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La Vestale ou les feux de l’amour

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
06/22/2022 -  
Gaspare Spontini : La Vestale
Marina Rebeka (Julia), Stanislas de Barbeyrac (Licinius), Tassis Christoyannis (Cinna), Aude Extrémo (La Grande Vestale), Nicolas Courjal (Le Grand Pontife), David Witczak (Un consul, Le chef des aruspices)
Vlaams Radiokoor, Les Talens Lyriques, Christophe Rousset (direction)


M. Rebeka (© Jānis Deinats)


Entre Gluck et l’opéra romantique, il y a Cherubini et Spontini : La Vestale vient encore de le confirmer – ne le confirmerait pas moins , si on le donnait encore, Fernand Cortez, créé deux ans après, en 1809. Mais la tragédie lyrique de Spontini, qui fera pendant longtemps les beaux soirs de l’Opéra et enchantera Berlioz, donna du fil retordre à l’Italien et il fallut l’appui de l’impératrice Joséphine, la dédicataire, pour l’imposer : elle soumettait tout le monde à rude épreuve. Tel n’est plus le cas aujourd’hui, à condition de trouver une distribution adéquate, résolvant les problèmes de tessiture, comme aux Champs‑Elysées, où l’opéra de Spontini clôturait le festival du Palazzetto Bru Zane.


Même si sa familiarité avec la prosodie française n’est pas évidente, Marina Rebeka vient à bout des écueils du rôle de Julia, falcon avant l’heure. Le timbre séduit autant par son velours que par son éclat, la ligne par son galbe : au troisième acte, « O des infortunés » constitue un modèle de cantabile habité et de raffinements coloristes. Mais la prêtresse au cœur tendre peut également affronter, au deuxième, les grands élans dramatiques de « Impitoyables dieux », où les voix trop légères s’épuisent. Licinius est un baryténor : Stanislas de Barbeyrac, dont la tessiture devient plus centrale, avec un médium et un grave de plus en plus nourris, n’a rien à en craindre, lui qui est aujourd’hui un Pelléas. Passé un premier acte un peu timide, où le timbre et l’aigu semblent amatis, il retrouve tout à la fois sa vaillance et son élégance. Cinna n’est‑il pas aussi un baryténor ? Tassis Christoyannis a assez d’aigu pour assumer le rôle, moins convaincant néanmoins qu’à l’accoutumée, avec une tendance à l’engorgement de l’émission et à l’empâtement de la déclamation. Le Grand Pontife de Nicolas Courjal, au contraire, pèche par une déclamation surarticulée qui déstructure la ligne, heureusement plus unie au troisième acte. La Grande Vestale, en revanche, est exemplaire : magnifique, Aude Extrémo, grâce à sa tessiture homogène au graves abyssaux, en a la profondeur et la majesté.


Contredisant leurs prêtres, les dieux rallument à la fin la flamme... de l’amour. Le général transi n’aura pas à lancer ses troupes contre le temple. Mais si le dénouement est heureux, il incombe au chef de maintenir, jusque‑là, une grande tension. C’est ce qu’a fait Christophe Rousset, auquel les années ont appris le théâtre, même si le souffle reste parfois un peu court. L’éventail des couleurs d’un orchestre toujours très inventif est aussi généreusement déployé. Et l’on se garderait d’oublier le Chœur de la Radio flamande, en tout point remarquable.



Didier van Moere

 

 

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