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Dafne ressuscitée

Paris
Athénée - Théâtre Louis‑Jouvet
09/29/2022 -  et 1er, 2, 4, 5 octobre 2022 (Paris), 20, 21 (Reims), 27 (Tourcoing) janvier, 1er (Dijon), 15, 16, 17 (Toulouse) février 2023
Wolfgang Mitterer : Dafne (création)
Les Cris de Paris : Adèle Carlier, Anne‑Emmanuelle Davy, Michiko Takahashi, Amandine Trenc (sopranos), Jeanne Dumat, Floriane Hasler, Clotilde Cantau (mezzo‑sopranos), Safir Behloul, Constantin Goubet (ténors), Mathieu Dubroca (baryton), Virgile Ancely, Renaud Brès (barytons‑basses), Geoffroy Jourdain (direction musicale)
Aurélien Bory (mise en scène, scénographie), Gabrielle Maris Victorin (assistanat à la mise en scène), Stéphane Dardé (collaborateur artistique et technique), Pierre Dequivre (décor), Arno Veyrat (lumières), Alain Blanchot (costumes), Thomas Dupeyron (régie générale), Marjolaine Carme (régie son)


(© Aglaé Bory)


En 1627, Heinrich Schütz (1585‑1672) invente en quelque sorte l’opéra allemand avec sa tragi-comédie pastorale en un prologue et cinq actes Dafne, inspirée des Métamorphoses d’Ovide. La partition a malheureusement brûlé dans l’incendie de la bibliothèque de Dresde, mais le texte allemand de Martin Opitz – une adaptation de la Dafne d’Ottavio Rinuccini déjà mise en musique par Jacopo Peri et Marco di Gagliano – a survécu. La première eut lieu au château de Hartenfels (Saxe), le 13 avril 1627, à l’occasion du mariage de la princesse Sophie‑Eléonore de Saxe avec Georges II. Le chef Roland Wilson a récemment enregistré (chez CPO) sa propre reconstitution de ce qu’aurait pu être Dafne, quatorze ans après l’essai du musicologue Reinhard Seehafer. C’est naturellement à un autre type de contrafactum que nous convie ce « madrigal‑opéra d’après Heinrich Schütz » dont le projet fut porté par Les Cris de Paris et La Compagnie 111.


L’Autrichien Wolfgang Mitterer (né en 1958) prend pour point de départ la musique de Schütz, qu’il cite de manière oblique en parasitant l’ancienne polyphonie de notes étrangères ou de sons injectés par les haut‑parleurs. La « partition électronique tient lieu de basse continue », convoyant par endroits quelques collages, comme le Scherzo de la Neuvième Symphonie de Beethoven ou le début de la suite Les Oiseaux de Respighi. Un coup d’œil jeté sur le conducteur permet d’entrevoir la notation de la partie électronique, matérialisée en rouge au‑dessus des parties vocales. Le « chant multicanal » issu de la tradition italienne du XVIIe siècle exploite les compétences pluriels des musiciens des Cris de Paris, rompus dès l’origine à tous les répertoires – leurs métamorphoses répondent à celle de Daphné en laurier : chanteurs mais aussi instrumentistes (on compte une flûte, un cor et trois bassons), ils incarnent à tour de rôles ou de concert les personnages d’Apollon, Cupidon, Daphné et Vénus, tantôt narrant le drame, tantôt le commentant.


Le décor minimaliste et la sobriété des costumes focalisent l’attention sur la scénographie d’Aurélien Bory : un espace circulaire constitué de plusieurs anneaux tournant à des vitesses différentes. Quelques accessoires viennent agrémenter le tout, au premier rang desquels les flèches – celles d’Apollon tueront le monstre Python ; celle, « en or », de Cupidon, frappera le dieu en plein cœur, le rendant à jamais amoureux de la nymphe Daphné.


Le spectacle fascine de bout en bout par son accouplement trouble de modernité et d’archaïsme. Mieux : cet hommage au « père de la musique allemande », pour transgressif qu’il soit, va de pair avec une grâce des situations dramatiques où musique (vocale et électronique), poésie et théâtre entrent en résonance. Une réussite collégiale, redevable aux membres des Cris de Paris – en réalité une association de solistes – et à l’implication de Geoffroy Jourdain... à qui l’on doit un album Schütz, « David et Salomon », publié il y a peu chez Harmonia Mundi. Trop timide de ce côté‑ci du Rhin, la célébration des trois cent cinquante ans de la disparition du Sagittarius aura permis l’émergence de cette Dafne d’un genre nouveau. Et le Théâtre de l’Athénée de se distinguer une fois de plus par sa programmation inventive.



Jérémie Bigorie

 

 

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