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Les rockstars du quatuor à cordes Vienna Konzerthaus 03/06/2025 - et 19 (Namur), 20 (Köln), 23 (München), 24 (Amsterdam), 25 (Praha) mai, 21 (Waterloo), 24 (Bad Schallerbach), 26 (Salzburg) juillet 2025 Ludwig van Beethoven : Quatuor n° 1, opus 18 n° 1
Raphaël Merlin : Tetrhappy
Piotr Ilitch Tchaïkovski : Quatuor n° 3, opus 30 Quatuor Ebène : Pierre Colombet, Gabriel Le Magadure (violon), Marie Chilemme (alto), Yuya Okamoto (violoncelle)
 Y. Okamoto, G. Le Magadure, M. Chilemme, P. Colombet (© Julien Mignot)
Le Quatuor Ebène poursuit son cycle avec un programme ambitieux, traversant plus de deux siècles en seulement trois œuvres et 90 minutes de musique. Leur interprétation du Premier Quatuor de Beethoven émerveille autant l’ouïe et l’esprit, laissant entrevoir les prémices de ses futurs opus. Après un premier mouvement alliant modernité et classicisme, par la combinaison de courbettes gracieuses, de changements d’éclairages soudains, d’une recherche de palette somptueuse d’accents et de couleurs, l’Adagio affettuoso ed appassionato nous projette soudain, avec près de trente ans d’avance, dans un tumulte émotionnel rappelant le mouvement lent du Quintette à deux violoncelles de Schubert.
Raphaël Merlin, violoncelliste historique de l’ensemble, désormais principalement compositeur et chef d’orchestre, confie à ses anciens collègues l’interprétation de Tetrhappy, une œuvre créée en 2025 qui tente en quelque sorte de résumer la vie quotidienne d’un quatuor à cordes. Entre l’entrée des musiciens accordant leurs instruments tout en s’installant sur scène, et leur sortie sans s’arrêter de jouer, une série d’épisodes s’enchaîne, mêlant confrontations, combinaisons instrumentales variées, et une exploration de tous les genres, du classique au jazz, en passant par le crossover. Derrière les nombreux clins d’œil humoristiques, on perçoit la familiarité avec les grands classiques du répertoire, et une volonté de partager avec le public les souvenirs de leurs années communes.
Le Troisième Quatuor de Tchaïkovski occupe toute la seconde partie du concert. Les membres du Quatuor Ebène y mettent tout leur cœur, laissant leurs instruments chanter avec abandon et générosité, déployant toute leur science pour communiquer l’intensité de cette musique, varier les répétitions et rendre audibles des audaces de composition parfois à la limite du jouable en concert (comme l’accord dans les aigus qui clôt l’Andante funebre e doloroso). Le résultat est parfois mitigé, réussissant mieux dans les passages où la musique se raréfie que dans ceux où l’intensité de l’écriture se superpose à celle de l’interprétation, entraînant l’auditeur dans une zone de saturation auditive.
Le Quatuor Ebène parvient, comme à son habitude, à attirer un public plus jeune et diversifié que tout autre ensemble de musique de chambre, suscitant des applaudissements enthousiastes, plus communs à un concert de rock qu’à un récital classique.
Dimitri Finker
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