Grieg, Olivier Py nous réserve une de ses directions d’acteur les plus intenses qu’il nous ait été donné de voir depuis longtemps. C’est là un choix heureux, tant le premier chef‑d’œuvre d’Ibsen peut dérouter par son contenu foisonnant, qui narre le parcours initiatique d’un anti‑héros égoïste, vantard et agaçant. Dans ce récit en partie autobiographique au début, Ibsen montre une face sombre qui le fait s’interroger sur le sens de la vie et de sa présence au monde : une quête philosophique souvent douloureuse pour s’accepter tel que l’on est, avec ses défauts et incapacités. Pour autant, ces questionnements sous‑jacents sont camouflés sous une multitude de saynètes populaires, drôles et souvent grivoises, que Py fait vivre de son imagination débridée et irrévérencieuse.
C’est peu dire que Bertrand de Roffignac tient là un des rôles de sa vie, tant Py lui demande un investissement physique de tous les instants, entre verbe haut, regards hallucinés et cavalcades dans tous les sens. Toute la folie autodestructrice de l’éternel insatisfait, comme du joyeux noceur de l’instant qu’est Peer Gynt trouve une vitalité survitaminée, parfois éprouvante dans sa répétition obstinée. Les quelques moments de répit permettent à la mise en scène de bien identifier les moments‑clés de l’action, telle que la fascinante rencontre avec Solveig, retrouvée tout au long du périple comme un ange gardien. Bertrand de Roffignac est accompagné par toute une fine équipe de comédiens-chanteurs, toujours sur le fil du surjeu (comme demandé par la mise en scène), à l’instar des expressifs Damien Bigourdan et Marc Labonnette. On aime aussi la touchante Raquel Camarinha (Solveig), tout comme le jeu incarné et lyrique de Céline Chéenne (la mère de Peer).
Musicalement, on est également à la fête, tant l’Orchestre de chambre de Paris trouve des délices de raffinement sous la baguette de la cheffe estonienne Anu Tali, aux tempi mesurés et toujours au service de l’élan narratif. Le seul motif de regret est leur placement en arrière‑scène, ce qui occasionne une sonorisation excessive, toujours regrettable pour ce type de salle.
Florent Coudeyrat
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