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Reprise de Carmen

Paris
Opéra Bastille
11/15/2022 -  et 18*, 21, 24, 27, 30  novembre, 3 décembre 2022, 28, 31 janvier, 3, 9, 12, 15, 22, 25 février 2023
Georges Bizet : Carmen
Gaëlle Arquez*/Clémentine Margaine (Carmen), Michael Spyres*/Joseph Calleja (Don José), Lucas Meachem*/Etienne Dupuis (Escamillo), Golda Schultz*/Adriana Gonzalez/Nicole Car (Micaëla), Alejandro Balinas Vieites*/Guilhem Worms (Zuniga), Tomasz Kumięga (Moralès), Adèle Charvet (Mercédès), Andrea Cueva Molnar (Frasquita), Marc Labonnette (Le Dancaïre), Loïc Félix (Le Remendado)
Maîtrise des Hauts‑de‑Seine/Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris, Chœurs de l’Opéra national de Paris, Ching‑Lien Wu*/Alessandro Di Stefano (chefs des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Fabien Gabel*/Pierre Vallet (direction musicale)
Calixto Bieito (mise en scène), Alfons Flores (décors), Mercè Paloma (costumes), Alberto Rodríguez Vega (lumières)


M. Spyres, G. Arquez (© Guergana Damianova/Opéra national de Paris)


Là ou Yves Beaunesne avait échoué, Calixto Bieito avait réussi et sa production tient toujours le coup, placée sous le signe de la violence, de quelque nature qu’elle soit, chez les militaires ou entre les sexes. L’obscénité, qu’on a pu reprocher au metteur en scène, entre dans sa vision de l’œuvre, où partout sévit la force brute, à laquelle succombent Carmen et Don José. C’est une mise à nu, du décor et du désir : sur la scène, rien que de très symbolique, du taureau du troisième acte à l’espace vide du quatrième, où un simple cercle marqué à la craie figure l’arène de la double mise à mort de la bête et de Carmen. C’est aussi une vision de l’Espagne, implacable, cruelle, mais sans le moindre exotisme, que gâchent seulement, une fois de plus, quelques libertés fâcheuses : que les couplets d’Escamillo, par exemple, s’enchaînent au Quintette sans qu’il échange un seul mot avec Carmen reste dramatiquement incohérent.


Quoi qu’il en soit, on tient en Gaëlle Arquez une Carmen de très haut rang, ayant déjà conquis de grandes scènes internationales. La richesse du timbre, l’homogénéité des registres, le modelé de la ligne, le refus des effets racoleurs, tout séduit. Ce n’est pas elle qui abusera de la voix de poitrine dans la Habanera, le Trio des cartes ou le duo final : cela ne siérait pas à une Bohémienne aussi fière et aussi racée, même face à une mort à laquelle elle ne résiste pas. Elle incarne le style français, que Michael Spyres, on le sait, maîtrise parfaitement, Don José à la déchéance jamais débraillée, rendant toutes ses nuances à la fleur, jusqu’au pianissimo final. Mais à force de se vouloir baryténor, l’Américain finit par peiner dans le passage et les aigus, qui se grisent, lorsque la tessiture se trouve confrontée aux tensions du troisième et quatrième acte – le même problème, mutatis mutandis, se pose à un Jonas Kaufmann. Serait‑il parvenu à une croisée des chemins ? Quoi qu’il en soit, si Gaëlle Arquez est déjà une Carmen accomplie, lui devra mûrir son José.
L’Escamillo de Lucas Meachem, lui, ne risque pas d’illustrer le style français, malgré de réels atouts vocaux – un Roberto Tagliavini, qui avait d’ailleurs plus de grave, s’y coulait beaucoup mieux. Pas toujours très stable, pas très ronde de timbre, Golda Schultz se signale au contraire, sans être anthologique, par le respect de la prosodie, de beaux aigus, une ligne tenue, Micaëla émouvante mais rien moins que mièvre – elle crache au visage de Carmen dans la montagne devenue un parking. Les seconds rôles n’appellent que des éloges, le chœur aussi. On connaissait l’excellent Fabien Gabel par le concert, le voici à Bastille, pour la première fois – mais pas dans une maison d’opéra : il a dirigé Hamlet d’Ambroise Thomas à Lausanne il y a cinq ans. Direction très fluide, aux couleurs claires, française de ton, sans effets de manche, qui avance et prend feu à partir du troisième acte, avec un bel équilibre entre la tragédie et la légèreté de l’opéra‑comique : malgré quelques décalages, le chef a réussi sa Carmen, que sa popularité même a rendu redoutable. Attendons maintenant la seconde distribution – du 28 janvier au 25 février.



Didier van Moere

 

 

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