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Fierté française

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Musikverein
02/22/2025 -  et 25 février 2025 (Hamburg)
Maurice Ravel : Le Tombeau de Couperin
Claude Debussy : Nocturnes
Igor Stravinsky : Le Sacre du printemps (version 1913)

Damen des Singvereins der Gesellschaft der Musikfreunde in Wien, Orchestre de Paris, Klaus Mäkelä (direction)


K. Mäkelä (© Mathias Benguigui)


Si nous avions pu être admiratifs mais quelque peu sceptiques lors de sa dernière prestation au Musikverein en décembre, Klaus Mäkelä révèle dans ce concert exceptionnel l’épanouissement de son précoce talent, s’affranchissant avec insouciance du poids des attentes placées en lui.


En ouverture de soirée, un Tombeau de Couperin enchanteur dont chaque mouvement élégamment ciselé semble appartenir à une collection cohérente de vignettes miniatures   le Prélude avance avec souplesse et rebondissements, exécuté d’un seul élan, tandis que la Forlane charme par des alanguissements gracieux ; on s’amuse dans le Menuet et le Rigaudon, qui dévoilent des contrastes espièglement dramatiques, évoquant en filigrane un côté boite à musique, sans sécheresse et baignés d’humour.


L’atmosphère évolue notablement dans Debussy, dont les textures à fois éthérées et sensuelles sont charpentées par la précision des rythmes et des traversées de crescendo qui semblent se dérouler à l’infini – telle cette fantastique rigueur dans la conduite des gradations du deuxième mouvement, procurant des frissons d’émotion. Si les premières mesures à froid du chœur des sirènes sont un peu hésitantes, Klaus Mäkelä libère instantanément la musique d’un sourire encourageant à l’intention les interprètes.


Le Sacre du printemps confirme toutes ces qualités ; le premier tableau met en scène une sauvagerie primale qui explose sans brutalité, où l’on savoure sans y prêter garde la maîtrise des gestions dynamiques à grande échelle, qui permet au chef de garder de la réserve et ne lâcher l’orchestre que dans les moments clefs, ménageant à la fois l’auditeur et décuplant l’effet de la tension. Le second tableau est quant à lui un exemple de patience, de gestion des temps, chaque cellule étant exposée, amplifiée et déformée de manière à progressivement plonger le public dans une transe extatique.


L’Orchestre de Paris est dans une forme étincelante, brillant tant par sa cohésion que par l’éclat des individualités. Les vents en particulier offrent des solos à la limite de l’improvisation, réglés comme les rouages d’une horloge, rivalisant d’imagination pour faire surgir de leurs instruments des timbres racés, d’une truculence bien gauloise. L’ovation générale qui salue les derniers accords témoigne du triomphe recueilli par cette prestation, montrant un Klaus Mäkelä accomplissant la quadrature du cercle, embrasant l’orchestre avec discipline et patience, et y insufflant une vision esthétique sans être décorative.



Dimitri Finker

 

 

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