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Un chef-d’œuvre méconnu

Marseille
Opéra
12/26/2021 -  et 29*, 31 décembre 2021, 2, 4 janvier (Marseille), 13, 15, 17 février (Nice), 9, 11, 13 (Limoges), 20 (Vichy), 27 (Clermont-Ferrand) mars, 3 avril (Compiègne) 2022
Jacques Offenbach : Le Voyage dans la Lune
Violette Polchi (Le prince Caprice), Sheva Tehoval (Fantasia), Ludivine Gombert (Flamma), Erick Freulon (Le roi Cosmos), Eric Vignau (Microscope), Christophe Lacassagne (Le roi Vlan), Kaëlig Boché (Le prince qui passe par là), Christophe Poncet de Solages (Cactus), Cécile Galois (La reine Popotte), Gaël Alamargot, Camerone Bida, Pierre Boileau-Sanchez, Edouard Gameiro, Mohamed Kouadri-Sameut, Aurélie Mignon, Anouk Viale (danseurs acrobates)
Chœur de l’Opéra de Marseille, Emmanuel Trenque (chef de chœur), Orchestre de l’Opéra de Marseille, Pierre Dumoussaud (direction)
Olivier Fredj (mise en scène), Malika Chauveau (scénographie, costumes), Nathalie Perrier (lumières), Anouk Viale (chorégraphie)


(© Christian Dresse)


Depuis sa fondation en 1970 par des maisons d’opéra issues de tout l’Hexagone jusqu’en Suisse, le Centre français de promotion lyrique (récemment renommé « Génération Opéra ») s’est donné pour mission de mettre en œuvre une vaste coproduction annuelle réunissant quelques jeunes pousses vocales prometteuses, associées à des artistes plus chevronnés. Si la pandémie a repoussé le dernier projet consacré au Voyage dans la Lune (1875) d’Offenbach, il est enfin venu le temps de découvrir ce spectacle sur scène, d’abord à Marseille, avec un plateau vocal différent de celui présenté lors des répétitions à Montpellier voilà tout juste un an. De même, les prochaines représentations, prévues dans pas moins de quinze opéras différents sur plusieurs saisons, devraient renouveler la plupart des chanteurs entendus dans la cité phocéenne, à quelques exceptions près (notamment Violette Polchi, Sheva Tehoval et Kaëlig Boché).


Hasard du calendrier, une autre production de ce même ouvrage a été confiée par l’Opéra-Comique à Laurent Pelly l’an passé, malheureusement inaboutie pour cause de pandémie, même si France Télévision a pu heureusement capter le spectacle, sans public. Après la production réussie d’Olivier Desbordes en 2014, montée à ici puis ici, le choix d’une réduction drastique de l’ouvrage (deux heures trente avec un entracte) a également été opéré à Marseille, tout en conservant l’orchestration originale pour grand orchestre, à l’inverse de Saint-Céré. Le disque à paraître dans la collection de livres-disques « Opéra français », édité par les équipes du Palazzetto Bru Zane, devrait en revanche comporter la partition complète – un événement inédit jusqu’à présent.


On ne peut que se réjouir de voir proposé au plus grand nombre l’un des ouvrages les plus inspirés d’Offenbach au niveau musical, rarement monté du fait de son livret rocambolesque et farfelu, dans la veine des extravagances à grand spectacle du Roi Carotte (1872) – voir la dernière reprise du spectacle de Laurent Pelly à Lyon en 2019. Offenbach cherche à faire oublier la défaite face aux Prussiens en convoquant la féerie et l’imaginaire développé par Jules Verne dans ses romans, dont les adaptations triomphent alors sur les planches. Faute de l’accord du romancier, Offenbach et ses librettistes s’en tiennent à une évocation lointaine, s’amusant à passer du coq à l’âne en surfant sur l’air du temps, prétexte à une satire contemporaine savoureuse moquant autant le jargon scientifique, le progrès technique, la condition féminine que la justice aux ordres.


Très efficace, l’adaptation réalisée pour la scène s’enchaîne sans temps mort, en limitant autant que possible les dialogues parlés. La musique d’Offenbach, d’une imagination mélodique inépuisable et d’une finesse d’orchestration portée par les vents, varie les climats à l’envi, entre rythmes sautillant et entrainant, ivresses orientales (un dromadaire fut amené sur scène à la création !) et raffinement des ballets. Il faut dire qu’un véritable orfèvre est dans la fosse en la personne de Pierre Dumoussaud, dont on se régale des phrasés souples et aériens, si subtils à force d’attention aux détails. Les cordes frémissantes et le climat volontiers chambriste permettent de ne jamais couvrir le plateau, ce qui est d’autant plus appréciable que celui-ci se montre malheureusement assez inégal.


Ainsi de Violette Polchi, aux moyens sans doute trop lourds pour maîtriser les redoutables accélérations et l’attention au texte que nécessite son rôle de Prince Caprice. Elle compense ses difficultés par une émission d’un beau velouté et une composition dramatique engagée. A ses côtés, Sheva Tehoval (Fantasia) s’impose avec un naturel confondant dans l’articulation et la fraîcheur d’intention, même si on note les mêmes défauts dès que le rythme s’accélère. Autour de la délicieusement piquante Cécile Galois (Popotte), aux accents comiques irrésistibles de drôlerie, on aime aussi le timbre radieux et la présence scénique de Kaëlig Boché (Qui passe par là). Autour du solide mais un rien trop sérieux Eric Vignau (Microcospe), Erick Freulon (Cosmos) tente de compenser par son jeu dramatique son incapacité manifeste à savoir chanter, tandis que le timbre fatigué et les approximations dans le texte de Christophe Lacassagne (Vlan) sont bien loin de la truculence attendue.


Comme à son habitude, Olivier Fredj, ancien assistant de Robert Carsen notamment, donne une grande force visuelle à son travail (aux audaces formelles proches de son Roi pasteur de Mozart, donné au Châtelet en 2015) : en complément des illustrations anciennes modernisées en arrière-scène, l’exploration des volumes des différents cadrages de la scène rend un hommage évident à Georges Méliès. On aime aussi la volonté de renforcer le rôle du prince Qui passe par là, devenu metteur en scène d’une mise en abîme finalement peu exploitée par la suite. Enfin, l’apport des danseurs, très applaudis en fin de représentation, se révèle judicieux pour animer un plateau un rien trop statique dans sa direction d’acteur. Malgré une interprétation vocale inégale, le spectacle vaut par son évocation visuelle poétique et surtout les délices inépuisables de la muse d’Offenbach, toujours aussi stimulante.



Florent Coudeyrat

 

 

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