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Hulda ressuscitée : un Franck au souffle court

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
06/01/2022 -  et 15 (Liège), 17 (Namur) mai 2022
César Franck : Hulda
Jennifer Holloway (Hulda), Véronique Gens (Gudrun), Judith van Wanroij (Swanhilde), Marie Gautrot (La mère de Hulda, Halgerde), Ludivine Gombert (Thordis), Edgaras Montvidas (Eiolf), Matthieu Lécroart (Gudleik), Christian Helmer (Aslak), Artavazd Sargsyan (Eyrick), François Rougier (Gunnard), Sébastien Droy (Eynar), Guilhem Worms (Thrond), Matthieu Toulouse (Arne, Un héraut)
Chœur de chambre de Namur, Thibault Lenaerts (chef de chœur), Orchestre philharmonique Royal de Liège Gergely Madaras (direction)


J. Holloway, G. Madaras (© Anthony Dehez)


Mariée de force à Gudleik, chef de la tribu rivale des Aslaks, qui a fait périr les siens, Hulda jure de se venger. Elle impose un duel dont le vainqueur obtiendra sa main et Eiolf, dont elle est éprise, tue Gudleik. Mais Swanhilde, sa première bien‑aimée, reconquiert Eiolf. Hulda lui tend alors un piège et les frères de Gudleik le tuent, avant d’être eux‑mêmes défaits. Hulda, vengée de tout, se jette dans la mer.


Ainsi se présente l’ambitieux opéra de César Franck, qui ne réussit jamais à le faire représenter : il fallut attendre 1894 pour que Raoul Gunsbourg, le créât à Monte‑Carlo, avec des coupures, neuf ans après son achèvement. Toulouse et La Haye le montèrent en 1895, puis Nantes en 1899. Londres rétablit la version originale en 1994, dans sa quasi‑intégralité, mais c’est Fabrice Bollon qui restitua l’ensemble de la partition à Fribourg, en 2021. Le Palazeetto Bru Zane prend la relève, à l’occasion du bicentenaire de la mort du compositeur liégeois.


Fallait‑il exhumer ces presque trois heures de musique, sur un livret au texte assez ridicule, sans ressort dramatique, tricoté par Charles Grandmougin à partir de la pièce du poète norvégien Bjørnstjerne Bjørnson ? On doit attendre le quatrième acte et la fin de l’interminable ballet de la « Lutte de l’Hiver et du Printemps » pour retrouver le Franck des chefs‑d’œuvre : jusque‑là, il semble se chercher, malgré quelques trouvailles instrumentales, mal à l’aise dans un genre qui, avec ses déploiements orchestraux et choraux, assume l’héritage du grand opéra sans lorgner vraiment, malgré quelques motifs de rappel, vers Wagner – même si le duo de Hulda et Eiolf peut vaguement rappeler Tristan. Tout change en effet quand Eiolf rejoint Swanhilde : enfin inspiré, Franck trouve des couleurs, tend l’arc, rejoignant le Chausson du Roi Arthus, le Magnard de Guercœur ou le Dukas d’Ariane et Barbe‑Bleue.


Les Champs‑Elysées ont accueilli les interprètes du concert donné il y deux semaines à Liège. Hulda appelle un grand falcon, à la voix longue et endurante. Telle est Jennifer Holloway, timbre riche et registres homogènes, qui restitue la cruauté et la souffrance de l’héroïne sans malmener la prosodie française. On connaît les qualités stylistiques d’Edgaras Montvidas, mais la voix manque de vaillance pour Eiolf. La touchante Swanhilde trouve en revanche dans le soprano cristallin, à la ligne délicatement ourlée, de Judith van Wanroij l’exact format du rôle. Autour d’eux, d’autres membres de l’écurie du Palazzetto, avec la Gudrun racée de Véronique Gens, certes un peu aiguë pour la mère de Gudleik, un Matthieu Lécroart pertinent mais pas assez mordant en Gudleik, l’Aslak et le Thrond bien campés de Christian Helmer et Guilhem Worms. Très présent, le Chœur de Namur confirme son excellence et le jeune et brillant directeur d’une Philharmonie de Liège des meilleurs jours hisse au sommet, par sa maîtrise, la partition inaboutie du prétendu « pater seraphicus ».


Reste à passer pour cette Hulda, l’épreuve du disque, que l’on comparera avec celui de Fabrice Bollon. En attendant les concerts du neuvième festival du Palazzetto continuent : on entendra bientôt la coquine Phryné de Saint‑Saëns à l’Opéra‑Comique, puis la tragique Vestale de Spontini aux Champs‑Elysées.



Didier van Moere

 

 

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