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Un Mozart inconnu

Lausanne
Opéra
02/23/2025 -  et 25*, 28 février, 2 mars 2025
Wolfgang Amadeus Mozart : Mitridate, K. 74a [87]
Paolo Fanale (Mitridate), Lauranne Oliva (Aspasia), Athanasia Zöhrer (Sifare), Sonja Runje (Farnace), Aitana Sanz (Ismene), Remy Burnens (Marzio), Nicolò Balducci (Arbate)
Marie-Cécile Bertheau (clavecin), Orchestre de Chambre de Lausanne, Andreas Spering (direction musicale)
Emmanuelle Bastet (mise en scène), Jean-Philippe Guilois (assistant à la mise en scène), Tim Northam (décors, costumes), Robin Husband (assistant aux décors), François Thouret (lumières)


(© Carole Parodi)


Un des objectifs de Claude Cortese, directeur de l’Opéra de Lausanne depuis le début de la saison, est d’élargir le répertoire de son théâtre. Il a ainsi eu l’excellente idée de programmer Mithridate, un titre quasiment inconnu de Mozart et plus jamais représenté à Lausanne depuis 1985. En 1770, le compositeur, qui n’a que 14 ans, voyage en Italie avec son père lorsqu’il reçoit une commande pour un ouvrage lyrique. Il se lance alors dans la composition de Mithridate, son tout premier opera seria, sur un livret inspiré de la tragédie éponyme de Racine. Les chanteurs lui sont imposés, mais il n’a aucune peine à adapter son écriture à leurs capacités vocales. La première à Milan est un triomphe, la surprise du public est totale : comment un garçon si jeune ans a‑t‑il pu écrire un opéra digne de ce nom ? Un opéra italien qui plus est, alors qu’il vient d’Autriche ? Toujours est‑il que, fort de son succès, Mozart reçoit une nouvelle commande, ce sera cette fois Lucio Silla. Malgré l’accueil enthousiaste, Mithridate ne sera rejoué qu’en 1971, au Festival de Salzbourg. Ce long oubli s’explique par le fait que le manuscrit original a été perdu très tôt et que des copies n’ont été découvertes qu’en 1966. Mis à part deux ensembles, l’ouvrage est une succession de longs airs da capo les uns plus virtuoses et étourdissants que les autres, des airs très expressifs aussi et d’une grande inventivité mélodique.


Souverain du royaume antique du Pont, sur les bords de la mer Noire, Mithridate a deux fils, Farnace et Sifare. Le roi et ses enfants sont tous les trois amoureux de la princesse Aspasia. Celle‑ci est promise à Mithridate, qui part combattre Rome, mais elle aime secrètement Sifare. Farnace, l’aîné, choisit de trahir son père et de s’allier avec l’ennemi romain. A l’issue du combat, Mithridate, sur le point de mourir, pardonne à Farnace, qui vient se repentir, et bénit le mariage d’Aspasia avec Sifare. Le contexte historique passe ici clairement au second plan, les sentiments amoureux occupant le devant de la scène, qu’il s’agisse du désir, de la passion, de la jalousie ou encore de la trahison. La metteur en scène Emmanuelle Bastet l’a bien compris et a transposé l’intrigue dans un décor abstrait et épuré teinté de bleu, représentant une pièce du palais de Mithridate, avec de superbes jeux de lumières. Des escaliers de différentes hauteurs sortent lentement des coulisses ou se retirent, se mouvant pour resserrer ou agrandir l’espace. Des rideaux composés de longs fils, bleus eux aussi, descendent des cintres pour permettre aux personnages de se cacher. Pour certaines scènes, le décor est complété par quelques accessoires, notamment des fauteuils et une lampe. Pour cette production plutôt statique, Emmanuelle Bastet s’est clairement attachée à la direction d’acteurs, tirée au cordeau. On admire la subtilité des interactions entre les personnages ainsi que la parfaite maîtrise des da capo, pour lesquels Emmanuelle Bastet propose à chaque fois d’autres gestes ou positions, dissipant ainsi tout sentiment d’ennui.


A la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, Andreas Spering, qui dirige Mithridate pour la première fois, insuffle aux musiciens toute son énergie pour offrir une lecture vive et alerte de la partition de Mozart, une lecture dynamique et incisive aussi, tout en restant très attentif aux chanteurs et en prenant soin de ne jamais les couvrir. La distribution vocale est parfaitement homogène et de très haute tenue. Il s’agit d’une prise de rôle pour chacun des sept interprètes qui la constituent, une gageure ! La révélation de la soirée est l’Aspasia de Lauranne Oliva, vocalement éblouissante, avec son timbre rond et sensuel ainsi que ses vocalises enivrantes. Dans le rôle de Sifare, personnage tout à la fois combatif et tendre, Athanasia Zöhrer traduit avec conviction la dualité du personnage, entre loyauté à son père et fidélité à sa bien‑aimée, même si le chant semble un peu monochrome. Le rôle de Mithridate, avec ses sauts d’octave meurtriers, est interprété avec vaillance par Paolo Fanale, avec des aigus tout aussi insolents que les graves et une longueur de souffle impressionnante, le ténor passant sans coup férir de la douceur à la rage et à l’invective. Sonja Runje incarne un Farnace noble et émouvant dans son repentir, avec un superbe timbre grave et profond et des vocalises acérées, malgré une projection quelque peu limitée. Le contre‑ténor Nicolò Balducci dessine un Arbate retors à souhait et stylé, faisant fi avec brio des difficultés de la partition. Dans le rôle de Marzio, qui n’a qu’un seul air, Remy Burnens impressionne par la vitesse et l’aplomb de ses vocalises, à des hauteurs stratosphériques. Malgré des aigus parfois un peu étriqués, Aitana Sanz séduit par la luminosité et l’agilité de sa voix dans le rôle d’Ismene. Au rideau final, le public fait un triomphe à tous les interprètes de ce mémorable Mithridate.



Claudio Poloni

 

 

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