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Le chant du violon

Strasbourg
Palais de la Musique
11/17/2022 -  et 18* novembre 2022
Ludwig van Beethoven : Concerto pour violon en ré majeur, opus 61
Johannes Brahms : Symphonie n° 3 en fa majeur, opus 90

Sergey Khachatryan (violon)
Orchestre philharmonique de Strasbourg, Stanislav Kochanovsky (direction)


S. Khachatryan, S. Kochanovsky (© Nicolas Roses)


Quarantaine affable, mise soignée, gestique souple et toujours agréable à regarder : le chef russe Stanislav Kochanovsky continue à mener dans toute l’Europe une carrière prometteuse, y compris à Strasbourg où il a déjà été invité plusieurs fois (voir ici). Cela dit toutes les carrières peuvent comporter des soirées moins convaincantes, et celle‑ci, malheureusement, en est une. Dans la Troisième Symphonie de Brahms quelque chose en fonctionne pas, et pas seulement épisodiquement. Problème de conception générale, ou d’affinités avec un répertoire très éloigné des flamboyances russes ? Peut‑être, mais surtout, à notre avis, une inadéquation entre une technique de direction enveloppante mais peu précise, et un orchestre qui aurait d’autant plus besoin de repères parfaitement lisibles que cette musique, curieusement, ne lui est pas très familière non plus. Hors la parenthèse Marko Letonja, dont on a pu garder quelques excellents souvenirs brahmsiens, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg n’a que rarement brillé dans ce répertoire, avec même quelques antécédents douloureux, dont tout particulièrement dans cette vétilleuse Troisième.


Donc Stanislav Kochanovsky arrive avec son bagage de chef invité, bonne vision globale de l’œuvre, fondée sur des tempi confortables et la mise en valeur de quelques détails stratégiques ici ou là, mais face à un orchestre qui manque de réflexes, voire de repères, la proposition reste insuffisante. Les cordes gardent leur homogénéité, avec toutefois un relatif manque d’assise dans les graves (le pupitre de contrebasses paraît curieusement pâle), mais la petite harmonie erre, ne parvenant jamais à construire collectivement un discours cohérent. On en retire une pénible impression d’orchestre qui se cherche, voire dont la technicité se trouve prise en défaut. La mécanique d’un orchestre est décidément fragile, et on espère simplement qu’une telle défaillance ne relève que d’un concours de circonstances malheureux, et pas d’un réel déficit de travail de fond en train de s’installer.


Première partie plus gratifiante : un Concerto pour violon de Beethoven où Stanislav Kochanovsky fait preuve de vraies qualités d’accompagnateur, attentif aux nuances et gardant continuellement une agréable fluidité, vision intemporelle, à l’exception de timbales « d’époque » à robinet qui imposent de curieuses sonorités claires parfois plus proches du tambour. Détail certes, que cette coquetterie historiquement informée, mais qui fait un peu tache, dans une interprétation par ailleurs peu portée sur les aspérités, et où même le soliste cultive constamment une irradiante beauté de son, sans la moindre scorie. On n’avait plus entendu le violoniste arménien Sergey Khachatryan depuis longtemps, mais tout comme le très jeune prodige d’hier l’interprète plus affirmé d’aujourd’hui continue à nous toucher par son apparente candeur, comme s’il continuait lui-même à s’émerveiller de la beauté de ce qui sort de son instrument. Un violon d’une splendeur irradiante, mais qui ne force jamais le son, avec des aigus filés digne d’une grande diva belcantiste, et aussi un sens de l’architecture qui fait merveille dans des cadences admirablement construites. En bis, un air apparemment issu du folklore arménien nous tient encore sous le charme de ce timbre miraculeusement pur. Merveilleux !



Laurent Barthel

 

 

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