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Konzerthaus
02/25/2025 -  et 24 (Milano), 26 (Budapest), 28 (Luxembourg) février, 1er (Paris), 3 (Zaragoza), 4 (Madrid) mars 2025
Luciano Berio : Quattro versioni originali della Ritirata notturna di Madrid di L. Boccherini
Antonín Dvorák : Concerto pour violoncelle n° 2, opus 104, B. 191
Serge Prokofiev : Roméo et Juliette, opus 64 (extraits)

Gautier Capuçon (violoncelle)
Filarmonica della Scala, Lorenzo Viotti (direction)


(© Andrea Humer)


Le programme quelque peu hybride conçu par Riccardo Chailly – contraint, hélas, de céder sa place à Lorenzo Viotti pour l’intégralité de cette tournée européenne – rassemble des piliers du répertoire (le concerto de Dvorák, une combinaison d’extraits des trois suites de Roméo et Juliette de Prokofiev) et deux curiosités : un arrangement de Luciano Berio qui, avec malice, juxtapose les quatre versions de la Musica notturna delle strade di Madrid issues des compositions de Boccherini, ainsi qu’un bis de Gautier Capuçon, associant le soliste aux pupitres de violoncelles et contrebasses dans sa propre transcription du lied de Dvorák « Kéz duch můj sám » (« Laissez‑moi seul »), un choix d’autant plus judicieux que cette mélodie est intégrée aux motifs du concerto.


Ces deux pièces étaient au fond les moments les plus aboutis de la soirée ; la progression sonore à travers les strates de la musique de Berio est évoquée avec conviction, sur un fond de folklorisme nocturne ; le lied de Dvorák est quant à lui interprété avec une spontanéité qui fait défaut dans le concerto. Ce dernier, d’une grande générosité sonore, souffre cependant d’un excès de pathos. Après une introduction d’une lenteur confinant à l’hésitation, engendrant des petits flottements de tempo et de mise en place (qui se répèteront tout le long de la partition), les interprètes misent sur l’exagération dramatique. Gautier Capuçon, dont la sonorité capiteuse est baignée d’un vibrato parfois envahissant, connaît certes la partition à la perfection, mais son approche sur‑expressive manque de retenue, encouragée par l’accompagnement orchestral qui accentue les grands gestes larmoyants. Tout paraît conçu pour forcer l’admiration, comme à travers l’application d’un filtre embellissant, au détriment de la matière musicale et du respect de l’esprit du compositeur.


Les extraits du ballet de Prokofiev souffrent d’un effet globalisant inverse ; tout est bien proprement exécuté, il y a des timbres séduisants, une belle densité dans les archets – mais cela manque de choix assumé de direction, et de travail approfondi des détails. Les musiciens auraient‑ils joué fondamentalement différemment en l’absence de chef sur le podium ? On se souvient avoir vu les mêmes sous la baguette de Chailly, l’œil brillant, le buste tendu, prêts à bondir de leurs chaises (voir ici) ; il s’agit ici plutôt d’un honorable début de tournée de routine, générant beaucoup de clichés instagrammables mais assez peu de substance.



Dimitri Finker

 

 

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